Que se passe-t-il dans le diocèse de Metz ?
Le 28 septembre prochain, Léon XIV achèvera à Metz son voyage en France. Le choix de la Moselle porte une symbolique particulière : territoire marqué par les guerres et les annexions, devenu l’un des lieux de la réconciliation franco-allemande, il est également lié à Robert Schuman et à la construction européenne. La venue du pape, grande joie pour l’ensemble des catholiques de France, doit ainsi être largement placée sous le signe de la paix. Un message auquel souscrit cette paroissienne mosellane qui a écrit à Tribune Chrétienne (La lettre est signée L.G.) , mais qu’elle confronte directement à la situation qu’elle dit vivre dans son propre diocèse.
« Quand j’entends ces paroles dans la bouche de l’archevêque-évêque de Moselle, je dis qu’il ferait bien de balayer devant sa porte. PAIX !!! », écrit-elle. « La paix entre les nations, le respect etc… comme dit la chanson de Dalida : « Paroles, paroles, paroles et encore des paroles… » » Son courrier met directement en cause Monseigneur Philippe Ballot et le fonctionnement de la hiérarchie diocésaine. « Alors que dans son diocèse, il est loin d’être un pasteur qui prend soin de son troupeau », affirme-t-elle. Elle dénonce également un évêque « entouré d’une cour à sa botte » et vise plus largement « l’attitude de la hiérarchie diocésaine (évêque et vicaires généraux) et autres personnes en responsabilité ».
La fidèle aborde également le statut concordataire de la Moselle. Elle affirme que Monseigneur Ballot vante volontiers le Concordat et considère qu’« il devrait même exister dans toute la France ». Elle oppose cette position à celle qu’elle attribue à Monseigneur Pascal Delannoy, archevêque de Strasbourg, autre diocèse concordataire. « L’argent fausse les relations et l’Homme », écrit-elle, avant de livrer ce jugement particulièrement sévère : « Le clergé mosellan : chacun pour soi et Dieu pour tous. Alors les leçons de morale : à d’autres !!! »
Mais l’essentiel de son témoignage concerne le sort d’un prêtre franciscain et deux années de conflit dont elle dit avoir été témoin : « Nous avons vécu une situation très, très douloureuse d’un prêtre franciscain qui a été éjecté sans vergogne du diocèse. Durant deux ans les autorités diocésaines ont soufflé sur la braise : quelques voix de personnes qui voulaient la tête du curé avaient des oreilles attentives à l’évêché et se sont même vantées avoir été bien aidées dans leur démarche. »
Elle assure posséder « de nombreux écrits qui témoignent et décrivent les faits durant deux ans » et accuse également un prêtre retraité d’avoir joué un rôle dans cette affaire : « Un prêtre retraité téléguidé par la hiérarchie diocésaine a fait du harcèlement, indigne de la vocation de prêtre. » La situation aurait été suffisamment grave pour que l’entourage du franciscain s’inquiète de sa capacité à tenir : « Combien de fois nous nous sommes demandé comment notre prêtre cité dans ce mail a fait pour ne pas se suicider ! Grâce à la prière et à son intériorité, il a trouvé la force de continuer et survivre. »
La paroissienne élargit alors son propos à la situation des prêtres du diocèse et affirme que « plusieurs prêtres se sont suicidés ». Elle s’interroge sur la manière dont l’institution prend soin de ceux qui traversent des périodes d’isolement, de conflit ou de grande fragilité.
Elle récuse également l’argument qui consisterait simplement à rappeler que les responsables de l’Église demeurent des hommes avec leurs faiblesses. « Il faut paraît-il pardonner, ce sont des hommes comme tout un chacun. Un peu facile comme conclusion. Ces personnes devraient avoir une attitude digne de ce qu’elles sont. […] Comment vivent-elles l’Évangile dans leur vie quotidienne ? » C’est à partir de cette expérience qu’elle porte un regard particulièrement critique sur les préparatifs du 28 septembre :
« Je ne me réjouis pas de la venue du pape en Moselle et me dis que s’il connaissait les personnalités de notre hiérarchie diocésaine, il serait peut-être allé à Lisieux ou ailleurs. »
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Et elle formule sans détour son jugement : « Quid de la visite papale à Metz : bon coup de COM. Visibilité mondiale pour les organisateurs. On voit de suite dans quelle sphère on se situe ! » Pour autant, cette paroissienne ne conteste pas la nécessité de parler de paix dans le contexte international actuel. C’est la cohérence entre ce message et la vie diocésaine qu’elle questionne.
« La paix est importante dans le contexte actuel de guerres… C’est tellement plus facile de parler de paix, donner des conseils quand on n’est pas directement concerné par les guerres. Il est bien plus facile de parler de la paix en Europe que de faire un bilan de ses manquements, de ses attitudes irrespectueuses envers des personnes (prêtres, laïcs). » Et elle poursuit : « La paix commence déjà par la paix dans nos vies, dans nos cœurs, le respect, la justice… sont incontournables. »
Son courrier dépasse enfin le seul cas du diocèse de Metz. La fidèle attend de Léon XIV une parole particulièrement forte sur la fin de vie à l’occasion de son déplacement en France.
« Comment le pape Léon XIV mettra-t-il les pendules à l’heure ? Ménager la chèvre et le chou pour ne pas faire de vague, ne choquer personne ? », demande-t-elle. « Les paroles fortes, OK, mais les actes forts portent davantage et mettent les personnes devant leurs responsabilités. Un acte fort marque les esprits, tandis que des paroles s’envolent. Jésus n’a pas été lisse dans certaines situations. Il s’est fâché ! » La conclusion de son courrier revient finalement au diocèse de Metz et à la contradiction qu’elle entend dénoncer.
« Ma lettre ne changera pas le cours des choses. Des consciences se réveillent et se demandent où se trouve la vérité. Le coup de « Com » ne doit pas écraser les consciences qui se dressent pour clamer la vérité, dénoncer des faux-semblants et regarder les choses en face même si c’est douloureux. » À un mois de la venue de Léon XIV, cette paroissienne pose donc publiquement la question à Mgr Philippe Ballot et aux responsables diocésains : au moment où Metz s’apprête à devenir une tribune internationale pour la paix et la réconciliation, qu’en est-il de la paix, de l’écoute et de la réconciliation au sein même du diocèse ?


