Le bilan s’alourdit d’heure en heure au Népal. Une gigantesque crue a déferlé mercredi 26 août dans les vallées himalayennes du nord du pays, emportant maisons, routes, ponts et installations hydroélectriques sur son passage. Jeudi matin, les autorités népalaises faisaient état de 157 corps retrouvés. Plus de 400 voyageurs ont été signalés comme disparus selon les différents décomptes communiqués par les autorités, parmi lesquels plusieurs centaines d’étrangers. Les recherches se poursuivent dans des conditions extrêmement difficiles.
La catastrophe a particulièrement frappé le district de Rasuwa et les secteurs de Timure et Syabrubesi, sur la route conduisant vers la frontière chinoise. Une énorme masse de glace et de roche s’est effondrée en altitude, provoquant une vague de boue et d’eau qui s’est engouffrée dans la vallée du Bhotekoshi. De l’autre côté de la frontière, le Tibet est lui aussi durement touché : les autorités chinoises ont annoncé au moins trois morts et 265 personnes portées disparues.
Face à l’ampleur de la catastrophe, la petite Église catholique du Népal se prépare à participer aux secours. Caritas évalue actuellement les besoins des populations touchées afin d’organiser son intervention. Les villages sinistrés ont besoin d’abris, d’eau potable, de produits d’hygiène et de biens de première nécessité, tandis que certaines zones restent très difficiles d’accès. Cette mobilisation s’inscrit dans une présence ancienne de l’Église auprès des populations népalaises lors des catastrophes naturelles. Après les graves inondations de 2024, Caritas Nepal et les volontaires des paroisses avaient déjà participé aux secours auprès des familles sinistrées sans distinction d’appartenance religieuse.
Dans les communautés chrétiennes, les appels à la prière pour le Népal accompagnent désormais l’urgence humanitaire. Cette catastrophe frappe un pays où être chrétien demeure une réalité minoritaire et parfois difficile.
Plus de 81 % des quelque 30 millions de Népalais sont hindous. Les estimations de la population chrétienne varient selon les sources, mais celle-ci reste très minoritaire ; la communauté catholique elle-même ne compte que quelques milliers de fidèles.L’histoire religieuse récente du pays est particulière. Le Népal fut pendant longtemps le seul royaume officiellement hindou au monde. Devenu un État laïc en 2007, il a inscrit la liberté religieuse dans sa Constitution de 2015. Mais cette liberté possède des limites importantes.
La législation népalaise interdit de convertir une personne d’une religion à une autre et sanctionne les activités susceptibles d’être considérées comme du prosélytisme. Pour les communautés chrétiennes, la frontière entre annoncer sa foi et être accusé de chercher à convertir peut ainsi devenir particulièrement délicate.
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L’organisation chrétienne The Voice of the Martyrs classe actuellement le Népal parmi les pays « hostiles » pour les chrétiens. Elle rapporte des cas de fausses accusations, de harcèlement, d’ostracisme et parfois de violences physiques visant des convertis. Selon l’organisation, certains chrétiens sont accusés de « détruire la culture » népalaise ou de promouvoir une religion étrangère. Dans les villages, les conversions peuvent également provoquer des ruptures familiales ou communautaires.
Cette pression est renforcée par certains mouvements nationalistes hindous qui souhaitent voir le Népal retrouver son ancien statut d’État hindou. Un rapport publié en juin 2026 par International Christian Concern alerte précisément sur la progression du nationalisme hindou et ses conséquences pour les communautés chrétiennes. L’organisation estime que les dispositions légales contre les conversions peuvent être utilisées de manière discriminatoire contre des pasteurs et des évangélistes.
Les difficultés ne viennent cependant pas d’un seul milieu. Dans certaines régions rurales, des chrétiens peuvent également rencontrer l’hostilité de communautés bouddhistes, musulmanes ou de groupes marxistes, notamment lorsque des conversions sont en cause.
Dans ce contexte, l’action des organisations chrétiennes après la catastrophe prend un relief particulier. L’aide de Caritas n’est pas réservée aux catholiques : elle est apportée selon les besoins des victimes, indépendamment de leur religion.Au milieu d’un pays endeuillé, où des familles attendent encore de savoir si leurs proches figurent parmi les centaines de disparus, la petite communauté chrétienne népalaise se retrouve ainsi confrontée à une double exigence : prier pour les victimes et se mettre au service d’une population dont elle ne constitue qu’une infime partie. Priez pour le Népal, pour ceux qui ont perdu un proche, pour ceux dont on reste sans nouvelles et pour les sauveteurs engagés dans les vallées himalayennes. Et priez aussi pour les chrétiens de ce pays, afin qu’au milieu de l’épreuve ils puissent continuer à vivre et témoigner librement de leur foi.


