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Léon XIV en France : quand le Vatican rappelle à l’Élysée qu’un pape n’est pas un chef d’État comme les autres

Léon XIV- le palais de l'Elysée - Depositphotos
Léon XIV- le palais de l'Elysée - Depositphotos
À quelques jours de son arrivée en France, le Saint-Père semble avoir déjà fixé les règles : La courtoisie diplomatique aura toute sa place. Mais elle aura sa place, rien de plus

Par Phillippe Marie

Il y a parfois davantage de politique dans un protocole refusé que dans un long discours. À quelques jours de l’arrivée de Léon XIV en France, les informations concernant les négociations entre Paris et le Saint-Siège dessinent un étonnant contraste. L’Élysée aurait souhaité donner davantage d’éclat républicain à la visite. Rome a choisi la sobriété.

L’accueil militaire sera, selon ces informations, allégé. Le Vatican a souhaité éviter le déploiement de la Garde républicaine et ses tambours. Le Saint-Siège aurait également décliné la grand-croix de la Légion d’honneur que la France souhaitait remettre à Léon XIV. Même retenue concernant la table présidentielle : pas de déjeuner ni de dîner d’État avec Emmanuel Macron. Enfin, à Notre-Dame, le président de la République aurait souhaité disposer de quelques dizaines de minutes avec le pape afin de lui présenter personnellement le chantier de restauration de la cathédrale. Là encore, le programme retenu ne semble pas avoir été conçu pour transformer les vêpres pontificales en visite présidentielle du monument. Pris séparément, chacun de ces arbitrages pourrait sembler secondaire. Mis bout à bout, ils racontent quelque chose.

La République sait déployer ses ors lorsqu’elle reçoit les puissants de ce monde : cavaliers, décorations, tapis rouges, dîners officiels. Mais Léon XIV ne vient pas principalement en France pour admirer le cérémonial de l’État. Il vient célébrer, prier à Notre-Dame, rencontrer des prêtres, des consacrés, des catéchumènes et des jeunes. Il vient à Lourdes. Il vient parler à une Église que l’on annonçait condamnée au déclin et qui voit pourtant surgir une nouvelle génération de catéchumènes. Voilà peut-être ce que l’appareil d’État français peine encore à comprendre : le pape n’est pas seulement un souverain étranger que l’on inscrit dans un agenda diplomatique.

L’ironie devient presque parfaite lorsque l’on songe à Notre-Dame. Oui, la République a joué un rôle majeur dans sa restauration après l’incendie. L’État en est propriétaire et a assumé ses responsabilités. Il serait injuste de le nier. Mais Notre-Dame n’a pas été construite pour célébrer l’État. Elle n’est ni le Panthéon ni l’Arc de Triomphe, ni un décor patrimonial dont le pouvoir politique pourrait se prévaloir comme d’une réalisation présidentielle. Derrière le monument demeure une cathédrale, derrière les pierres demeure une foi.

Lorsque Léon XIV y entrera, il n’y entrera donc pas comme un hôte prestigieux auquel le président ferait visiter un chantier réussi. Il y entrera comme successeur de Pierre dans une cathédrale catholique.

La nuance est considérable, davantage encore au moment où la France vient d’adopter une législation instituant l’euthanasie. L’État qui souhaite honorer le chef de l’Église catholique vient ainsi de consacrer dans son droit une évolution anthropologique majeure en opposition totale avec le message évangélique. Il ne s’agit pas de demander à la République de devenir catholique. Mais il serait étrange de faire comme si ces divergences disparaissaient sous les dorures du protocole.

Car l’Église n’est pas un élément du patrimoine national que l’on honore lorsqu’il embellit nos paysages et que l’on prie de se taire lorsqu’il conteste les choix de la société. On aime les cathédrales lorsqu’elles brûlent. On les illumine lorsqu’elles renaissent. On célèbre les charpentiers, les architectes et les millions de visiteurs qu’elles attirent. Tout cela est légitime. Mais une cathédrale pose toujours à la République une question plus embarrassante : pourquoi a-t-elle été bâtie ? Pour Dieu.

Et le prénom même du président offre ici une ironie que l’on ne saurait inventer. Emmanuel signifie « Dieu avec nous ». Pour celui qui porte ce prénom et qui voulait présenter au pape les pierres relevées de Notre-Dame, le rappel pourrait être opportun : une cathédrale ne proclame pas d’abord la puissance de ceux qui la restaurent, mais la présence de Celui pour qui elle fut élevée.

Emmanuel Macron recevra naturellement Léon XIV à l’Élysée. C’est normal. Le programme officiel prévoit ensuite une rencontre avec les autorités, puis l’UNESCO, Notre-Dame et les jeunes.

La courtoisie diplomatique aura toute sa place. Mais elle aura sa place, rien de plus.

Dernière ironie : Emmanuel Macron demeure, comme ses prédécesseurs, premier et unique chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l’évêque de Rome. Le chanoine honoraire recevra donc le pape. Mais cette fois, c’est peut-être le pape qui rappellera silencieusement à la République que l’Église n’est pas l’une de ses décorations.

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