« Fais tes valises et quitte cet endroit ! » : C’est par ces mots qu’un groupe de militants nationalistes hindous a intimidé le père Anuj Hembrom, curé salésien de la paroisse Saint-Antoine-Marie-Claret de Nazat, dans l’État indien du Bengale occidental. Les agresseurs lui ont donné un ultimatum de sept jours pour quitter son église, sous peine de « subir les conséquences ».
Les faits se sont déroulés le samedi 1er août. Selon l’agence missionnaire AsiaNews, à l’origine de l’information, une foule est entrée de force dans l’église au moment où le prêtre se trouvait sur place. Le groupe était conduit par un homme vêtu d’une robe safran, couleur traditionnellement associée à l’hindouisme, qui s’est présenté comme membre du Vishva Hindu Parishad (VHP), l’une des principales organisations du nationalisme hindou.
Les militants ont accusé les prêtres de pratiquer des « conversions forcées » au christianisme et de bénéficier de « financements étrangers ». Ces accusations sont devenues récurrentes dans plusieurs États indiens où des groupes nationalistes dénoncent l’activité missionnaire des Églises chrétiennes, même lorsqu’aucune preuve de conversion illégale n’est apportée. La scène a été filmée par le père Hembrom. Sur la vidéo, largement relayée par AsiaNews, le chef du groupe lui lance : « Va aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande ! Fais tes valises et quitte cet endroit ! » Avant d’ajouter qu’il dispose de sept jours pour abandonner la paroisse.
Cet épisode ne constitue malheureusement pas un cas isolé. Plusieurs organisations chrétiennes et de défense des droits de l’homme dénoncent depuis des mois une recrudescence des violences contre les communautés chrétiennes, notamment au Bengale occidental. Au cours du seul mois de juillet, des religieuses salésiennes ont été agressées, une veuve chrétienne a été contrainte de renoncer à sa foi sous la menace, une réunion de prière a été interrompue avec le vol de plusieurs Bibles, tandis qu’une église a été vandalisée et que d’autres fidèles ont subi des intimidations.
Les chrétiens représentent moins de 1 % de la population du Bengale occidental. Cette minorité se retrouve souvent en première ligne face aux campagnes menées par certains mouvements de l’Hindutva, une idéologie qui considère l’Inde comme devant être essentiellement une nation hindoue. Dans ce contexte, les accusations de « conversions forcées » servent fréquemment de justification à des pressions exercées contre les prêtres et les communautés chrétiennes. L’évêque de Baruipur, Monseigneur Shyamal Bose, a condamné avec fermeté cette nouvelle agression. Il a rappelé que les missionnaires chrétiens consacrent leur vie à l’éducation, aux soins de santé et au développement des populations, « sans distinction de religion, de caste ou de communauté », estimant qu’ils devraient être reconnus pour leur service plutôt que harcelés.
Cette affaire intervient alors que l’Église catholique en Inde alerte régulièrement sur la multiplication des attaques contre les chrétiens dans plusieurs États du pays. Pour les responsables ecclésiastiques, ces violences alimentent un climat de peur qui fragilise toujours davantage la liberté religieuse des minorités chrétiennes.


