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Franc-maçonnerie : quand les critiques contre le cardinal Bustillo s’emballent

vue d'Ajaccio - Depositphotos
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" Dialoguer n'est pas adhérer " : Si l’Église maintient sans ambiguïté l’incompatibilité entre foi catholique et appartenance maçonnique, rien n’interdit à un évêque de rencontrer ceux qui en sont membres

Par Philippe Marie

Une centaine de francs-maçons de différentes obédiences s’étaient donné rendez-vous le 7 août au col de Vergio, à près de 1 500 mètres d’altitude, en Corse. Parmi les invités figurait cette année une personnalité inhabituelle : le cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio. L’information a été révélée le 18 août par Jérôme Canard dans Le Canard enchaîné. Selon l’hebdomadaire, le cardinal a « longuement disserté sur la paix » devant les participants. À ses côtés se trouvait notamment l’ancien député autonomiste Jean-Félix Acquaviva, lui aussi appelé à prendre la parole.

Cardinal François Bustillo – DR

Depuis, la présence du cardinal est abondamment commentée sur les réseaux sociaux. Certains y voient une proximité problématique avec la franc-maçonnerie, d’autres rappellent les condamnations répétées de celle-ci par l’Église. Les mots ont parfois dépassé les faits.

Car la position catholique ne souffre effectivement aucune ambiguïté. Le 26 novembre 1983, la Congrégation pour la Doctrine de la foi, alors présidée par le cardinal Joseph Ratzinger, déclarait que « le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure donc inchangé », leurs principes étant considérés comme « inconciliables avec la doctrine de l’Église ». L’inscription dans une association maçonnique demeure interdite aux catholiques. Jean-Paul II avait personnellement approuvé la publication de cette déclaration. Quarante ans plus tard, le Dicastère pour la Doctrine de la foi l’a encore confirmé. Dans une note du 13 novembre 2023 répondant à Mgr Julito Cortes, évêque de Dumaguete aux Philippines, Rome a rappelé que l’adhésion active d’un fidèle à la franc-maçonnerie reste interdite en raison de « l’inconciliabilité entre la doctrine catholique et la franc-maçonnerie ». La règle vaut également pour les clercs.

Mais Son Eminence François-Xavier Bustillo n’a adhéré à aucune loge lors de la rencontre de Vergio. Il a accepté une invitation et pris la parole devant des francs-maçons. La distinction est essentielle : les textes romains condamnent l’appartenance et l’adhésion aux principes maçonniques, non le fait de parler ou de dialoguer avec des personnes qui en sont membres.

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Ce dialogue n’est d’ailleurs pas nouveau dans le parcours de l’évêque d’Ajaccio. Lorsqu’il était vicaire puis curé de Saint-Bonaventure à Narbonne, François-Xavier Bustillo avait déjà été associé aux relations entre l’Église locale et les milieux maçonniques. Le College of Cardinals Report rapporte que Monseigneur Alain Planet, évêque de Carcassonne et Narbonne de 2004 à 2023, lui avait confié cette mission. Le contexte local était particulier : selon Midi Libre, Narbonne comptait en 2011 près de 870 francs-maçons, soit environ 17 pour 1 000 habitants, contre une moyenne nationale alors estimée à 2,5 pour 1 000.

Le rapport cite également un article de L’Indépendant du 13 avril 2011 qui s’interrogeait déjà sur le rôle du franciscain comme possible trait d’union entre l’évêché et certaines obédiences maçonniques. Un franc-maçon interrogé à l’époque soulignait son ouverture et les contacts qu’il entretenait avec certains membres de ces milieux.

La présence du cardinal aux côtés de l’ancien député autonomiste Jean-Félix Acquaviva ne saurait davantage valoir approbation de ses positions ou de sa situation judiciaire. L’Église parle à tous, y compris à ceux dont les convictions ou les engagements s’éloignent de son enseignement.

Curieusement, ce principe élémentaire du dialogue semble susciter moins d’émoi lorsque des responsables catholiques rencontrent des militants LGBT ou des personnalités défendant des positions tout aussi éloignées de la doctrine de l’Église. La rencontre du col de Vergio n’est donc pas nécessairement le rapprochement spectaculaire que certains commentaires décrivent aujourd’hui. Elle s’inscrit plutôt dans une pratique ancienne du dialogue chez l’évêque d’Ajaccio. On peut discuter de l’opportunité pour un cardinal de participer à un rassemblement de ce type et s’interroger sur le signal envoyé aux fidèles. Mais le débat mérite de rester sur son véritable terrain.

L’Église interdit à un catholique d’adhérer à la franc-maçonnerie. Elle n’interdit pas à un prélat de parler aux francs-maçons. Confondre les deux revient à transformer une question pastorale légitime en accusation que les faits, à ce jour, ne permettent pas d’étayer. Si l’Église devait réserver son dialogue aux seuls hommes et femmes dont les convictions sont parfaitement conformes à sa doctrine, son carnet de rendez-vous serait singulièrement allégé. Depuis deux mille ans, sa mission consiste précisément à aller à la rencontre de ceux qui ne pensent pas comme elle.

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