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Jean-Luc Mélenchon réclame la prison pour un aumônier militaire : de quel côté est l’outrance ?

Jean-Luc Mélenchon  @LFI - capture écran
Jean-Luc Mélenchon @LFI - capture écran
" Ceux qui dénoncent l’outrance devraient peut-être aussi s’interroger sur la leur"

Par Philippe Marie

Les propos de l’aumônier du 3e RPIMa étaient maladroits. Lancer depuis l’ambon « Calmez-vous les gauchistes ! Chut ! Respirez par le nez ! » n’avait rien à faire dans une homélie. Un aumônier militaire n’est pas un militant politique et les exigences particulières de sa fonction auraient dû lui commander davantage de réserve. Cela étant posé, la réaction de Jean-Luc Mélenchon déplace l’affaire sur un terrain autrement plus préoccupant.

Le dirigeant de La France insoumise ne se contente pas de condamner les paroles du prêtre ou de demander une sanction disciplinaire. Il évoque des « injures racistes et propos séditieux » et affirme : « Sa place est en prison ». Il demande également que les militaires qui ont ri, mais aussi « ceux qui sont restés en place », soient « identifiés et neutralisés dans leur rôle militaire éventuel ». La gravité de ces déclarations mérite d’être considérée indépendamment de ce que l’on pense de l’homélie.

Rappelons que la ministre des Armées, Catherine Vautrin, informée de la polémique, a demandé que soit instruit « l’engagement d’une procédure disciplinaire ». Il appartient désormais à l’autorité militaire d’en apprécier les suites. Selon le ministère, l’aumônier avait fait l’objet d’un « rappel à l’ordre formel » dès les faits, en octobre 2025. Il avait présenté de lui-même des excuses publiques à la fin de son homélie puis de la messe, avant d’adresser des excuses écrites aux élus ayant manifesté leur réprobation.

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Mais réclamer la prison suppose tout autre chose. Cela suppose une infraction pénale suffisamment caractérisée pour justifier qu’un homme soit privé de liberté. Or que connaît-on exactement ? Dans l’extrait rendu public, le prêtre s’en prend aux « gauchistes », appelle les militaires à avoir « le courage de vos convictions », à conserver « cette fougue, cette foi » et affirme que, faute de cela, « ce beau pays qu’est la France sera moqué et d’autres prendront notre place ». L’expression « grand remplacement », abondamment évoquée depuis, n’est pas prononcée dans la séquence disponible.

Ces paroles peuvent être critiquées sans leur faire dire davantage que ce qu’elles disent. C’est même une règle élémentaire du débat public.

Olivier Faure accuse pour sa part l’aumônier de « prêcher le retour des croisades ». D’autres commentaires parlent de « sermon lepéniste », de « séparatisme » ou de « grand remplacement ». À mesure que les qualificatifs s’accumulent, l’indignation finit par prendre le pas sur l’examen des faits. Il est certes devenu courant de se montrer outré par les opinions que l’on ne partage pas. Mais l’outrance que l’on reproche aux autres ne dispense pas de mesurer ses propres paroles.

Demander la prison pour un prêtre ayant prononcé une homélie maladroite, déjà rappelé à l’ordre et qui s’est excusé, n’est pas une simple manifestation de désaccord politique.

La demande concernant les militaires présents est peut-être plus inquiétante encore. Que signifie exactement « identifier » ceux qui sont « restés en place » ? Depuis quand le fait de demeurer dans une cathédrale pendant une homélie vaut-il approbation de chacune des paroles prononcées ? Faudrait-il considérer qu’un soldat aurait dû quitter son banc pour démontrer son désaccord ?

Une démocratie digne de ce nom doit précisément savoir établir des distinctions. Une parole déplacée peut appeler une condamnation. Un manquement aux obligations particulières d’un aumônier militaire peut justifier une procédure disciplinaire. Une infraction pénale relève, elle, de la justice et doit être établie conformément à la loi.Les catholiques n’ont aucune raison de soustraire un prêtre à la critique. Cet aumônier a employé une expression politique qu’il aurait mieux fait de laisser hors de son homélie. Sa hiérarchie l’a rappelé à l’ordre et il s’est excusé. Mais il faut savoir entendre une parole que l’on désapprouve sans vouloir nécessairement faire taire celui qui la prononce. La liberté d’expression trouve précisément sa raison d’être lorsque les mots dérangent.

Entre la critique légitime d’une homélie et la volonté d’envoyer son auteur en prison, il existe une frontière que l’on aurait tort de banaliser. Dans cette affaire, ceux qui dénoncent l’outrance devraient peut-être aussi s’interroger sur la leur.

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