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Collusion autour de la basilique de Saint Quentin : une chasse au trésor imposée malgré l’opposition des fidèles

Façade et intérieur de la Basilique de Saint Quentin - @tribunechretienne
Façade et intérieur de la Basilique de Saint Quentin - @tribunechretienne
Un collectif de fidèles dénonce la collusion entre les deux parties, liées par une convention autour de cette animation, tandis que la paroisse affirme avoir pris conseil auprès d’autorités ecclésiales « au niveau national »

On pourrait dire que dans cette affaire il n’y a vraiment rien de synodale, car malgré l’opposition des fidèles , les parties persistent et signent … Tribune Chrétienne révélait le 5 août dernier la vive opposition de nombreux fidèles à l’organisation, les 19, 21, 28 et 29 août, d’un « escape game » au sein même de la basilique Saint-Quentin. Une lettre avait été adressée au père Matthieu Saur, curé de Saint-Quentin–Notre-Dame, avec copie au père Bernard Proffit, administrateur diocésain de Soissons, Laon et Saint-Quentin. Depuis, une rencontre a eu lieu avec des représentants de la Ville et de la paroisse. Florent Delaporte, responsable du Collectif PRO DEO REGE ET PATRIA « Pour Dieu, le Roi et la Patrie », devise de la ville de Saint-Quentin , en rapporte à Tribune Chrétienne le contenu. Malgré les objections des fidèles, l’animation est maintenue.

Selon son témoignage, les deux agents municipaux présents ont expliqué que les termes « escape game » et « escape box » avaient notamment été choisis dans un objectif de communication : attirer un public qui ne fréquente habituellement pas la basilique, particulièrement les jeunes adultes et les familles. Ils mettent en avant les missions scientifiques et pédagogiques de leur service et considèrent le patrimoine religieux comme relevant de leur champ de compétences.

Le parcours présenté confirme néanmoins la dimension ludique du dispositif. Les participants commenceront par le labyrinthe, avant de rejoindre le double transept, la crypte et le tombeau, les reliques de saint Quentin puis le déambulatoire.

Ils gagneront enfin une chapelle actuellement utilisée comme espace de rangement, où ils devront tenter de déverrouiller la boîte contenant les énigmes. Les cinq premières étapes devraient durer entre vingt et trente minutes, avant une dernière séquence de 45 minutes à une heure.

La Ville met davantage en avant la dimension de visite patrimoniale, tout en reconnaissant que l’aspect ludique demeure. Elle assure qu’un guide-conférencier veillera au respect du lieu. Interrogés par Florent Delaporte sur la possibilité d’organiser une animation semblable dans la mosquée de Saint-Quentin, les représentants municipaux se seraient déclarés ouverts à cette éventualité. Concernant les objections fondées sur le droit canonique, les agents municipaux considèrent qu’ils sont extérieurs aux débats internes à l’Église et qu’ils ont respecté le cadre qui s’impose à eux : la paroisse a donné son autorisation.

C’est donc bien la responsabilité ecclésiale qui se trouve désormais au cœur de la controverse. La paroisse assume le projet. La municipalité aurait proposé l’initiative ; certaines premières versions auraient été refusées par les prêtres en raison de leur contenu ou du discours envisagé, avant d’être modifiées puis validées. Surtout, une convention a été signée entre la municipalité et la paroisse.

Selon le témoignage de Florent Delaporte, le prêtre présent lors de la rencontre a également affirmé que la paroisse avait « demandé conseil au niveau national pour savoir ce qu’il était possible de faire », se prévalant ainsi d’une consultation auprès d’autorités ecclésiales nationales. Il aurait également fait valoir que ce type de divertissement existe déjà dans d’autres lieux catholiques. A notre connaissance , aucune autorisation écrite émanant de la Conférence des évêques de France n’a toutefois été communiquée.

Le prêtre aurait même défendu une « dimension pastorale […] formidable » du dispositif, permettant selon lui de faire découvrir la basilique et l’histoire des saints. Il reconnaîtrait cependant qu’il s’agit d’un « pari » et que ce moyen, qu’il juge lui-même dérisoire, ne conduira vraisemblablement pas les participants à revenir à l’église le dimanche. Un prêtre aurait d’ailleurs déjà testé le parcours. C’est précisément cette argumentation que rejette le Collectif « Ils vont attirer un public qui est là pour un divertissement puisque cela a été présenté comme ça », explique son responsable. Et de préciser : « Même si le script est sur la basilique et l’histoire de saint Quentin, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un jeu et que la maison de Dieu n’a pas à accueillir de divertissement. »

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Le responsable du collectif rappelle à juste titre que des visites guidées existent déjà, tout comme les Journées du patrimoine. Il invoque surtout le canon 1210 du Code de droit canonique, selon lequel ne doit être admis dans un lieu sacré que « ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion », tandis que doit en être écarté ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu.

Pour lui, cependant, l’enjeu dépasse le seul droit canonique. « Ma maison sera appelée maison de prière », rappelle-t-il. Plutôt que d’emprunter les codes du divertissement, il demande : « Pourquoi ne pas faire ce qui fonctionne pour attirer la jeunesse : du sacré, du beau, des processions, des chemins de croix, des concerts de chant grégorien ? » Et d’insister : « À aucun moment on ne parle de Dieu et de son message. » Pour le collectif, la mission première de l’Église demeure le salut des âmes.

La controverse est d’autant plus sensible que la basilique conserve les reliques de saint Quentin. Crypte, tombeau, reliques, déambulatoire et chapelle ne sont donc pas, aux yeux des opposants, de simples éléments patrimoniaux susceptibles de devenir les étapes d’une chasse aux indices.

Cette affaire s’inscrit aussi dans un contexte local plus large. Des catholiques s’étaient déjà émus de la tenue d’une Marche des fiertés dans les jardins de la basilique. Le collectif redoute désormais qu’au nom de l’attractivité, les abords puis l’intérieur du sanctuaire soient progressivement envisagés comme des espaces d’animation et de divertissement. Enfin, Florent Delaporte regrette que le père Bernard Proffit, administrateur diocésain, n’ait pas souhaité s’exprimer sur cette affaire, « même auprès des catholiques de son département ». Dans un diocèse actuellement sans évêque en titre, ce silence nourrit davantage encore les interrogations.

Derrière cette « escape box » demeure une question essentielle : une basilique doit-elle emprunter les codes du divertissement pour attirer le public, ou doit-elle offrir ce qu’aucun lieu de divertissement ne pourra jamais donner : le sacré, la prière et la présence de Dieu ?

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