Devant Emmanuel Macron et plusieurs dirigeants européens réunis ce lundi 28 septembre 2026 au Centre des congrès Robert Schuman, à Metz, Léon XIV a prononcé un discours consacré à l’avenir de l’Europe. Des racines chrétiennes du continent à la défense de la vie, de la laïcité à la paix, le souverain pontife a tracé les contours d’une Europe appelée à retrouver son héritage spirituel pour construire son avenir.
Au terme de son voyage apostolique en France, Léon XIV a choisi Metz, ville emblématique de l’histoire franco-allemande et de la réconciliation européenne, pour prononcer un discours dont la portée dépasse les frontières françaises. Autour du président Emmanuel Macron, plusieurs personnalités européennes étaient réunies, parmi lesquelles le prince Albert II de Monaco et la princesse Charlène, le grand-duc Guillaume de Luxembourg et la grande-duchesse Stéphanie, ainsi que le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden. Étaient également annoncés Mgr Josep-Lluís Serrano Pentinat, évêque d’Urgell et coprince d’Andorre, Anke Rehlinger, ministre-présidente de la Sarre, et Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre luxembourgeois. Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, et Mario Giro figuraient eux aussi parmi les personnalités invitées.
Cette rencontre, intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », entendait souligner la vocation européenne et transfrontalière de la Lorraine, terre marquée par les guerres successives et devenue un symbole de réconciliation entre les peuples. En rendant hommage au vénérable Robert Schuman, le pape a interrogé les fondements de la civilisation européenne et les conditions de sa transmission aux générations futures. Un discours qui pourrait être retenu comme « l’appel de Metz », tant il articule la mémoire chrétienne du continent, les exigences du bien commun et la responsabilité des peuples dans la construction de la paix.
« On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme »
Cette affirmation constitue l’un des axes majeurs du discours pontifical. Léon XIV rappelle que l’Europe ne s’est pas construite uniquement à travers des traités, des frontières ou des institutions. Elle est d’abord le fruit d’une civilisation, nourrie notamment par l’héritage grec et romain et profondément façonnée par le christianisme. Le pape rend hommage à saint Benoît et à l’œuvre de ses moines dans l’éducation, les sciences, la médecine, le droit et l’organisation de la société. Il évoque également saint Chrodegang et le rayonnement du chant grégorien depuis Metz. « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. » Cette déclaration rappelle une vérité essentielle de l’histoire chrétienne : les monastères n’ont pas seulement conservé un patrimoine spirituel. Ils ont contribué à structurer durablement la civilisation européenne, en faisant du travail, de la prière, de l’étude et de la charité des principes organisateurs de la vie collective. Le christianisme apparaît ainsi non comme un simple héritage culturel parmi d’autres, mais comme une source majeure de la conception européenne de la personne humaine.
« La laïcité […] suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes »
Devant Emmanuel Macron et les responsables européens réunis à Metz, Léon XIV aborde directement la place des Églises dans les sociétés européennes. S’appuyant sur l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il rappelle que les institutions civiles doivent respecter l’autonomie des Églises et promouvoir leur liberté d’organisation, d’expression et de culte. Cette précision revêt une portée particulière en France, où la laïcité fait régulièrement l’objet de débats sur la visibilité du christianisme dans l’espace public.
Le pape rappelle que la neutralité confessionnelle des institutions ne signifie pas que la foi doive être reléguée à la seule sphère privée. La liberté religieuse implique également la possibilité pour les croyants et les institutions ecclésiales de participer à la vie de la cité. Cette distinction rejoint un principe fondamental de la doctrine sociale de l’Église : la société politique et l’Église possèdent chacune leur autonomie, mais elles sont toutes deux au service de la personne humaine. Leur indépendance respective n’exclut ni le dialogue ni la coopération pour le bien commun.
« Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement »
En invoquant l’héritage de Robert Schuman, Léon XIV rappelle que la construction européenne est née de la volonté de surmonter les affrontements qui avaient déchiré le continent. Le pape ne confond pas la recherche de la paix avec un pacifisme naïf. Il insiste cependant sur la nécessité de privilégier le dialogue, le respect du droit international et la négociation plutôt que de considérer l’accumulation des armements comme une réponse suffisante aux menaces contemporaines. Cette réflexion s’inscrit dans la continuité de l’enseignement social de l’Église sur la paix. Celle-ci ne peut se réduire à un équilibre des forces ou à l’absence provisoire de conflit. Elle suppose la justice, le respect de la parole donnée et la reconnaissance de la dignité des peuples. En faisant de Schuman une référence pour l’Europe contemporaine, Léon XIV rappelle également que la réconciliation exige du courage politique, de la patience et la capacité de rechercher un bien supérieur aux intérêts immédiats.
« Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille »
Abordant la question migratoire, le pape insiste sur la nécessité de protéger les personnes fuyant les guerres et les persécutions, de lutter contre les trafiquants et d’organiser des processus sérieux d’accueil et d’intégration. Mais il ajoute une dimension fondamentale : accueillir suppose aussi de permettre à celui qui arrive d’entrer dans la vie de la communauté qui le reçoit. Léon XIV refuse ainsi d’opposer la fidélité aux racines européennes à l’ouverture envers les autres peuples. Il présente au contraire la connaissance de son propre héritage comme une condition d’une rencontre véritable. Cette approche rejoint la conception chrétienne de l’hospitalité, qui ne consiste ni à nier l’identité de celui qui accueille ni à méconnaître la dignité de celui qui est accueilli. Elle engage une responsabilité réciproque, ordonnée au bien commun.
« N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde »
C’est aux jeunes que Léon XIV réserve la conclusion de son discours. Après les avoir invités à devenir des artisans de paix, il les encourage à aimer la vie, à fonder des familles et à défendre la dignité de chaque personne. Il leur adresse notamment cette exhortation : « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. » Cette phrase donne une dimension profondément anthropologique à l’ensemble du discours. Pour Léon XIV, l’avenir de l’Europe ne dépend pas seulement de ses institutions, de sa puissance économique ou de sa capacité à prévenir les conflits. Il dépend aussi de la manière dont elle accueille la vie humaine, accompagne les familles et transmet aux nouvelles générations le sens de leur responsabilité.
Après avoir rappelé à Paris le caractère fondamental du droit à la vie, le souverain pontife inscrit à Metz cette exigence dans une vision d’ensemble de la civilisation européenne. La protection de la personne, depuis ses premiers instants jusqu’à sa mort naturelle, apparaît comme une exigence indissociable de la dignité humaine. Le discours de Metz dessine ainsi une conception de l’Europe dans laquelle l’héritage chrétien n’est pas seulement une mémoire à préserver, mais une source vivante de responsabilité. En appelant les jeunes à devenir des bâtisseurs de communautés, Léon XIV leur confie la tâche de faire fructifier cet héritage dans une société confrontée aux guerres, aux fractures culturelles et aux interrogations sur son avenir.
INTÉGRALITÉ DU DISCOURS DU PAPE LÉON XIV À METZ
Rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » — Centre des congrès Robert Schuman, lundi 28 septembre 2026.
» Monsieur le Président,
Monsieur le Cardinal,
Distinguées Autorités civiles et religieuses,
Mesdames et Messieurs,
je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.
Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.
Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.
Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.
L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.
Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ».¹ L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.
On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ».²
Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun »,³ c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ».⁴
Loin d’être un critère confessionnel exclusif,⁵ la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.
À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.
Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).
Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.
Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ».⁶
Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le Pape François – « au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ».⁷
L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.
Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).
Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.
C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.
Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.
Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile »,⁸ qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ».⁹ Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.
Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».¹⁰ Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » (Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.
L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ».¹¹
L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 [mille huit cent un] entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.
Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.
Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ».¹² Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.
En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ».¹³
Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.
Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.
Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !
N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.
N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.
Soyez des bâtisseurs de communautés !
Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.
Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière ! »
Source Vatican


