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Chine : quand la « sinisation » voulue par Pékin est présentée comme une forme d’ « inculturation » catholique

Église catholique Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, Suzhou (Chine) - Depositphotos
Église catholique Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, Suzhou (Chine) - Depositphotos
Jusqu’où l’inculturation peut-elle aller sans devenir soumission au pouvoir politique ?

Le 28 octobre 1926, Pie XI consacrait dans la basilique Saint-Pierre six évêques chinois. Un siècle plus tard, cet anniversaire devient l’occasion d’une réflexion beaucoup plus actuelle sur l’avenir du catholicisme en Chine et, surtout, sur la politique de « sinisation » des religions conduite sous le régime de Xi Jinping. Dans un long texte publié par l’Agence Fides, le père Paul Han Qingping, prêtre et professeur d’histoire de l’Église au Grand Séminaire du Hebei, établit un rapprochement particulièrement significatif entre cette « sinisation » et la notion catholique d’inculturation. Il défend également l’accord provisoire conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine concernant la nomination des évêques.

L’auteur reconnaît que cet accord « n’était pas un projet institutionnel parfait ». Mais il estime qu’il a permis de rechercher « un nouvel équilibre entre la souveraineté nationale et l’universalité de l’Église » et de dépasser progressivement les divisions historiques entre l’Église dite « officielle », reconnue par les autorités, et l’Église « clandestine », demeurée fidèle à Rome au prix de nombreuses persécutions. C’est cependant son analyse de la sinisation qui mérite le plus d’attention.

Selon le père Han, celle-ci ne devrait pas être comprise uniquement comme « une politique administrative ou une stratégie diplomatique ». Il propose de l’envisager comme une question touchant « à l’ecclésiologie, à l’identité culturelle, à la pratique pastorale et aux modèles d’évangélisation ».

Pour étayer cette lecture, le prêtre chinois invoque Vatican II, notamment Sacrosanctum Concilium, Lumen Gentium, Gaudium et Spes et Ad Gentes. L’Église universelle, rappelle-t-il, n’impose pas nécessairement partout les mêmes formes culturelles. L’Évangile peut prendre chair dans les langues, les traditions et les sensibilités propres à chaque peuple. Le principe est parfaitement catholique. Mais son application à la Chine contemporaine pose une question décisive : peut-on assimiler l’inculturation voulue par l’Église à la « sinisation » exigée par un État communiste ?

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Car l’inculturation n’est pas une soumission de la foi à une culture, encore moins à une idéologie. Elle suppose au contraire que l’Évangile accueille ce qu’une civilisation possède de vrai et de bon, tout en le purifiant lorsque cela est nécessaire. L’autorité politique ne peut donc déterminer le contenu de la foi, la constitution de l’Église ou les conditions de sa communion avec le successeur de Pierre. Le père Han va d’ailleurs beaucoup plus loin qu’une réflexion institutionnelle. Il souhaite que le christianisme chinois dialogue profondément avec le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Il évoque notamment la « bienveillance » confucéenne, le wuwei taoïste ou la compassion bouddhiste comme autant d’éléments susceptibles d’ouvrir « de nouveaux espaces d’interprétation pour le christianisme ».

Il cite également Carl Jung, Richard Wilhelm, Wolfgang Pauli et surtout Teilhard de Chardin pour appeler à l’élaboration d’une expression proprement chinoise de la foi, non seulement dans la liturgie ou l’architecture, mais aux niveaux « philosophique, théologique, anthropologique, spirituel et psychologique ». Une citation de Teilhard retient particulièrement l’attention. Écrivant depuis la Chine en 1926, le jésuite affirmait : « En réalité, nous ne sommes plus vraiment “catholiques” ; nous défendons plutôt un système, une secte. » Le père Han reprend cette formule pour inviter l’Église à s’interroger sur la tentation de préserver ses structures plutôt que de manifester son universalité.

Le débat dépasse donc largement la commémoration de six ordinations épiscopales. Il touche à une question fondamentale : qui définit ce que doit être une Église véritablement chinoise ?

Si cette identité naît librement de la rencontre entre l’Évangile et une civilisation plusieurs fois millénaire, elle relève authentiquement de l’inculturation. Si elle est définie ou encadrée par les exigences idéologiques du Parti communiste chinois, il s’agit d’une tout autre réalité. Et aucune invocation de Vatican II ne saurait abolir cette distinction.

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