La loi n’est pas encore promulguée que l’ombre d’un véritable business de la mort apparaît déjà. L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), principal lobby français favorable à l’euthanasie et au suicide assisté, explique dans une brochure comment effectuer une donation ou rédiger un legs à son profit. Le document est sans ambiguïté. Une donation permet de transférer, de son vivant, « une partie ou la totalité » de son patrimoine. Quant au legs, il peut porter sur l’ensemble des biens du défunt, sur une partie de ceux-ci ou sur des biens précis : somme d’argent, appartement, maison, terrain, tableau ou voiture.
L’ADMD fournit même la formule à inscrire dans son testament : « Fonds de dotation de l’ADMD, 130, rue La Fayette – Paris 10e ». Certes, les donations et les legs constituent des moyens de financement parfaitement légaux et couramment utilisés par les associations. Mais l’ADMD n’est pas une association comme les autres. Elle milite pour qu’une personne malade puisse recevoir une substance destinée à provoquer directement sa mort. Dès lors, la voir solliciter le patrimoine de personnes potentiellement âgées, malades, isolées ou inquiètes pour leur fin de vie pose une question morale vertigineuse.
Le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté définitivement la proposition de loi créant un « droit à l’aide à mourir », par 291 voix contre 241 et 29 abstentions. Le texte doit encore passer sous le contrôle du Conseil constitutionnel avant une éventuelle promulgation. Il prévoit qu’une substance létale puisse être administrée par le malade lui-même ou, s’il n’en est pas physiquement capable, par un médecin ou un infirmier.Pendant des années, l’ADMD a travaillé à rendre cette rupture acceptable. Elle a multiplié les campagnes, les pressions politiques et les éléments de langage autour d’une mort prétendument « digne ». Désormais, elle rappelle à ses adhérents qu’ils peuvent aussi lui transmettre leurs biens après leur décès.
L’association ne décidera pas elle-même de l’éligibilité d’un malade à l’euthanasie. Il serait donc juridiquement faux de prétendre qu’elle donnera la mort pour recueillir ensuite un héritage. Mais peut-on ignorer le conflit d’intérêts moral qui se dessine ? Une organisation engagée dans la banalisation de la mort provoquée peut-elle, dans le même temps, appeler ceux qu’elle accompagne idéologiquement à la coucher sur leur testament ?
Pour les catholiques, la réponse ne souffre aucune ambiguïté. La vie humaine ne constitue ni une variable économique ni un bien dont la valeur diminuerait avec la maladie ou la dépendance. Toute personne conserve une dignité inviolable jusqu’à sa mort naturelle. La vraie fraternité consiste à soulager, soigner et accompagner, jamais à supprimer celui qui souffre. Derrière le discours sur l’autonomie se profile ainsi une réalité plus sordide : la mort peut enrichir ceux qui en font la promotion. Lorsque les militants de l’euthanasie deviennent aussi bénéficiaires potentiels des héritages, la société doit ouvrir les yeux. Le droit de tuer vient à peine d’être voté que le business de la mort est déjà prêt.


