Les fidèles de la paroisse de Petit-Bourg ont vécu une matinée qu’ils ne sont pas près d’oublier. Ce dimanche 26 juillet, alors que la messe dominicale venait de commencer à l’église Notre-Dame-du-Bon-Port, un appel téléphonique anonyme annonçant l’explosion imminente d’une bombe dans l’édifice a provoqué le déclenchement d’une importante opération de sécurité.Selon les premiers éléments communiqués par les autorités et les médias locaux, l’auteur de l’appel a affirmé qu’un engin explosif devait exploser dans les quinze minutes. La menace a immédiatement été prise au sérieux. Les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation de l’ensemble des fidèles tandis qu’un large périmètre de sécurité était établi autour de l’église et du cimetière voisin.
Pendant près de trois heures, le quartier est resté bouclé afin de permettre aux démineurs et à une équipe cynophile spécialisée dans la recherche d’explosifs d’inspecter minutieusement les lieux. À l’issue des vérifications, aucun engin explosif n’a été découvert. Le périmètre de sécurité a alors été levé et une enquête a été ouverte pour identifier l’auteur de cette fausse alerte.
L’édifice visé est l’église paroissiale Notre-Dame-du-Bon-Port, nom sous lequel elle est officiellement désignée par le diocèse de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre. Elle est également connue, dans les inventaires du patrimoine, sous son vocable historique de Notre-Dame-de-l’Assomption. Construite entre 1930 et 1932 par le célèbre architecte Ali Tur, elle a remplacé une église plus ancienne gravement endommagée par le cyclone Okeechobee de 1928. Son architecture en béton armé, mêlant influences Art déco et style néo-soudanais, en fait l’un des édifices religieux les plus remarquables de la Guadeloupe.
L’histoire de cette paroisse remonte toutefois bien avant le XXᵉ siècle. Plusieurs églises se sont succédé à Petit-Bourg depuis le XVIIᵉ siècle, subissant les effets des cyclones, des séismes et du temps. Le clocher actuel, séparé de l’église, conserve des éléments remontant au XIXᵉ siècle. Il a bénéficié d’une importante restauration achevée en 2021 grâce au soutien de la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern, de la Fondation du patrimoine et de l’État. En 2022, la communauté paroissiale célébrait avec émotion les 90 ans de l’église actuelle.
Rappelons que la Guadeloupe demeure l’un des territoires français où le christianisme est le plus profondément enraciné. Le catholicisme y est très largement majoritaire et le diocèse de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre rassemble plusieurs centaines de milliers de fidèles. Les paroisses occupent encore une place essentielle dans la vie des communes, où les célébrations dominicales, les processions et les grandes fêtes liturgiques réunissent une population nombreuse et profondément attachée à son patrimoine religieux.
C’est précisément pour cette raison que cette alerte à la bombe a suscité une vive émotion. Même si aucun explosif n’a été découvert, voir une église évacuée en pleine messe et un quartier entier placé sous haute surveillance pendant plusieurs heures ne peut qu’ébranler les fidèles.Au-delà de la Guadeloupe, cet épisode fait écho à une inquiétude désormais largement partagée par de nombreux catholiques en métropole. Les actes de vandalisme, les profanations, les incendies d’églises et les dégradations de lieux de culte se multiplient depuis plusieurs années, alimentant un sentiment de fragilité. Sans qu’aucun élément ne permette d’établir un lien entre cette fausse alerte et une motivation antichrétienne, ce type d’incident rappelle néanmoins combien les lieux de culte demeurent des espaces dont la sécurité constitue une préoccupation légitime.
Cette affaire rappelle enfin que les fausses alertes à la bombe ne sont jamais de simples plaisanteries. Elles mobilisent d’importants moyens humains et matériels, perturbent durablement la vie d’une commune et sèment la peur parmi des fidèles venus simplement participer à la messe. Elles sont sévèrement réprimées par la loi et donnent systématiquement lieu à des investigations afin d’en retrouver les auteurs.


