Le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo et président de la Conférence des évêques catholiques du Japon, vient une nouvelle fois de prendre position sur la question LGBT, à l’occasion de l’adoption par le gouvernement japonais d’un programme destiné à améliorer la compréhension des minorités sexuelles.
Le gouvernement japonais a adopté le 16 juin 2026 un programme d’application de la loi de 2023 sur la promotion de la compréhension de la diversité en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Le dispositif prévoit notamment des actions de sensibilisation, des recherches, la diffusion d’informations et le développement de systèmes de consultation. Interrogé par UCA News, le cardinal Kikuchi a jugé cette évolution « significative », estimant que le gouvernement avait clairement formulé une politique destinée à approfondir la compréhension des minorités sexuelles.Mais c’est surtout la justification donnée par le prélat qui retient l’attention.
« Une communauté inclusive qui accueille tout le monde » n’est pas, selon lui, une fin en soi, mais « la première étape vers la réalisation du monde que Dieu nous appelle à construire ».
Pris isolément, l’appel à accueillir chaque personne n’entre évidemment pas en contradiction avec la foi catholique. L’Église demande au contraire que les personnes homosexuelles soient accueillies avec respect et délicatesse et condamne toute discrimination injuste à leur encontre.La difficulté apparaît lorsque cet impératif pastoral est présenté sans son autre versant : l’enseignement moral de l’Église sur la sexualité.
Le Catéchisme de l’Église catholique établit en effet une distinction fondamentale entre les personnes et les actes. Aux paragraphes 2357 à 2359, il enseigne que les personnes ayant des tendances homosexuelles doivent être reçues « avec respect, compassion et délicatesse », tout en maintenant que les actes homosexuels sont « intrinsèquement désordonnés », parce qu’ils ferment l’acte sexuel au don de la vie et ne procèdent pas de la complémentarité sexuelle de l’homme et de la femme.
Dans sa déclaration, le cardinal Kikuchi insiste sur le premier aspect, mais ne rappelle pas le second, comme c’est souvent le cas chez certains prélats peu regardants quant au respect de la doctrine de l’Église.
Cette omission mérite d’être relevée, précisément parce que le mot « inclusion » peut recouvrir des réalités très différentes. L’accueil d’une personne, quelles que soient son histoire et ses inclinations, appartient à la mission de l’Église. L’approbation morale de tous les comportements en est une autre. Cette prise de position ne constitue pas un épisode totalement isolé.
Lors de sa nomination par François au cardinalat en 2024, plusieurs observateurs avaient déjà relevé l’attention particulière accordée par Mgr Kikuchi aux questions LGBT. Des messes destinées au groupe « LGBT Catholic Japan » ont notamment été accueillies dans l’archidiocèse de Tokyo, tandis que le prélat a participé à des réflexions sur les minorités sexuelles dans le cadre d’activités catholiques liées au VIH et au sida.
Le cardinal développe plus largement une conception de « l’Église inclusive ». Cette expression ne concerne d’ailleurs pas exclusivement les questions sexuelles. Dans un entretien accordé en 2024 au National Catholic Register, il l’employait surtout à propos de l’intégration des très nombreux catholiques étrangers vivant au Japon. « Comment être une Église inclusive est une question majeure pour nous au Japon », expliquait-il alors, en évoquant notamment les immigrés philippins, vietnamiens et sud-américains.
Reste que lorsqu’un cardinal intervient précisément sur une politique publique concernant l’orientation sexuelle et l’identité de genre, les mots employés prennent nécessairement une portée particulière.L’Église catholique n’enseigne ni le rejet ni la marginalisation des personnes homosexuelles. Mais elle n’enseigne pas davantage que l’inclusion exige de considérer toutes les conceptions de la sexualité comme moralement équivalentes.
C’est précisément toute la difficulté pastorale : accueillir sans exclure, écouter sans mépriser, accompagner sans pour autant renoncer à annoncer ce que l’Église considère comme vrai sur l’homme, la femme, le mariage et la sexualité.En saluant la politique japonaise et en présentant la communauté « inclusive » comme une première étape vers le monde voulu par Dieu, le cardinal Kikuchi choisit clairement de mettre l’accent sur l’accueil.Mais en l’absence, dans cette intervention, de tout rappel de la doctrine morale catholique, une question demeure : comment éviter que l’inclusion pastorale ne soit comprise comme une approbation morale ?
Pour l’Église, les deux exigences ne devraient pourtant jamais être opposées : la charité envers toute personne et la fidélité à son enseignement.


