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Sainte Thérèse de Lisieux : ce que sa rotule révèle encore de la vie de la « petite Thérèse »

Sainte-Therese-de-Lisieux - archives Carmel de Lisieux
Sainte-Therese-de-Lisieux - archives Carmel de Lisieux
Près de 130 ans après sa mort, une étonnante étude médicale s'est penchée sur une relique de sainte Thérèse de Lisieux. Sa rotule pourrait avoir conservé dans l'os la trace très concrète des gestes répétés de sa vie au Carmel

Une rotule, quelques modifications osseuses et, peut-être, la trace matérielle de milliers de gestes accomplis dans le silence du Carmel. Le médecin, anthropologue et paléopathologiste français Philippe Charlier vient de consacrer une étude scientifique à cette relique singulière de sainte Thérèse de Lisieux, aujourd’hui conservée dans l’église Sainte-Catherine de Honfleur.

Publiée le 30 juillet 2026 dans la revue médicale Joint Bone Spine, cette « Letter to the Editor » relève de la paléopathologie, discipline qui recherche sur les restes humains les traces de maladies, de traumatismes ou de contraintes physiques. La rotule examinée provient de l’exhumation des restes de Thérèse réalisée en 1923, quelques semaines avant sa béatification. Sur sa partie supérieure, Philippe Charlier a identifié des enthésopathies, des modifications osseuses situées au point d’insertion du tendon du quadriceps. Leur aspect correspond notamment à ce que les radiologues appellent le « patella tooth sign », le « signe de la dent de la rotule ». Ces anomalies peuvent témoigner d’une sollicitation chronique du groupe musculaire concerné.

credit photo https://archives.carmeldelisieux.fr/

Le constat intrigue d’autant plus que Thérèse est morte à seulement 24 ans. Philippe Charlier envisage notamment les contraintes mécaniques provoquées par la répétition quotidienne des agenouillements propres à la vie religieuse carmélitaine, susceptibles d’avoir sollicité durablement le quadriceps. La prudence demeure indispensable. Il s’agit d’un diagnostic rétrospectif et aucune lésion ne permet d’attribuer avec certitude son origine à la prière. L’hypothèse permet néanmoins d’entrevoir, jusque dans l’os, les conséquences possibles des gestes accomplis quotidiennement par une carmélite à la fin du XIXe siècle.

Ce n’est pas la première fois que Philippe Charlier fait parler scientifiquement les reliques de Thérèse. En 2025, il avait étudié des cheveux de la sainte conservés à Herbitzheim, en Alsace, avec l’autorisation des autorités ecclésiastiques. L’analyse de l’un d’eux, menée notamment avec le professeur danois Kaare Lund Rasmussen, avait révélé deux pics de mercure correspondant aux derniers jours de sa vie. L’hypothèse avancée était celle d’un traitement contenant cette substance, présente à l’époque dans différentes préparations médicales, qui aurait pu contribuer à détériorer davantage l’état d’une jeune femme déjà atteinte de tuberculose.

Un cheveu a donc livré des informations sur les dernières semaines de Thérèse ; sa rotule pourrait aujourd’hui témoigner de plusieurs années de son existence quotidienne.

Car avant l’immense postérité de la « petite Thérèse », il y eut une jeune Normande entrée à seulement 15 ans au Carmel de Lisieux, le 9 avril 1888. C’est dans cette vie cachée que mûrit sa « petite voie » : chercher la sainteté non dans des actions extraordinaires, mais dans la confiance en Dieu, la reconnaissance de sa petitesse et l’abandon à sa miséricorde. Jean-Paul II insistera sur le fait que cette voie, accessible à tous, n’en demeure pas moins exigeante : elle est celle de la confiance et de la remise totale de soi à la grâce de Dieu. Cette simplicité n’avait donc rien d’une facilité. Dans les derniers mois de sa vie, Thérèse connaît les souffrances de la tuberculose mais également une profonde nuit spirituelle. Au coeur de l’épreuve demeure pourtant l’intuition qui résumera sa vocation : « Dans le coeur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour. »

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Le paradoxe de sa destinée est saisissant. Cette contemplative qui ne quitte pratiquement jamais son Carmel devient une immense figure missionnaire. Elle accompagne par sa prière et sa correspondance deux prêtres missionnaires, Maurice Bellière et Adolphe Roulland. Pie XI la proclamera le 14 décembre 1927 patronne des missions, à l’égal de saint François Xavier. Thérèse meurt le 30 septembre 1897, à 24 ans. Ses manuscrits autobiographiques publiés après sa mort sous le titre Histoire d’une âme connaissent un extraordinaire rayonnement. Béatifiée en 1923, canonisée par Pie XI le 17 mai 1925, elle est proclamée docteur de l’Église par Jean-Paul II en 1997. Benoît XVI la présentera comme une « experte en scientia amoris », la science de l’amour.

Reliquaire de Sainte Thérèse de Lisieux lors de son exposition à Washington en novembre 2025

Où sont les reliques de Thérèse ?

L’histoire de cette rotule appartient à celle, étonnante, des restes de la carmélite. Dans le cadre du processus qui conduira à sa canonisation, ils sont exhumés à trois reprises, en 1910, 1917 et 1923. Son corps n’est pas retrouvé intact. Le 26 mars 1923, ses restes quittent définitivement le cimetière de Lisieux pour rejoindre le Carmel. L’essentiel de ses ossements y demeure aujourd’hui. Les côtes ont été placées dans la châsse située sous le gisant de la sainte, tandis que d’autres restes sont conservés dans une petite châsse de vermeil offerte par des fidèles brésiliens, connue sous le nom de « châsse du Brésil ».

La basilique Sainte-Thérèse de Lisieux conserve pour sa part les ossements de son avant-bras droit. Le choix est hautement symbolique : il est considéré comme « l’instrument humain » avec lequel Thérèse écrivit les manuscrits devenus Histoire d’une âme. Dès 1923, certains ossements avaient également été remis au pape et à l’évêque de Bayeux. Chaque année, à l’occasion des fêtes thérésiennes de la fin septembre, la petite « châsse du Brésil » quitte encore le Carmel : elle est portée jusqu’à la basilique pour une veillée de prière et les célébrations, puis jusqu’à la cathédrale de Lisieux avant son retour au Carmel.

La science ne peut évidemment rien dire de sa sainteté. Elle peut cependant retrouver dans la matière certaines traces de son passage sur terre. Hier, un cheveu renseignait sur les derniers jours de sa maladie. Aujourd’hui, une rotule pourrait porter la marque des gestes répétés de sa vie religieuse. Une trace minuscule, finalement très thérésienne : celle d’une sainteté recherchée non dans le spectaculaire, mais dans la fidélité aux plus petites choses, jusque dans le simple mouvement d’une jeune carmélite s’agenouillant pour prier.

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