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A Paris, des réseaux LGBT veulent réinterpréter la Bible et faire évoluer la doctrine de l’Église

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C'est un puissant lobby LGBT qui justifie son action au nom de l'inclusivité, de l'accueil et de l'accompagnement spirituel

À Paris, plusieurs associations se réclament du christianisme tout en intervenant sur les questions d’homosexualité : D&J Arc-en-ciel, anciennement David & Jonathan, Devenir Un En Christ, Reconnaissance et le Carrefour des Chrétiens Inclusifs. Leurs activités diffèrent, entre accompagnement spirituel, soutien aux familles et plaidoyer pour une évolution des pratiques ecclésiales.

Mais les publications de D&J Arc-en-ciel révèlent une démarche autrement problématique : chercher dans les textes bibliques et l’histoire de l’Église les arguments susceptibles de légitimer des pratiques que la doctrine catholique a constamment jugées contraires à sa conception de la sexualité. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir des personnes, mais de contester les fondements mêmes de l’enseignement moral catholique.

Une théologie de la justification plutôt qu’une lecture de l’Écriture ?

Dans son article « Que dit la Bible sur l’homosexualité ? », D&J soutient que les principales condamnations bibliques ne concerneraient pas les relations homosexuelles contemporaines. L’association affirme même que la quasi-totalité des exégètes sérieux partageraient cette interprétation. Une manière commode de présenter comme dépassée toute lecture contraire, alors que les discussions exégétiques demeurent réelles.

Ainsi, Lévitique 18,22 et 20,13 ne viseraient que la prostitution sacrée cananéenne. Pourtant, ces passages ne mentionnent ni prostitution ni rémunération. Ils portent explicitement sur les rapports sexuels entre hommes. Même procédé avec Romains 1,26-27 : D&J privilégie le contexte idolâtrique pour restreindre la portée du jugement de saint Paul. Mais l’Apôtre ne parle pas exclusivement de prostitution cultuelle. Son raisonnement s’inscrit dans une conception théologique de la création et de l’ordre moral.

La difficulté méthodologique est considérable : l’association part d’une distinction légitime entre les catégories antiques et contemporaines pour en tirer une conclusion que les textes ne démontrent pas.

Le fait que les auteurs bibliques n’aient pas connu notre définition moderne de l’orientation sexuelle n’implique nullement qu’ils aient approuvé les actes homosexuels. Plus fondamentalement, l’enseignement chrétien sur le mariage ne repose pas uniquement sur des interdictions.

Dès la Genèse, Dieu crée l’humanité homme et femme (Gn 1,27), bénit cette différence et l’associe à la fécondité (Gn 1,28). Genèse 2,24 décrit leur union en une seule chair. Lorsque Jésus enseigne sur le mariage, il reprend expressément ces passages : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme ? » (Mt 19,4).

Ce rappel est décisif. Le Christ ne fonde pas le mariage sur la seule intensité des sentiments, mais renvoie à la création voulue par Dieu.

La doctrine catholique voit ainsi dans le mariage l’union d’un homme et d’une femme, ordonnée au bien des époux et à la transmission de la vie. L’infertilité éventuelle des conjoints ne remet pas en cause cette vocation fondamentale. La difficulté des lectures défendues par D&J est précisément là : elles cherchent à neutraliser les textes de condamnation sans répondre pleinement à cette vision positive du mariage, du corps et de la famille.

L’association suggère également une dimension érotique dans l’amitié entre David et Jonathan. Certes, 2 Samuel 1,26 rapporte une affection exceptionnelle. Mais aucun passage ne décrit une relation sexuelle entre les deux hommes. En déduire une reconnaissance biblique des relations homosexuelles constitue un saut interprétatif. L’intensité d’une amitié ne suffit pas à établir sa nature érotique.

