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« Tu choisiras la vie » : l’Aumônier général israélite des hôpitaux de France dénonce la loi sur l’« aide à mourir »

Hôpital de l'Hotel Dieu à Paris  ( Depositphotos) - le rabbin Mikaël Journo ( DR)
Hôpital de l'Hotel Dieu à Paris ( Depositphotos) - le rabbin Mikaël Journo ( DR)
Au-delà des différences propres à chacune de leurs traditions, le judaïsme et le christianisme rappellent ici un socle moral commun : toute vie humaine possède une dignité intrinsèque. ( Communiqué intégral )

« Tu choisiras la vie », en référence au verset du Deutéronome : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie » (Dt 30, 19). Dans ce texte, le rabbin Mikaël Journo rappelle que le débat ouvert par cette loi dépasse le seul cadre juridique. Il touche à une conception de la personne humaine, de la médecine et de la solidarité envers les plus fragiles.

Le communiqué reconnaît explicitement la souffrance des personnes gravement malades, les difficultés auxquelles sont confrontés leurs proches ainsi que les dilemmes vécus quotidiennement par les soignants. Il souligne toutefois que la réponse à cette souffrance ne peut conduire à assimiler l’accompagnement d’une personne à un acte provoquant délibérément la mort. « La souffrance doit être entendue et soulagée par tous les moyens éthiquement possibles », écrit-il, tout en refusant de confondre « l’accompagnement avec la mort provoquée ». Le rabbin Journo rappelle également que, dans la tradition juive, la dignité d’une personne ne dépend ni de son autonomie, ni de son état de santé, ni de son utilité sociale. Parce que tout être humain est créé à l’image de Dieu, cette dignité demeure intacte jusque dans la maladie, le handicap, la dépendance ou les derniers instants de l’existence.

Le texte insiste aussi sur la distinction entre le refus de l’obstination déraisonnable et l’acte consistant à provoquer intentionnellement la mort. Soulager la douleur constitue un devoir, affirme le communiqué, mais renoncer à des traitements disproportionnés ne saurait être assimilé à une euthanasie.

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Fort de son expérience auprès des patients hospitalisés, l’Aumônier général israélite des hôpitaux de France attire également l’attention sur les raisons qui peuvent conduire une personne à demander la mort : la peur de souffrir, de perdre sa dignité, de devenir une charge ou d’être abandonnée. C’est pourquoi il estime que le développement des soins palliatifs, l’accompagnement psychologique, le soutien des proches aidants et une présence humaine effective doivent constituer une priorité avant toute autre réponse.Le communiqué appelle enfin les pouvoirs publics à garantir pleinement la liberté de conscience des professionnels de santé refusant de participer à un acte létal et à faire de l’accès aux soins palliatifs une priorité sur l’ensemble du territoire.

Cette prise de position rejoint, sur l’essentiel, celle exprimée ces derniers jours par les évêques de France. Au-delà des différences propres à chacune de leurs traditions, le judaïsme et le christianisme rappellent ici un socle moral commun : toute vie humaine possède une dignité intrinsèque, indépendante de l’âge, de la maladie ou de la dépendance. Tous deux affirment que la mission de la société est d’accompagner, de soulager et de protéger la personne jusqu’à sa mort naturelle, sans jamais remettre en cause le caractère sacré de la vie.

Communiqué intégral

« TU CHOISIRAS LA VIE »

Face à la fin de vie, soulager, accompagner, ne jamais abandonner

L’adoption définitive, le 15 juillet 2026, par l’Assemblée nationale, de la proposition de loi relative au « droit à l’aide à mourir » constitue un bouleversement éthique majeur. Le texte adopté prévoit qu’une personne puisse s’administrer une substance létale ou, lorsqu’elle en est physiquement incapable, qu’un médecin ou un infirmier la lui administre. Il faut nommer avec clarté ce que recouvre cette expression : selon les situations, le suicide assisté ou l’euthanasie. Le Conseil constitutionnel, saisi, doit encore se prononcer avant toute promulgation. Mais au-delà du droit, c’est une question de civilisation qui est désormais posée à notre pays.

Je le dis avec gravité, sans jamais méconnaître la détresse de celles et ceux que la maladie éprouve, l’épuisement de leurs proches ni les dilemmes auxquels les soignants sont confrontés. La souffrance doit être entendue et soulagée par tous les moyens éthiquement possibles. Mais elle ne peut conduire notre société à confondre l’accompagnement avec la mort provoquée, ni l’acte létal avec l’acte de soin.

La Thora proclame : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie » (Deutéronome 30, 19). Ce commandement n’ignore pas la douleur. Il nous oblige, au contraire, à ne jamais abandonner celui qui la traverse.

Pour le judaïsme, la dignité d’une personne ne dépend ni de son autonomie, ni de son état de santé, ni de son utilité sociale. Elle est inhérente à son humanité, car tout être humain est créé à l’image de Dieu. La maladie, le handicap, la dépendance, la vieillesse ou la proximité de la mort n’amoindrissent jamais cette dignité.

La tradition juive ne sacralise pas la souffrance et ne confond pas le respect de la vie avec l’obstination déraisonnable. Soulager la douleur est un devoir. Il arrive que la médecine ne puisse plus guérir ; elle ne doit jamais cesser de soigner. Une frontière essentielle doit toutefois demeurer : renoncer à l’obstination déraisonnable n’est pas renoncer à la personne ; accompagner la mort lorsqu’elle vient n’est pas la provoquer intentionnellement.

En ma qualité d’Aumônier général israélite des hôpitaux de France, je sais combien une demande de mourir peut aussi être le langage d’une peur : peur de souffrir, de perdre sa dignité, de devenir une charge ou d’être laissé seul. Une décision ne peut être dite pleinement libre lorsque l’accès aux soins palliatifs, au soutien psychologique, à l’accompagnement social et à une présence humaine demeure inégal. Avant d’ouvrir un droit à la mort, la République doit rendre l’accompagnement effectif pour tous.

Je redoute que ce nouveau droit ne fasse peser, au fil du temps, une pression silencieuse sur les personnes les plus vulnérables. Nul ne devrait jamais se demander si sa vie coûte trop cher, si sa dépendance pèse trop lourd ou si sa disparition soulagerait ses proches. La fraternité républicaine commence précisément là où l’autonomie s’efface et où l’être humain dépend de la fidélité d’autrui.

J’appelle les pouvoirs publics à faire de l’accès effectif aux soins palliatifs une priorité absolue sur l’ensemble du territoire, à soutenir davantage les équipes soignantes et les proches aidants, et à garantir pleinement la liberté de conscience de tous ceux qui refusent de participer à un acte létal.

J’exprime ma profonde reconnaissance aux médecins, aux infirmiers, aux personnels hospitaliers, aux bénévoles, aux familles et aux aumôniers qui demeurent chaque jour au chevet des malades. J’appelle les aumôneries israélites des hôpitaux de France à redoubler de présence auprès des patients, de leurs proches et des équipes soignantes, afin que personne ne traverse seul l’épreuve de la fin de vie.

Une société ne révèle pas sa grandeur en rendant la mort disponible, mais en rendant la fraternité indéfectible. Face à la douleur, notre réponse doit rester le soulagement. Face à la solitude, la présence. Face à la peur, l’accompagnement. Face au désespoir, l’espérance.

Et jusqu’au dernier souffle, le choix de la vie.

Rabbin Mikaël Journo
Aumônier général israélite des hôpitaux de France« 

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