À Tribune Chrétienne, nous ne faisons pas de politique . Mais il est suffisamment rare aujourd’hui qu’un maire français place, en haut d’un visuel lié à l’un des principaux événements populaires de sa ville, cette affirmation : « ON AIME LA MESSE ». Nous avons donc voulu comprendre pourquoi Robert Ménard avait choisi ces mots et ce qu’ils signifient pour lui.

Sa première réponse renvoie à une réalité très concrète de la Feria de Béziers : la messe n’y est pas un élément marginal.
« Dire “on aime la messe”… c’est une évidence. Vous savez que la Feria, depuis que je suis maire, c’est-à-dire depuis douze ans, commence avec une messe dans les arènes de la ville. Cette année, il y avait encore 5 000 personnes à la messe. Il y a une procession qui amène la Vierge dans les arènes, et ensuite il y a une autre procession avec un certain nombre de chars géants qui vont de là au Pregón et depuis la façade du théâtre municipal, je fais un discours pour ouvrir la Feria.
Il y a la Sainte Vierge pour la procession, et après trois chars : un char géant sur la Vierge, le deuxième sur saint Aphrodise, qui est le patron de la ville de Béziers, et enfin un autre char à la gloire de Trencavel qui a mené le combat contre la première croisade, menée par le pape et le roi pour réduire au silence ce Midi turbulent. »
Le maire ne se contente pas d’assister à ces manifestations. Il participe lui-même à la procession et revendique son appartenance catholique : « J’y suis avec mon écharpe blanche et rouge. Vous vous doutez bien que je suis catholique aussi. »
Robert Ménard souligne également un élément particulièrement intéressant au regard de la laïcité, le maire précise que la représentante de l’État participe désormais elle aussi à la procession :
« Ce n’était pas le cas au début de mon mandat, mais depuis quatre ou cinq ans, le préfet est à côté de moi. Et aujourd’hui, c’est une préfète qui s’appelle Mme Mauchet, Chantal Mauchet. Elle était à côté de moi dans la procession pendant le défilé, pas en uniforme évidemment. Mais elle représentait l’État. »
Pour autant, le maire de Béziers ne présente pas cet attachement au catholicisme comme un refus des autres religions. Il insiste au contraire sur sa présence lors des célébrations d’autres communautés religieuses.
« Moi, je n’ai aucun scrupule à dire ça : quand on me demande de venir à la synagogue, je vais à toutes les fêtes juives, et quand on me demande de faire la rupture du jeûne à la mosquée, j’y vais aussi. »
La visibilité du christianisme à Béziers ne se limite pas à la Feria. Robert Ménard évoque également la désormais célèbre crèche installée à Noël, objet de contentieux judiciaires récurrents.
« Il y a une crèche à Béziers, l’an dernier 65 000 personnes sont venues la voir (on les compte à l’entrée). Comme chaque année on a un procès en cours. En général, tous les ans on gagne en référé. On est condamné à enlever la crèche, mais en général quand le procès arrive, elle n’y est plus. Il est arrivé une ou deux fois qu’elle y était, ce qui explique qu’aujourd’hui la crèche est sur roulettes ! Il nous est arrivé, moi et des élus, de la pousser jusque devant la mairie. »
Reste cette association qui peut surprendre : la messe, les femmes, les toros et les forces de l’ordre réunis sur une même publication. Interrogé sur le risque de donner l’impression d’appeler chacun à « choisir son camp », et sur le fait que la religion pourrait être placée au-dessus des autres éléments de l’affiche, Robert Ménard assume sa position.
« Je suis le maire de la ville, je suis attaché à la messe. Le 15 août, j’étais aussi dans le défilé de la Vierge organisé par l’Église. J’aime la messe, mais je pourrais dire “j’aime la synagogue”, parce que c’est le cas aussi. »
Sa position sur les traditions taurines est d’ailleurs plus complexe que ne pourrait le laisser penser l’affiche. Robert Ménard affirme être végétarien et ne pas aimer personnellement la corrida. Sa défense des traditions taurines relève, selon lui, d’une conception plus générale de la liberté.
« Moi, je suis végétarien, je n’aime pas la corrida. Mais je la défends, pas parce que c’est une tradition, mais parce que je suis pour qu’on arrête d’emmerder des gens qui ne pensent pas ou ne vivent pas les mêmes choses que nous. J’ai été le patron de Reporters sans frontières pendant 23 ans, j’ai défendu des gens dont je ne pensais pas le début du premier mot de ce qu’ils écrivaient, mais je pensais que ce n’était pas une raison pour les mettre en prison. La tribu de l’afición a le droit d’exister. Si vous n’aimez pas la corrida, vous ne rentrez pas dans les arènes. »
Nous lui faisons alors remarquer qu’il existe malgré tout un fossé entre la foi catholique et une tradition taurine. Le maire refuse, en tant qu’élu, d’établir cette hiérarchie dans le cadre de la Feria et revient sur le sens général du message publié par la Ville.
« Moi, je suis le maire de la ville et je ne fais pas ces hiérarchies. L’affiche de la ville nous a valu un procès qu’on a gagné hier. Cette affiche vient au moment de la corrida, or la corrida commence par la messe. Je tenais à dire qu’on aime la messe, la corrida, la Feria. S’il n’y avait pas les flics, ça ne se passerait pas comme ça. Et les femmes, parce que j’aime voir les femmes en face de moi, pas affublées d’un voile. »
Enfin, Robert Ménard évoque ses relations avec Mgr Norbert Turini, archevêque de Montpellier, dont dépend la ville de Béziers. « On a les meilleurs rapports du monde, et en plus il est pied-noir comme moi. »
Au-delà des polémiques entourant Robert Ménard et indépendamment de toute appréciation politique, un fait demeure : dans la France de 2026, voir une municipalité afficher en lettres capitales « ON AIME LA MESSE » est suffisamment inhabituel pour être relevé. À Béziers, Robert Ménard l’assume pleinement. Pour lui, la messe n’a pas été ajoutée artificiellement à la Feria pour provoquer : elle appartient à l’événement, à l’histoire locale et à une identité qu’il n’entend manifestement pas cacher.
Propos recueillis par Philippe Marie


