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[Diocèse de Bourges] A Châteauroux, l’église Saint-Joseph bientôt transformée en mur d’escalade, un symbole qui interroge

Photo Inventaire général du Patrimoine -
Photo Inventaire général du Patrimoine -
Peut-on se résoudre à ce que la logique économique devienne, à elle seule, le principal critère du devenir des églises ?

L’image est saisissante. Sur plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, un artisan démonte la croix qui surmontait l’église Saint-Joseph de Châteauroux. À l’intérieur, l’autel est encore en place tandis que statues et autres éléments liturgiques sont progressivement retirés. Pour beaucoup de catholiques, ces scènes ont provoqué une vive émotion. Le diocèse de Bourges avait pourtant bien inscrit à l’agenda de son archevêque une célébration de « désacralisation de l’église Saint-Joseph » le 4 juillet 2026. La procédure canonique préalable à la réduction de l’édifice à un usage profane a donc bien été engagée.

Rappelons que le canon 1222 §2 du Code de droit canonique prévoit qu’un évêque diocésain peut réduire une église à un usage profane lorsqu’il existe des causes graves, après consultation du conseil presbytéral et à condition que le bien des âmes n’en souffre pas. Le texte précise toutefois que l’édifice ne peut être affecté qu’à un « usage profane qui ne soit pas inconvenant » (ad usus profanos non sordidos).

Cette disposition n’impose pas de conserver une vocation religieuse au bâtiment, mais elle rappelle qu’un ancien lieu consacré doit continuer à être traité avec le respect dû à son histoire.

Construite entre 1957 et 1962 par l’architecte Robert Csali pour accompagner l’essor des quartiers sud de Châteauroux, l’église Saint-Joseph constitue un témoignage remarquable de l’architecture religieuse de l’après-guerre. Ses verrières abstraites, réalisées en 1962 par Pierre Koppe, font même l’objet d’un inventaire patrimonial spécifique.

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Selon les informations locales, l’édifice devrait donc désormais être transformé en salle d’escalade. Même si une salle d’escalade ne constitue pas, au sens strict du droit canonique, un usage intrinsèquement indigne, la transformation d’un sanctuaire où furent célébrés pendant des décennies l’Eucharistie, les baptêmes, les mariages et les funérailles en équipement sportif ne peut que susciter un profond malaise.

Une église n’est pas un bâtiment comme les autres : elle a été consacrée à Dieu, sanctifiée par la prière de générations de fidèles et demeure, même après sa désacralisation, un lieu chargé d’une mémoire spirituelle que beaucoup estiment devoir être honorée.

Les difficultés financières auxquelles sont confrontés certains diocèses sont réelles. La baisse de la pratique religieuse, le coût d’entretien des édifices et la diminution des ressources conduisent parfois à des choix particulièrement douloureux. Mais peut-on se résoudre à ce que la logique économique devienne, à elle seule, le principal critère du devenir des églises ?

Des alternatives existent pourtant. En France, plusieurs communautés religieuses, instituts, associations de fidèles ou fondations patrimoniales ont déjà accepté de reprendre des églises menacées de fermeture afin d’y maintenir une présence chrétienne. D’autres projets, à vocation culturelle, caritative ou mémorielle, permettent également de préserver davantage l’identité de ces lieux que leur transformation en simple équipement sportif.

Au-delà du cas de Saint-Joseph, cette affaire invite aussi l’Église à une réflexion pastorale. Plutôt que d’attendre qu’une fermeture devienne inévitable, ne faudrait-il pas développer une approche plus anticipatrice et plus mobilisatrice ? Identifier en amont les communautés susceptibles de reprendre ces édifices, associer davantage les fidèles, rechercher des mécènes ou soutenir des projets missionnaires pourrait éviter que certaines églises ne soient vendues faute de solutions. Car une église ne représente pas seulement un patrimoine immobilier. Elle est un témoin de la foi, un repère dans le paysage et un signe visible de la présence de l’Église. On ne peut se satisfaire ni se résigner à voir disparaître ces lieux au nom de la seule logique financière. Chaque fermeture devrait être l’occasion de rechercher toutes les solutions possibles afin que ces édifices continuent, d’une manière ou d’une autre, à témoigner de leur vocation première et de l’héritage chrétien qu’ils portent depuis leur consécration.

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