Le communiqué publié samedi 19 septembre par Monseigneur Jean-Marc Micas intervient dans une affaire particulièrement sensible. L’évêque de Tarbes et Lourdes rend publique la mise en cause de l’un de ses prédécesseurs, sans minimiser la gravité du témoignage, mais en distinguant avec soin l’accusation de ce qui peut aujourd’hui être établi. L’affaire concerne Monseigneur Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban de 1940 à 1947, puis de Tarbes et Lourdes de 1947 à 1970. Un ancien élève de Notre-Dame de Bétharram a saisi il y a quelques mois l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), affirmant avoir été victime d’une agression sexuelle de la part de l’évêque.
Une précision s’impose pour comprendre l’intervention de Monseigneur Micas. Bétharram se trouve dans le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, aujourd’hui gouverné par Mgr Marc Aillet. Mais Monseigneur Théas était l’ancien évêque de Tarbes et Lourdes. Après avoir quitté sa charge en 1970, à 75 ans, il était demeuré évêque émérite de ce diocèse et disposait d’un petit appartement à Bétharram, où il vécut jusqu’à sa mort en 1977. C’est donc en sa qualité de successeur de Monseigneur Théas à Tarbes et Lourdes que Mgr Micas a été sollicité par l’Inirr. Il indique avoir été informé en juillet 2026 et avoir été interrogé sur l’existence éventuelle, dans les archives diocésaines, d’éléments susceptibles « d’étayer la vraisemblance » du signalement.
L’évêque a alors fait procéder à une « recherche approfondie dans les archives ». Il en rend aujourd’hui le résultat public : celle-ci « n’a pas permis de répondre positivement » à la demande de l’Inirr.
La formulation est importante. L’absence d’éléments retrouvés ne permet pas de conclure que les faits dénoncés n’ont pas existé. Mais elle signifie également qu’à ce jour, les recherches effectuées dans les archives du diocèse n’ont apporté aucun élément permettant d’étayer le signalement. Monseigneur Micas expose ensuite l’autre difficulté majeure du dossier : « Monseigneur Théas n’est plus là pour confirmer ou infirmer les faits indiqués. »
Mort depuis près d’un demi-siècle, l’ancien évêque ne peut être interrogé ni confronté au témoignage porté contre lui. « Il ne peut donc y avoir d’enquête et de procès qui établissent la vérité dans le respect des dispositions de la loi », souligne Mgr Micas. L’évêque de Tarbes et Lourdes ne transforme cependant pas cette impossibilité en argument permettant d’écarter la parole du plaignant. « Ma première pensée va à la personne plaignante », écrit-il. Il réaffirme également son soutien aux personnes victimes de violences sexuelles, notamment lorsque celles-ci ont été commises dans l’Église.
Il reconnaît qu’« un doute subsistera ». C’est probablement le passage le plus délicat de son communiqué : reconnaître la souffrance de celui qui affirme avoir été victime tout en rappelant qu’un homme décédé depuis 1977 ne peut désormais répondre de l’accusation portée contre lui.
La personnalité de Pierre-Marie Théas rend l’affaire plus sensible encore. L’ancien évêque demeure une figure importante de l’épiscopat français du XXe siècle. Durant l’Occupation, il protesta publiquement contre les persécutions antisémites, fut arrêté par la Gestapo et détenu à Compiègne. En 1969, Yad Vashem le reconnut Juste parmi les nations. Ce passé ne constitue naturellement pas une réponse à l’accusation actuelle. Mais l’accusation, en l’absence d’éléments permettant aujourd’hui de l’établir contradictoirement, ne saurait davantage conduire à effacer une histoire documentée.
C’est précisément sur ce point que le communiqué de Monseigneur Micas se distingue par sa prudence. L’évêque ne protège pas la mémoire de son prédécesseur par le silence : il rend le signalement public. Il ne présente pas davantage comme avérés des faits que les recherches entreprises n’ont pas permis d’étayer. Mgr Micas replace enfin sa démarche dans le travail engagé par l’Église depuis la Ciase. « Beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire », reconnaît-il, réaffirmant « l’engagement total, permanent et déterminé » du diocèse auprès des personnes victimes.
Dans cette affaire, trois réalités sont ainsi clairement exposées : un homme affirme avoir été victime, les recherches menées dans les archives n’ont pas permis d’étayer son témoignage, et Mgr Théas, mort en 1977, ne peut plus répondre. En choisissant de rendre publiques ces trois réalités sans en privilégier artificiellement une au détriment des autres, L’évêque de Lourdes fait ici le choix de la transparence, mais aussi de la prudence qu’exige une affaire dans laquelle la vérité judiciaire ne pourra vraisemblablement jamais être établie.
