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[Scandale en Suisse] Une église veut « faire dialoguer » la Vierge Marie avec des déesses païennes

image d'illustration - DR
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Comme une provocation , le choix de la date achève de donner à cette exposition une portée particulièrement déplacée. Elle doit commencer le 15 août, solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Il est des initiatives ecclésiales dont on peine à comprendre ce qu’elles veulent réellement transmettre de la foi reçue des Apôtres. Du 15 au 25 août 2026, l’église catholique Saint-Jean de Zoug, en Suisse, doit accueillir l’exposition « Wo ist die Göttin ? » (« Où est la déesse ? »), consacrée à des représentations de divinités féminines provenant de différentes civilisations et traditions religieuses. L’affaire serait déjà discutable si elle relevait simplement d’une exposition comparative sur l’histoire des religions. kath.ch, le portail catholique suisse, précise cependant que ces figurines doivent être installées au cœur même de la chapelle baptismale et que leur disposition a été pensée en relation avec l’autel et la Sainte Vierge.

Selon Regula Grünenfelder, responsable pastorale impliquée dans le projet, 34 objets seront disposés en un cercle aux trois quarts, laissant volontairement une ouverture vers Marie et vers l’autel. Les organisateurs parlent de « dialogue » et vont jusqu’à évoquer une « parenté » susceptible d’apparaître dans cette rencontre. Les mots ont leur importance.

Car que peut signifier, dans une église consacrée au culte du Dieu trinitaire, une quelconque « parenté » religieuse entre des divinités païennes et celle que l’Église invoque depuis le concile d’Éphèse comme Theotokos, la Mère de Dieu ?

Marie n’est pas une déesse. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais dans la foi catholique. Elle est une créature, la plus parfaite des créatures, « pleine de grâce » (Lc 1, 28), entièrement dépendante de Dieu et entièrement ordonnée à son Fils. Si l’Église lui rend un culte d’hyperdulie, radicalement distinct du culte de latrie réservé à Dieu seul, c’est précisément parce qu’elle ne confond jamais la créature avec le Créateur. Toute la grandeur de Marie vient de Celui dont elle peut dire : « Mon âme exalte le Seigneur » (Lc 1, 46).

Le titre de Mère de Dieu ne fait donc pas de Marie une divinité féminine chrétienne. Il confesse d’abord la vérité sur le Christ : Celui qu’elle a conçu selon la chair est véritablement Dieu. C’est pourquoi le concile d’Éphèse, en 431, a défendu le titre de Theotokos. Il ne s’agissait nullement de diviniser Marie, mais de sauvegarder l’unité de la personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme.

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Dès lors, rapprocher visuellement la Vierge de figures comme Isis, Durga ou d’autres déesses n’est pas théologiquement anodin. On introduit inévitablement dans l’esprit du visiteur l’idée d’une continuité possible entre les antiques représentations du « féminin divin » et la maternité divine de Marie. Or cette lecture est étrangère à la foi catholique. Marie n’est pas l’expression chrétienne d’un archétype religieux universel ; elle est cette femme d’Israël, réellement entrée dans l’histoire du salut, qui a reçu de Dieu la grâce singulière de devenir la mère selon la chair du Verbe incarné.

Le lieu choisi rend l’entreprise plus incompréhensible encore. Il ne s’agit pas d’un musée, d’une université ou d’une salle d’exposition, mais d’une chapelle baptismale. Le baptistère est intimement lié au mystère pascal : là, l’homme ancien meurt avec le Christ afin que naisse l’homme nouveau ; là, celui qui reçoit le baptême est arraché au péché, incorporé au Corps mystique du Christ et devient fils adoptif du Père dans l’Esprit Saint. Saint Paul l’enseigne avec une admirable concision : « Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27).

Installer précisément en ce lieu des représentations de divinités étrangères à la Révélation chrétienne pour les faire entrer dans un jeu de correspondances religieuses n’est donc pas un geste neutre.

Une église catholique n’est pas un espace indifférencié du sacré. Elle est consacrée au culte divin. L’autel n’est pas un symbole religieux parmi d’autres : il est le lieu du Sacrifice eucharistique, où est rendu sacramentellement présent l’unique sacrifice du Christ. Le baptistère n’est pas l’évocation universelle de l’eau ou de la renaissance : il renvoie au sacrement institué par le Christ. Et la statue de la Vierge n’est pas une représentation du « féminin sacré » : elle désigne la Mère du Seigneur.

Le choix de la date achève de donner à cette exposition une portée particulièrement malheureuse. Elle doit commencer le 15 août, solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie.

Ce jour-là, l’Église célèbre l’accomplissement en Marie de l’œuvre de la grâce : celle qui fut préservée du péché originel et donna sa chair au Verbe est élevée, corps et âme, dans la gloire céleste. Tout, dans le mystère de l’Assomption, proclame donc non la divinité de Marie, mais la puissance de Dieu agissant dans sa créature.

C’est précisément cette distinction qui devrait être enseignée avec une clarté redoublée à une époque où beaucoup de nos contemporains ne savent plus distinguer adoration et vénération, paganisme et christianisme, sentiment religieux et Révélation. Or voici qu’au lieu de dissiper la confusion, une initiative organisée dans une église catholique risque de l’entretenir.

L’origine même de la collection n’est pas indifférente. Elle a été constituée pendant plusieurs décennies par l’auteure allemande Luisa Francia, dont les travaux ont notamment porté sur la spiritualité féminine, les déesses, la magie et le chamanisme. Le projet entend également ouvrir une réflexion sur ce qui est présenté comme le « côté féminin de Dieu ». Là encore, la théologie catholique possède pourtant des distinctions infiniment plus riches que les catégories contemporaines du « masculin » et du « féminin divin ». Dieu transcende la différence sexuelle propre aux créatures. Il n’est ni homme ni femme au sens biologique, même si la Révélation nous enseigne à l’invoquer comme Père et si le Fils éternel s’est réellement incarné comme homme en Jésus-Christ.

Le syncrétisme ne commence pas nécessairement par l’adoration explicite d’une idole. Il commence lorsque les distinctions deviennent suffisamment floues pour que la singularité de la Révélation ne soit plus perceptible.

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