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« L’Europe plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile » : lors de son homélie, Léon XIV souligne à nouveau l’importance des fondements chrétiens de l’Europe

Léon XIV - capture écran
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INTÉGRALITÉ DE L’HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV À LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE DE METZ

La cathédrale Saint-Étienne de Metz, au cœur d’une région dont l’histoire porte les blessures et les réconciliations européennes, offrait un cadre particulièrement significatif à cette dernière grande célébration du voyage de Léon XIV en France. Après les rassemblements de Paris et de Lourdes, le Saint-Père a invité les fidèles à réfléchir aux fondements spirituels de la paix, à la lumière de l’Évangile et de l’héritage chrétien de l’Europe.

L’évocation des racines chrétiennes de l’Europe

En évoquant les racines chrétiennes du continent, Léon XIV a rappelé : « L’Europe plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. »

Par ces mots, le pape rappelle que les fondements chrétiens de l’Europe ne sauraient être réduits à un simple héritage culturel ou à une référence historique. Ils sont le fruit d’une foi vécue, transmise et incarnée au fil des siècles, qui a profondément marqué la vie des peuples européens. En plaçant le témoignage de ces hommes et de ces femmes au cœur de son propos, le Saint-Père souligne que l’identité spirituelle de l’Europe s’est construite à travers des générations de chrétiens dont la foi a inspiré les institutions, la pensée et la vie sociale. Ces fondements ne sont pas seulement une mémoire à préserver, mais aussi un héritage vivant dans lequel les Européens peuvent encore aujourd’hui puiser les ressources nécessaires pour construire leur avenir.

Cette référence aux racines chrétiennes prend un relief particulier à Metz, ville située au carrefour des histoires française et allemande. Sur cette terre marquée par les guerres, mais aussi par la réconciliation, le message pontifical rappelle que la paix européenne ne peut se limiter à un équilibre politique ou à une organisation des intérêts nationaux. Elle exige également des fondements moraux et spirituels.

Saint Augustin et les fondements d’une paix véritable

Pour approfondir cette exigence, Léon XIV s’appuie sur l’enseignement de saint Augustin : « Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). »

Le pape poursuit : « Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés. » Cette référence augustinienne donne toute sa profondeur théologique à son appel. La paix n’est pas simplement l’absence de guerre, ni même la coexistence pacifique de peuples aux intérêts divergents. Elle suppose un ordre juste, fondé sur la reconnaissance de la dignité humaine. Pour saint Augustin, cet ordre trouve son accomplissement dans la communion avec Dieu, qui éclaire et oriente les relations entre les hommes.

En reprenant cet enseignement, Léon XIV replace la question de la paix au cœur de l’anthropologie chrétienne. Une société ne peut durablement construire la concorde si elle oublie la dignité de la personne ou si elle réduit les relations humaines à des rapports de force.

Le pardon n’est pas une capitulation devant le mal, pas plus que la réconciliation n’exige de renoncer à la vérité ou à la justice. Ils supposent au contraire un courage intérieur, celui de refuser que l’offense reçue détermine définitivement notre rapport à l’autre. C’est toute la logique de l’Évangile qui se dessine dans ces paroles : la force du Christ ne se manifeste pas dans la vengeance, mais dans cet amour qui, jusque sur la Croix, refuse de répondre au mal par le mal.

Briser la chaîne du ressentiment

Cette conception de la paix conduit naturellement à la question du pardon. Dans une Europe dont l’histoire demeure traversée par le souvenir des conflits, l’appel pontifical prend une dimension particulière.Le pardon chrétien ne consiste ni à effacer les fautes ni à nier les souffrances des victimes. Il permet de rompre la logique selon laquelle une injustice passée devrait nécessairement engendrer une nouvelle injustice. Il suppose le courage de rechercher la vérité et de renoncer à faire de la vengeance le principe des relations humaines.

« Vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble. »

Par ces paroles, Léon XIV renverse une conception de la force qui confond trop souvent la puissance avec la domination, la fermeté avec l’intransigeance et la liberté avec la rupture. Le Pape rappelle ici une vérité centrale de l’anthropologie chrétienne : la véritable force ne consiste pas à imposer sa volonté, mais à demeurer capable d’aimer lorsque tout pousse à la division. L’histoire de la réconciliation franco-allemande, à laquelle Metz demeure profondément liée, illustre la portée d’une telle exigence. Elle rappelle que des peuples autrefois ennemis peuvent choisir de construire ensemble un avenir qui ne soit plus prisonnier des blessures du passé.

En cette dernière étape de son voyage en France, Léon XIV inscrit ainsi son appel à la paix dans une perspective profondément chrétienne : celle d’une Europe qui ne renonce ni à sa mémoire ni à ses fondements spirituels, et dont l’avenir dépend aussi de sa capacité à faire vivre la dignité humaine, la justice et le pardon.

INTÉGRALITÉ DE L’HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV À LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE DE METZ

Lundi 28 septembre 2026 – Texte original en français communiqué par le Bureau de presse du Saint-Siège

« Chers frères et sœurs,

je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.

Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.

Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.

La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.

La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.

L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux – Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).

Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.

Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.

Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.

Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.

Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.

Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.

La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.

Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.

Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons. »

Source Vatican

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