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Saint Maurice et ses compagnons : les soldats qui préférèrent le martyre à la désobéissance à Dieu

Le Martyre de saint Maurice et de ses compagnons, Jan Boeckhorst, 1661, Palais des Beaux-Arts de Lille - DR
Le Martyre de saint Maurice et de ses compagnons, Jan Boeckhorst, 1661, Palais des Beaux-Arts de Lille - DR
L’Église fait mémoire, le 22 septembre, de saint Maurice et de ses compagnons de la légion thébéenne, martyrs à la fin du IIIe siècle. Soldats de l’Empire romain et chrétiens, ils auraient payé de leur vie leur refus d’accomplir des ordres contraires à leur foi

L’Église fait mémoire, le 22 septembre, de saint Maurice et de ses compagnons de la légion thébéenne, martyrs à la fin du IIIe siècle. Soldats de l’Empire romain et chrétiens, ils auraient payé de leur vie leur refus d’accomplir des ordres contraires à leur foi La figure de saint Maurice appartient à ces grandes traditions chrétiennes dans lesquelles l’histoire, la mémoire liturgique et les récits transmis par les siècles se rencontrent. Son martyre, situé vers 287, est associé à celui de la légion thébéenne, une unité de soldats originaires de Thébaïde, en Égypte, et convertis au christianisme.

Selon la tradition rapportée notamment par saint Eucher de Lyon au Ve siècle, Maurice était l’un des officiers de cette légion engagée au service de l’empereur Maximien. Envoyés en Gaule, les soldats auraient reçu l’ordre, dans la région d’Agaune, aujourd’hui Saint-Maurice dans le canton suisse du Valais, de participer à des actes incompatibles avec leur foi. Les versions anciennes diffèrent sur la nature exacte de l’ordre : sacrifice aux dieux païens, participation à des persécutions contre des chrétiens ou serment religieux contraire à leur conscience.

Maurice et ses compagnons ne refusent pas l’autorité impériale en elle-même. C’est précisément ce qui donne à leur témoignage sa profondeur chrétienne. Ils demeurent soldats et reconnaissent ce qu’ils doivent à César, mais considèrent qu’aucune autorité terrestre ne peut exiger d’eux ce qui appartient à Dieu.

Saint Eucher leur prête cette profession de fidélité : « Nous sommes tes soldats, ô empereur, mais nous sommes aussi les serviteurs de Dieu. » Cette formule résume toute la tradition spirituelle attachée à saint Maurice. Le chrétien n’est pas appelé à mépriser l’autorité civile. Il lui doit obéissance dans son ordre légitime, mais cette obéissance rencontre une limite lorsque l’ordre reçu oblige à agir contre Dieu ou contre la conscience droite. La tradition rapporte que Maximien fit alors appliquer la décimation, châtiment militaire consistant à mettre à mort un soldat sur dix afin de briser la résistance du groupe. Les survivants refusant toujours d’obéir, une nouvelle décimation aurait été ordonnée, puis le massacre de l’ensemble des soldats demeurés fidèles à leur résolution. Le nombre traditionnel de 6 600 martyrs, longtemps associé à la légion thébéenne, relève toutefois d’une tradition tardive et ne peut être considéré comme une donnée historique établie.

Le culte de saint Maurice est en revanche très ancien. Agaune devint l’un des grands lieux de pèlerinage de l’Occident chrétien. Au début du VIe siècle, le roi burgonde Sigismond y fonda l’abbaye de Saint-Maurice, qui demeure aujourd’hui l’un des plus anciens monastères chrétiens d’Occident à avoir maintenu une vie religieuse continue.La dévotion au martyr se diffusa ensuite dans une grande partie de l’Europe. Saint Maurice fut particulièrement honoré dans le monde germanique et dans les milieux chevaleresques. De nombreuses églises, paroisses et communes portent encore son nom, notamment en France.

Son histoire pose enfin une question qui dépasse largement le cadre militaire. Jusqu’où un chrétien peut-il obéir ? La tradition de saint Maurice répond en distinguant fidélité et soumission absolue. Servir loyalement la cité ne signifie jamais lui reconnaître un pouvoir sur la conscience qui appartiendrait à Dieu seul.

C’est pourquoi, plus de dix-sept siècles après les événements auxquels son nom demeure attaché, saint Maurice reste la figure d’une fidélité exigeante : celle d’hommes qui n’ont pas abandonné leur devoir de soldats, mais qui ont estimé qu’il existait un devoir plus élevé encore lorsque l’obéissance humaine entrait en conflit avec leur foi.

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