Par Philippe Marie
Il y avait plusieurs manières de rendre compte de l’adoption, le 15 juillet 2026, de la proposition de loi créant un « droit à l’aide à mourir ». France Info a choisi la plus émotionnelle et la moins contradictoire : diffuser le témoignage qualifié de « poignant » de Sophie Viry, 57 ans, atteinte d’une maladie dégénérative et favorable à la légalisation, avant d’affirmer que la loi instaure ce nouveau droit « sous des conditions strictes ». Ce choix n’est pas anodin. Le témoignage d’une personne malade mérite évidemment d’être écouté avec respect. Mais l’émotion, aussi légitime soit-elle, ne peut se substituer à l’information. Où sont, dans cette publication, les soignants opposés au texte ? Où sont les malades qui redoutent de devenir une charge ? Où sont les familles inquiètes, les spécialistes des soins palliatifs et les juristes qui dénoncent l’insuffisance des garde-fous ?
Le témoignage poignant de Sophie Viry, 57 ans, atteinte d'une maladie dégénérative. Elle espérait l'adoption de la loi sur l'aide à m0urir votée mercredi 15 juillet par l'Assemblée Nationale. Cette loi instaure un droit à l'aide à m0urir sous des conditions strictes. pic.twitter.com/iaRIa3RjTM
— franceinfo (@franceinfo) July 16, 2026
Où est également la parole de l’Église, qui dénonce une « rupture grave dans l’histoire de notre pays » et alerte sur les conséquences de cette loi pour les plus vulnérables ? Les évêques de France ont pourtant clairement exprimé leur opposition à l’euthanasie et au suicide assisté, tout en appelant à développer réellement les soins palliatifs et l’accompagnement fraternel. Écarter totalement cette voix du service public, alors qu’elle porte une réflexion éthique partagée par de nombreux Français, contribue encore au déséquilibre manifeste du traitement proposé par France Info.
Surtout, sur quel fondement France Info peut-elle présenter comme un fait établi le caractère « strict » des conditions d’accès à la mort provoquée ? Le texte vient précisément d’être déféré au Conseil constitutionnel par le président du Sénat, plus de soixante sénateurs et le Premier ministre. Les Sages devront notamment examiner sa conformité au principe de dignité humaine et la solidité des protections accordées aux personnes vulnérables.
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Car les inquiétudes ne relèvent ni du fantasme ni d’une opposition religieuse irrationnelle. Le texte retient la notion particulièrement imprécise de maladie en « phase avancée ou terminale », sans exiger que le pronostic vital soit engagé à court terme.
Il permet de prendre en considération une souffrance physique ou psychologique jugée insupportable par la personne. La décision repose principalement sur l’appréciation d’un médecin, tandis que le contrôle prévu intervient essentiellement après l’administration de la substance létale.
Le Sénat lui-même a dénoncé les risques d’un dispositif trop extensif. Il avait tenté d’en resserrer les critères avant que l’Assemblée nationale ne rétablisse une version plus large. Présenter aujourd’hui ces conditions comme indiscutablement « strictes » ne relève donc pas d’un constat neutre, mais d’un parti pris éditorial favorable à la réforme. La désinformation ne consiste pas toujours à inventer un fait. Elle peut aussi résulter d’une sélection orientée des témoignages, de l’effacement des objections et de la transformation d’une appréciation contestée en vérité incontestable. Ici, France Info ne se contente pas d’annoncer l’adoption d’une loi : le média public accompagne sa légitimation.
Sur un sujet qui engage directement la vie des personnes malades, handicapées ou dépendantes, les Français sont pourtant en droit d’attendre du service public une information équilibrée. France Info pouvait présenter ce témoignage, mais devait rappeler les controverses médicales, juridiques et éthiques entourant le texte. Lorsqu’un média financé par tous adopte le vocabulaire des promoteurs de l’euthanasie et privilégie l’émotion favorable à la réforme, il ne remplit plus seulement une mission d’information. Il participe à la fabrication du consentement. Et sur une question aussi grave que le droit de donner la mort, ce parti pris constitue une faute éditoriale majeure.


