À peine une heure après l’adoption définitive de la proposition de loi sur la fin de vie par 291 voix contre 241, soit une majorité représentant seulement 50,4 % de l’ensemble des députés, la Conférence des évêques de France a réagi avec une « inhabituelle » rapidité. Dans un communiqué solennel, elle ne se contente pas de dénoncer une « rupture grave dans l’histoire de notre pays » : elle trace également une ligne de conduite très claire pour tous les établissements de santé catholiques et les professionnels qui y exercent.
L’un des passages les plus importants du texte pourrait avoir des conséquences concrètes dans les mois à venir. Les évêques écrivent en effet : « Elle encourage aussi les établissements catholiques de soin à être des témoins fidèles de l’indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales, en s’abstenant de comportements clairement illicites d’un point de vue moral, en vertu de la dignité de toute vie humaine. » Sous cette formulation sobre se cache un appel particulièrement ferme.
Pour l’Église catholique, la légalisation de l’euthanasie ne change rien à son jugement moral : provoquer volontairement la mort d’un patient demeure un acte intrinsèquement contraire à la dignité humaine. Cette conviction s’enracine dans le cinquième commandement, « Tu ne tueras point ». En conséquence, les établissements catholiques sont invités à ne jamais participer à la mise en œuvre de cette nouvelle loi.
Cet appel concerne les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite, les établissements médico-sociaux, mais aussi les médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues, bénévoles, aumôniers et tous ceux qui exercent leur métier à la lumière de leur foi. Les évêques les encouragent à rester fidèles à leur conscience et à leur vocation première : soigner, soulager, accompagner, jamais provoquer la mort. À travers ces quelques lignes, la Conférence des évêques de France rappelle qu’une loi civile, même adoptée par le Parlement, ne transforme pas un acte moralement mauvais en acte moralement acceptable. C’est un principe constant de la doctrine de l’Église : lorsqu’une législation contredit gravement la loi morale, les chrétiens sont appelés à ne pas y coopérer.
Cette prise de position fait écho aux avertissements lancés ces dernières semaines par plusieurs acteurs du monde catholique. Les Petites Sœurs des Pauvres avaient notamment déclaré qu’elles ne pourraient jamais pratiquer l’euthanasie dans leurs maisons. Fidèles à leur charisme d’accompagnement des personnes âgées les plus fragiles, elles avaient même laissé entendre que, si la loi venait à leur imposer de tels actes, elles préféreraient fermer leurs établissements plutôt que de trahir leur conscience. Les évêques confortent aujourd’hui clairement cette position. En évoquant des comportements « clairement illicites d’un point de vue moral », ils rappellent que les établissements catholiques ne peuvent devenir des lieux où la mort est administrée comme une réponse à la souffrance. Leur mission demeure d’accompagner la vie jusqu’à son terme naturel.
Reste désormais la question de la liberté de conscience. Les établissements catholiques pourront-ils continuer à exercer leur mission sans subir de pressions administratives, financières ou judiciaires ?
Au-delà du seul monde hospitalier, c’est un véritable appel à la résistance éthique qui est lancé à tous les catholiques de France. Une résistance paisible, fondée sur la fidélité à l’Évangile, au serment de soigner et au commandement « Tu ne tueras point », mais une résistance bien réelle face à une législation que l’Église considère comme une rupture majeure.
Dans les mois à venir, cette question pourrait devenir l’un des principaux sujets de tension entre l’État et les institutions catholiques de santé. Beaucoup de soignants croyants, mais aussi de professionnels qui refusent l’euthanasie pour des raisons humanistes ou déontologiques, attendent désormais que leur liberté de conscience soit effectivement protégée. Ajoutons qu’il reste le mince espoir des recours devant le Conseil constitutionnel. Mais, connaissant le positionnement idéologique de plusieurs de ses membres et de sa présidence, il y a peu de chance que ces recours aboutissent : la mort a été votée en France ce 15 juillet 2026.