Communiqué de Mgr Jean-Marc Micas à propos de la mise en cause de Mgr P.-M. Théas, par un ancien élève de Bétharram
« Tarbes, le samedi 19 septembre 2026
Monseigneur Pierre-Marie Théas, ancien évêque des diocèses de Montauban (1940 – 1947) puis de Tarbes et Lourdes (1947-1970), reconnu comme « Juste parmi les nations » depuis 1969 en raison de sa protestation publique contre les mesures antisémites du gouvernement de Vichy en 1942, est aujourd’hui mis en cause pour des faits de violence sexuelle par un ancien élève de l’établissement Notre-Dame de Bétharram. Il y a quelques mois, l’Inirr (Instance nationale de reconnaissance et de réparation) a été saisie par ce dernier qui affirme avoir été agressé sexuellement par Monseigneur Théas, qui, âgé de 75 ans, était devenu évêque émérite du diocèse de Tarbes et Lourdes. Originaire de la région, Monseigneur Théas a occupé, jusqu’à sa mort en 1977, un petit appartement mis à sa disposition à Bétharram.
Evêque de Tarbes et Lourdes depuis 2022, j’ai été informé de cette situation en juillet 2026. Dans le cadre des procédures habituelles de l’Inirr, j’ai été sollicité pour faire part des éléments éventuels dont nous disposerions pour étayer la vraisemblance de ce signalement. Une recherche approfondie dans les archives n’a pas permis de répondre positivement à cette demande de l’Inirr.
J’ai écrit ce jour une lettre aux fidèles du diocèse : « Le choc de cette information nous atteint tous profondément. Monseigneur Théas n’est plus là pour confirmer ou infirmer les faits indiqués. Il ne peut donc y avoir d’enquête et de procès qui établissent la vérité dans le respect des dispositions de la loi. Comme toujours dans cette situation, un doute subsistera dans les esprits des uns et des autres. Ce doute est terrible, d’une part pour les personnes victimes dont la parole court le risque de ne pas être crue et la souffrance pas reconnue, et d’autre part pour les proches de la personne mise en cause, qui ne savent que penser, qui peuvent reprocher la divulgation d’une information sans contradiction possible, et doivent vivre avec cela.
Ma première pensée va à la personne plaignante. Elle va plus largement aux personnes victimes de violences sexuelles, mineures ou adultes. Nous savons à quel point les violences subies marquent une vie à jamais, l’abîment et parfois la détruisent. Lorsque les auteurs de ces violences sont des prêtres ou des évêques, le mal est encore plus profond car il touche les racines de la relation des personnes avec l’Eglise et souvent avec Dieu lui-même. Je veux redire une fois de plus mon soutien inconditionnel aux personnes que l’Eglise, à travers certains de ses ministres, a blessées si profondément, dans leur corps et dans leur âme. Je veux les assurer aussi de ma prière et de mon respect. Je pense également à ceux qui ont connu Monseigneur Théas et aux membres de sa famille. Même s’il a quitté le diocèse il y a plus de 56 ans, sa mémoire reste vive chez nous, mais aussi dans l’Eglise en France et en dehors de l’Eglise, notamment dans la communauté juive de France en raison de son engagement pendant la deuxième guerre mondiale. Enfin, je sais que pour certains, cette information va éprouver un peu plus encore leur confiance dans l’Eglise.
Depuis la remise du rapport de la Ciase, l’Eglise en France a pris des engagements forts en matière de reconnaissance et d’accompagnement des personnes victimes, mais aussi dans la prévention des violences sexuelles et la « transformation » ecclésiale qu’elle exige. Beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire. Le diocèse de Tarbes et Lourdes y participe résolument, dans les paroisses et les communautés ou encore au Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, pour revoir les façons d’être ensemble, et d’exercer l’autorité pour les clercs (évêque, prêtres et diacres) et les laïcs (catéchèse, pastorale des jeunes, service auprès des plus vulnérables, animation spirituelle, etc.).
Je veux réaffirmer ici l’engagement total, permanent et déterminé du diocèse et de ses responsables pour reconnaître les souffrances subies et les violences vécues par les personnes victimes de violences sexuelles, accompagner des chemins de restauration et d’apaisement et reconstruire, autant que faire se peut, la confiance. Léon XIV, que nous accueillerons dans quelques jours, ne cesse de nous y inviter : « Il est urgent d’enraciner dans toute l’Église une culture de prévention qui ne tolère aucune forme d’abus : ni de pouvoir ou d’autorité, ni de conscience, ni spirituel ou sexuel. »


