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« Décoloniale, antifasciste et anti-impérialiste » : les nouveaux arguments avancés pour faire disparaître les croix

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Une rhétorique qui dépasse largement la simple question d'une autorisation administrative et interroge sur la place désormais accordée aux symboles chrétiens dans l'espace public

Quelques semaines seulement après son installation au sommet du pic de l’Aiguille, à Laye (Hautes-Alpes), la croix de plus de deux mètres qui dominait la montagne a été arrachée. Comme sa pose, son retrait s’est effectué discrètement. Mais cette fois, ses auteurs ont tenu à revendiquer leur geste en adressant une lettre anonyme au Dauphiné Libéré. Si le quotidien régional n’a pas publié le contenu intégral de ce courrier, le média Alpes 1 rapporte que les auteurs présentent leur action comme étant « décoloniale, antifasciste et anti-impérialiste ». Une qualification qui en dit long sur le regard porté par certains militants sur un symbole qui, depuis des siècles, accompagne pourtant l’histoire des montagnes françaises.

La question de l’installation de cette croix pouvait naturellement faire l’objet d’un débat. La mairie de Laye avait rappelé qu’aucune autorisation n’avait été délivrée et que les services de l’État n’avaient pas été informés de son implantation. Sur ce point, le droit devait suivre son cours. Mais une autre question mérite désormais d’être posée : au nom de quel droit un groupe de particuliers décide-t-il lui-même de démonter un bien qui ne lui appartient pas ? Car si l’installation pouvait être considérée comme irrégulière, son enlèvement ne relevait pas davantage de l’initiative privée.

Plus préoccupante encore est l’évolution du discours qui accompagne ce type d’action. Il ne s’agit plus seulement de faire respecter une réglementation ou de dénoncer une installation sans autorisation. L’arrachage de cette croix s’inscrirait dans une démarche « décoloniale, antifasciste et anti-impérialiste ». La croix n’est plus seulement perçue comme un objet litigieux ; elle devient le symbole d’une prétendue domination qu’il faudrait combattre. Depuis des siècles, les croix de montagne témoignent pourtant de la foi, de l’histoire et des traditions de nombreuses générations. Elles font pleinement partie du patrimoine culturel et religieux de la France.

Or, de plus en plus souvent, ces symboles deviennent les cibles d’actes militants. Statues décapitées, calvaires vandalisés, églises profanées, croix sciées ou arrachées : les exemples se multiplient. Ils traduisent un climat qui ne peut laisser indifférent. La laïcité, telle que la définit la loi de 1905, n’a jamais eu pour vocation d’effacer les racines chrétiennes de la France ni d’autoriser des citoyens à se substituer aux pouvoirs publics. Elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes ; elle n’est pas un permis de faire disparaître les signes d’un héritage bimillénaire.

L’affaire du pic de l’Aiguille dépasse donc largement une simple histoire de montagne. Lorsqu’une croix est présentée comme un symbole qu’il faudrait abattre au nom d’un combat « décolonial, antifasciste et anti-impérialiste », c’est une certaine vision de l’histoire de France et de son héritage chrétien qui se trouve directement mise en cause.

Derrière le démontage d’une croix se profile ainsi une question plus profonde : celle de la place que notre société est encore prête à accorder à son identité chrétienne. Espérons que la mission confiée à Jérôme Guedj permettra de réaffirmer le véritable sens de la laïcité, tel que voulu par la loi de 1905 : un principe de liberté qui protège le libre exercice des cultes, sans nier l’héritage chrétien séculaire de la France. Faute de quoi, elle pourrait devenir le prétexte d’une interprétation toujours plus idéologique de la laïcité, faisant de celle-ci l’instrument d’un effacement définitif de la foi chrétienne, bien au-delà des actes de vandalisme ou des profanations qui frappent déjà notre patrimoine religieux.

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