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[Chine] « Qui est le pape, Xi Jinping ou Léon XIV ? »: au moins dix évêques auraient été consacrés clandestinement

Xi jinping (DR) - Léon XIV ( Depositphotos)
Xi jinping (DR) - Léon XIV ( Depositphotos)
Un évêque chinois resté en dehors de l’Association patriotique affirme qu’au moins dix évêques auraient été consacrés secrètement dans la seule province du Fujian pour assurer « la survie de l’Église en Chine ». Un témoignage recueilli par le sinologue Anthony E. Clark qui relance les interrogations sur les conséquences de l’accord entre Rome et Pékin

L’information est considérable, même si elle reste impossible à vérifier indépendamment. Dans un long article publié le 23 août par Catholic World Report, l’historien et sinologue américain Anthony E. Clark rapporte les témoignages recueillis auprès de catholiques chinois appartenant notamment aux communautés refusant de rejoindre l’Association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par le pouvoir.

Parmi eux, celui d’un évêque dont l’identité est volontairement protégée. Dans la seule province du Fujian, affirme-t-il, « au moins dix nouveaux évêques » auraient été consacrés secrètement. Aucun nom, aucune date de consécration ni identité des consécrateurs ne sont révélés. Le prélat explique cependant que ces consécrations auraient été réalisées pour assurer « la survie de l’Église en Chine ». Le témoignage prend une dimension particulière parce que cet évêque fait remonter la situation actuelle à l’accord provisoire conclu en 2018 entre le Saint-Siège et Pékin sur la nomination des évêques.

Depuis lors, explique-t-il, les catholiques clandestins du Fujian vivraient dans une sorte d’« état d’urgence ». Leur crainte : que l’emprise grandissante du pouvoir chinois sur les structures ecclésiales finisse par compromettre l’intégrité même de la foi catholique. Le paradoxe est difficile à ignorer. L’accord de 2018 devait notamment permettre de dépasser les décennies de divisions épiscopales et de maintenir les évêques chinois en communion avec Rome. Huit ans plus tard, si le témoignage recueilli par Clark est exact, des consécrations secrètes auraient repris à une échelle importante précisément pour soustraire des pasteurs au contrôle politique.

Une inconnue demeure toutefois essentielle : Clark ne précise pas si ces consécrations auraient reçu secrètement l’accord du Saint-Siège. Être consacré clandestinement vis-à-vis de Pékin ne signifie pas nécessairement être consacré sans mandat pontifical. La question devient plus sensible encore avec les nominations épiscopales intervenues depuis l’élection de Léon XIV.

Clark revient notamment sur les cas d’Ignatius Wu Jianlin à Shanghai et de Francis Li Jianlin à Xinxiang. Leur processus de sélection avait été engagé du côté chinois pendant la vacance du Siège apostolique, avant que Léon XIV ne reconnaisse ensuite leurs nominations. Cette situation nourrit une interrogation particulièrement brutale parmi les catholiques rencontrés par le sinologue : « Qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

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Le Saint-Siège continue parallèlement d’annoncer des nominations dans le cadre de l’accord. En juillet, Léon XIV a ainsi nommé Joseph Chang Yanfeng évêque de Chifeng et Francis Xavier Duan Yongkun coadjuteur de Bameng. Le canal diplomatique entre Rome et Pékin fonctionne donc toujours. Mais les témoignages recueillis sur le terrain décrivent une réalité beaucoup plus conflictuelle.

Le cas de Mgr Peter Shao Zhumin en fournit l’un des exemples les plus emblématiques. Évêque de Wenzhou reconnu par Rome mais refusant d’adhérer à l’Association patriotique, il a subi à plusieurs reprises arrestations, détentions et mesures de « rééducation ». Selon les informations recueillies par Clark, jusqu’à 90 % des chapelles clandestines de Wenzhou auraient été saisies ou fermées au cours des campagnes destinées à contraindre les communautés catholiques à rejoindre les structures officielles. Ce chiffre, particulièrement élevé, repose lui aussi sur les témoignages recueillis par l’auteur et ne peut être confirmé indépendamment.

Clark rapporte également que des religieux et des fidèles ayant effectué des pèlerinages à l’étranger avec des visas touristiques auraient été poursuivis à leur retour pour « franchissement illégal de frontière ». Certains auraient même appris qu’une libération pourrait intervenir si Mgr Shao acceptait de se « convertir », autrement dit de rejoindre l’Association patriotique.

La pression ne s’arrêterait pas là. Un séminariste raconte au sinologue l’importance prise par la formation politique au détriment de la vie spirituelle et affirme que certains prêtres seraient membres du Parti communiste. Une religieuse aurait résumé la logique de la « sinisation » en expliquant qu’il faudrait être d’abord chinois, puis catholique. La situation rappelle celle décrite par Benoît XVI dans sa lettre aux catholiques chinois de 2007. Le pape reconnaissait alors que des pasteurs refusant un contrôle indu de l’État et voulant demeurer fidèles au Successeur de Pierre avaient parfois été contraints de recevoir clandestinement la consécration épiscopale.

Près de vingt ans plus tard, la même question ressurgit avec une acuité particulière. Les affirmations concernant les dix évêques du Fujian devront être confirmées. Mais elles révèlent au minimum la profondeur de la défiance d’une partie des catholiques chinois envers les structures contrôlées par Pékin. Derrière la diplomatie complexe du Saint-Siège demeure ainsi une question que huit années d’accord n’ont manifestement pas fait disparaître : jusqu’où Rome peut-elle composer avec Pékin sans laisser le pouvoir politique chinois prendre progressivement la main sur la vie de l’Église ?

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