Depuis 2000 ans

Comment une catholique est entrée dans la famille impériale du Japon

La princesse Nobuko ( wiki) - vue générale de Tokyo ( Depositphotos)
La princesse Nobuko ( wiki) - vue générale de Tokyo ( Depositphotos)
Son nom est revenu dans l'actualité après l'adoption, le 17 juillet 2026, d'une réforme de la Loi sur la Maison impériale

Dans un pays où les catholiques représentent moins de 0,5 % de la population et où la famille impériale demeure étroitement liée aux traditions shintoïstes, le destin de la princesse Nobuko de Mikasa est unique. Son nom est revenu dans l’actualité après l’adoption, le 17 juillet 2026, d’une réforme de la Loi sur la Maison impériale, promulguée le 24 juillet. Ce texte vise à répondre à la diminution constante du nombre de membres de la famille impériale. Désormais, les princesses nées dans la famille impériale pourront conserver leur statut après leur mariage avec un roturier, et les descendants masculins des anciennes branches impériales pourront être réintégrés afin d’assurer la pérennité de la dynastie.

Contrairement à ce que certains pourraient croire, cette réforme ne modifie toutefois en rien le statut de la princesse Nobuko. Entrée dans la famille impériale par son mariage en 1980, elle ne figure pas dans l’ordre de succession et ne peut pas devenir impératrice du Japon. Le droit japonais réserve toujours l’accès au trône aux hommes issus de la lignée paternelle impériale. Si son nom revient aujourd’hui sous les projecteurs, c’est parce que ce débat sur l’avenir de la monarchie a conduit à rappeler un fait historique largement méconnu : Nobuko demeure la première personne baptisée catholique à avoir intégré la famille impériale japonaise.

Née Nobuko Asō le 9 avril 1955 à Iizuka, dans la préfecture de Fukuoka, elle appartient à l’une des plus importantes familles politiques du Japon. Son grand-père maternel, Shigeru Yoshida, fut plusieurs fois Premier ministre après la Seconde Guerre mondiale, tandis que son frère, Tarō Asō, occupa la même fonction entre 2008 et 2009. La famille Asō possède une autre particularité beaucoup plus rare : elle est profondément enracinée dans la foi catholique. Nobuko est baptisée dès son enfance et suit toute sa scolarité dans des établissements du Sacré-Cœur avant de poursuivre ses études au Royaume-Uni. C’est en Angleterre qu’elle rencontre le prince Tomohito de Mikasa, cousin germain du futur empereur Akihito. Après une première demande en mariage en 1973, finalement reportée, leurs fiançailles sont annoncées le 7 avril 1980. Le mariage est célébré le 7 novembre 1980.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/secours-catholique-secours-populaire-quelle-difference-reste-t-il/

En entrant dans la famille impériale, Nobuko devient la première personne baptisée catholique à rejoindre cette dynastie millénaire. La nuance est importante : l’impératrice Michiko avait reçu une éducation dans des écoles catholiques, mais elle n’avait jamais été baptisée.

Le prince Tomohito s’éteint le 6 juin 2012, à l’âge de 66 ans, après une longue lutte contre le cancer. Le couple laisse deux filles, les princesses Akiko et Yōko, qui poursuivent aujourd’hui leurs engagements officiels. Tandis que le Japon s’interroge sur l’avenir de sa monarchie, confrontée à une crise de succession sans précédent et à la diminution constante du nombre de ses membres, le parcours de la princesse Nobuko rappelle qu’une page inattendue de l’histoire s’est écrite en 1980.

Dans un pays où les chrétiens furent durement persécutés du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle , des martyrs de Nagasaki aux milliers de « chrétiens cachés » (Kakure Kirishitan) qui conservèrent clandestinement leur foi pendant plus de deux siècles après l’interdiction du christianisme en 1614 , voir une catholique baptisée entrer dans la famille impériale aurait semblé inimaginable quelques siècles plus tôt. Sans préjuger des évolutions futures de la Maison impériale, cette présence demeure un symbole discret mais singulier du long chemin parcouru par le christianisme au Japon.

Recevez chaque jour notre newsletter !