« Calmez-vous, les gauchistes ! Chut ! Respirez par le nez ! » Il n’en fallait évidemment pas davantage pour que l’extrait fasse le tour des réseaux sociaux. La séquence révélée par Le Canard enchaîné provient d’une homélie prononcée le 7 octobre 2025 devant des militaires du 3e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine à Carcassonne.
🔴"Calmez-vous, les gauchistes !" : quand l’homélie d’un aumônier devient une affaire politique
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) September 18, 2026
➡️"Avoir le courage de vos convictions, comme j’essaie de le faire à cette messe"
extrait vidéo diffusée par @canardenchaine pic.twitter.com/dixT2FHOD4
La vidéo est aujourd’hui reprise sur les réseaux sociaux sous des qualifications parfois très politiques, jusqu’à parler de « sermon lepéniste et identitaire ».Le ton de l’aumônier est direct. Dans l’extrait diffusé, on l’entend déclarer : « Avoir le courage de vos convictions, comme j’essaie de le faire à cette messe », avant de lancer sa désormais fameuse apostrophe aux « gauchistes ». Le Canard affirme également que le prêtre évoque dans son intervention le « grand remplacement » , c’est en soi une interprétation, car l’expression n’est jamais employée.
Ces paroles peuvent naturellement être discutées. Un aumônier militaire n’est pas un militant et une homélie n’est pas un meeting. Employer une catégorie politique comme « gauchistes » depuis l’ambon constitue une prise de parole inhabituelle dont on peut légitimement interroger l’opportunité. Mais faut-il pour autant passer immédiatement de cette formule à un « sermon lepéniste », voire au soupçon de « séparatisme » ?
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C’est ici que la distinction devient importante.
Le message perceptible dans l’extrait porte aussi sur le « courage de vos convictions ». Et il s’adresse à des militaires appartenant à une unité dont la vocation comporte précisément une forte culture du courage, de l’engagement et du service. Le 3e RPIMa n’est pas une unité quelconque. Régiment parachutiste de l’armée de Terre installé à Carcassonne depuis 1962, il appartient à la 11e brigade parachutiste et porte l’héritage des troupes de marine. Son histoire est marquée par les engagements extérieurs et une forte tradition militaire.
Dans cet environnement, une prédication vigoureuse n’a rien, en elle-même, d’extraordinaire. L’aumônier militaire accompagne des hommes susceptibles d’être engagés au combat et confrontés à la mort. Sa parole peut donc emprunter un registre différent de celui d’une homélie paroissiale ordinaire.
Cela n’efface évidemment pas la portée politique de certaines expressions. Mais cela devrait inviter à ne pas réduire toute une prédication à quelques secondes devenues virales. Le contraste apparaît d’ailleurs dans les réactions suscitées par la vidéo. « Séparatisme et sécession », tandis que certains évoquent déjà le « fascisme » ou les « ennemis de la République ». La polémique change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de discuter les propos d’un prêtre : c’est progressivement tout un environnement militaire qui se retrouve placé sous suspicion.
De son coté, le journal satirique rapproche ainsi cette homélie de l’affaire du policier municipal de Carcassonne enregistré tenant des propos racistes et complotistes, notamment parce que celui-ci est un ancien du 3e RPIMa. Mais ce passé militaire ne suffit pas, en lui-même, à établir une communauté de pensée entre cet homme, l’aumônier et les militaires actuellement engagés dans le régiment. Le rapprochement est spectaculaire. Il n’est pas nécessairement démonstratif.
Reste alors la véritable question : un prêtre peut-il parler de sujets politiques ?
L’Église ne lui demande évidemment pas de distribuer des consignes électorales. Mais elle ne lui demande pas davantage de rendre sa prédication étrangère aux réalités du monde. La doctrine sociale catholique parle de bien commun, de nation, d’accueil de l’étranger, d’autorité, de responsabilité politique, de guerre et de paix. Sur ces sujets, un prêtre peut et doit transmettre l’enseignement de l’Église, à condition de distinguer celui-ci de l’engagement partisan.
On peut donc trouver la formule sur les « gauchistes » inutilement provocatrice ou maladroite. Mais entre discuter les mots employés par un aumônier et faire de quelques secondes d’homélie le symptôme d’un supposé « séparatisme » au sein de l’armée française, il existe une distance considérable. La vigueur d’une prédication peut être discutée. Encore faut-il ne pas transformer trop rapidement une parole imprudente en pièce à conviction politique.


