Par Philippe Marie
À l’approche d’Halloween, l’Association internationale des exorcistes (AIE) publie ce mardi 27 octobre un communiqué particulièrement incisif, intitulé « Qui sont les véritables obscurantistes ? ». L’association dénonce le retour en force des pratiques magiques et occultistes dans l’espace public, notamment à travers des festivals et des foires ésotériques parfois soutenus par des municipalités désireuses d’attirer des visiteurs. Pour ces prêtres spécialisés dans le ministère de l’exorcisme, la question dépasse largement le folklore d’Halloween. Elle concerne la place accordée à des pratiques qui prétendent donner accès à des forces invisibles, à des connaissances surnaturelles ou à des formes alternatives de guérison.
Quand les pouvoirs publics participent à la banalisation de l’occultisme
L’association observe un « renouveau public des pratiques magiques et occultistes », favorisé par des manifestations organisées aussi bien dans les petites communes que dans les grandes villes. Le phénomène concerne précisément la France. À Vidauban, dans le Var, la municipalité annonce pour les 31 octobre et 1er novembre la Fête de la sorcière, dans le cadre du Mystika Festival, avec spectacles, marché et animations fantastiques. À Bernay, dans l’Eure, le Festival de Samhain met à l’honneur les traditions celtiques et l’imaginaire de la sorcellerie. Ces manifestations relèvent principalement du divertissement et ne sauraient être assimilées automatiquement à des pratiques occultes. D’autres événements franchissent cependant cette frontière. À Nœux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, un salon du paranormal organisé par une association propose notamment des séances payantes de ouija et de contact avec les défunts.
C’est précisément cette confusion entre folklore, croyances ésotériques et pratiques divinatoires que dénoncent les exorcistes. « Présenter le phénomène occulte simplement comme un fait culturel ou un événement récréatif ne suffit pas à le justifier », avertissent-ils.
« Une perspective résolument obscurantiste »
Les exorcistes retournent contre les promoteurs de l’ésotérisme une accusation régulièrement adressée à l’Église catholique : celle d’obscurantisme. Présenter la magie, l’occultisme ou les prétendues thérapies de « canalisation énergétique » comme des clés d’interprétation de la réalité ou des instruments de bien-être relève, selon eux, d’une perspective « résolument obscurantiste, nullement rationnelle », souvent attribuée à l’Église « avec superficialité et préjugé ». Le paradoxe est manifeste : tandis que la foi chrétienne est parfois considérée comme incompatible avec la raison, des pratiques reposant sur des pouvoirs occultes supposés bénéficient d’une reconnaissance culturelle, voire d’un soutien institutionnel.
Les exorcistes invoquent à ce propos l’encyclique Fides et ratio de saint Jean-Paul II, qui rappelle que la foi et la raison ne s’opposent pas, mais contribuent ensemble à la recherche de la vérité.
Une condamnation inscrite dans la doctrine catholique
Cette mise en garde s’inscrit dans la continuité du Catéchisme de l’Église catholique. Son paragraphe 2116 affirme sans ambiguïté : « Toutes les formes de divination sont à rejeter », notamment « le recours à Satan ou aux démons, l’évocation des morts ». Il mentionne également « la consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie » et « le recours aux médiums ». Le paragraphe 2117 condamne quant à lui « toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie » visant à soumettre des puissances occultes, même lorsqu’elles prétendent procurer la santé, les déclarant « gravement contraires à la vertu de religion ».
On ne peut, à cet égard, que se désoler de voir les vitrines des magasins se couvrir de sorcières, de démons et de représentations macabres, accompagnées d’un joyeux « Happy Halloween », comme on souhaiterait un « Joyeux Noël ». Cette banalisation commerciale entretient une confusion regrettable entre une fête chrétienne célébrant la sainteté et l’espérance de la vie éternelle, et un imaginaire qui joue avec la mort, la peur et les puissances occultes.
Certes, le folklore ne se confond pas avec la pratique de la sorcellerie, mais à force de tout réduire à une occasion de consommation et de divertissement, on finit par effacer le sens spirituel de ces journées. Il est d’ailleurs révélateur que la Toussaint, pourtant inscrite au calendrier et profondément enracinée dans notre histoire, soit si souvent éclipsée dans l’espace commercial par Halloween.
Reste enfin une contradiction aussi flagrante que révélatrice. Dans une France où la simple évocation de la foi chrétienne dans l’espace public peut parfois susciter des accusations d’atteinte à la laïcité, Halloween bénéficie, lui, d’une promotion enthousiaste, jusque dans les manifestations organisées par certaines municipalités. Évoquer la Toussaint, qui tombe le dimanche 1er novembre, et rappeler sa signification chrétienne pourrait presque passer, aux yeux de certains, pour une entorse à la neutralité républicaine.
En revanche, célébrer les sorcières, les démons et les imaginaires occultes au nom de la culture et du divertissement ne semble poser aucune difficulté. Quelle étrange conception de la laïcité que celle qui regarde avec suspicion les racines chrétiennes de notre pays, mais accueille sans réserve les symboles de l’occultisme !
À force de vouloir effacer Dieu de l’espace public tout en y faisant entrer la magie par la grande porte, notre société donne une singulière illustration de ce que les exorcistes appellent, non sans ironie, le véritable obscurantisme.