D&J invoque aussi l’adelphopoiesis, ancien rite byzantin établissant une fraternité spirituelle, comme indice d’une reconnaissance historique des unions homosexuelles. Cette thèse s’appuie sur John Boswell (Same-Sex Unions in Pre-Modern Europe, 1994). Mais Claudia Rapp, dans Brother-Making in Late Antiquity and Byzantium (Oxford University Press, 2016), a montré que les sources liturgiques renvoient principalement à une fraternité spirituelle, non à une institution matrimoniale. L’association transforme donc une interprétation historique controversée en argument favorable à ses revendications contemporaines.

Une bénédiction fraternelle entre deux hommes ne constitue pas un mariage. Confondre ces réalités revient à projeter sur les siècles passés des catégories qui n’étaient pas celles des communautés concernées.

L’exemple le plus incontestable concerne Fiducia supplicans, publiée le 18 décembre 2023. D&J affirme que l’Église autorise désormais la bénédiction des « unions homosexuelles ». Or le texte distingue précisément la bénédiction pastorale spontanée de couples de même sexe de toute reconnaissance de leur union. Son paragraphe 5 exclut la légitimation de telles unions ; le paragraphe 31 encadre les bénédictions non ritualisées. Le 26 janvier 2024, François précisait : « On ne bénit pas l’union mais simplement les personnes qui en ont fait ensemble la demande. » Cette distinction, pourtant explicite, disparaît dans la présentation de l’association.

Il ne s’agit pas d’une divergence d’appréciation sur un texte ancien : c’est une affirmation contemporaine directement contredite par son auteur et par le document invoqué.

Rappelons que le concile Vatican II, dans Gaudium et spes (n° 48), présente le mariage comme une communauté de vie et d’amour fondée sur l’alliance entre l’homme et la femme, ordonnée au bien des époux et à l’accueil des enfants. Le Catéchisme (n° 1601) et le canon 1055 du Code de droit canonique reprennent cette conception.

Quant aux actes homosexuels, le Catéchisme de l’Église catholique maintient sans ambiguïté, au paragraphe 2357, le jugement constant de la Tradition : « Les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. » Il précise qu’ils sont « contraires à la loi naturelle », qu’ils « ferment l’acte sexuel au don de la vie » et qu’ils « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas ».

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Cet enseignement s’inscrit dans la continuité de saint Paul qui, dans sa première épître aux Corinthiens (1 Co 6,9-11), avertit que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu et mentionne les « efféminés » et les « sodomites » parmi les comportements condamnés.

Cette continuité doctrinale mérite d’être rappelée à la lumière des déclarations de Léon XIV lui-même. Le 11 octobre 2012, alors qu’il était supérieur général des Augustins, le père Robert Francis Prevost dénonçait, devant le Synode des évêques consacré à la nouvelle évangélisation, l’influence des médias occidentaux qui favorisaient, selon lui, « une immense sympathie pour des croyances et des pratiques contraires à l’Évangile, par exemple l’avortement, le mode de vie homosexuel et l’euthanasie ». Il critiquait également la représentation médiatique favorable des familles constituées de partenaires de même sexe et de leurs enfants adoptés.

Le véritable enjeu : l’Évangile doit-il être adapté aux revendications ?

L’accompagnement des personnes homosexuelles et de leurs familles est une exigence chrétienne. Mais cet accompagnement ne confère aucune autorité particulière pour modifier le sens des Écritures ou présenter des hypothèses historiques comme des certitudes. Ce que révèlent les publications de D&J, c’est une méthode discutable : restreindre la portée des passages défavorables, élargir celle des épisodes ambigus et invoquer des documents ecclésiaux en effaçant leurs limites explicites.

La convergence de ces interprétations avec les revendications de l’association pose une question légitime : s’agit-il de rechercher ce que les textes enseignent ou de rechercher dans les textes ce qui permet de justifier une position déjà défendue ? L’Église n’a pas à choisir entre la vérité et la charité. Elle est tenue aux deux.

Plutôt que de chercher dans les Écritures des interprétations susceptibles de justifier des pratiques que l’Église a toujours désapprouvées, ces associations gagneraient à rappeler la première exigence de toute vie chrétienne : ne pas détourner la Parole de Dieu de son sens, mais accepter de se laisser transformer par elle. La recherche authentique du Christ ne consiste pas à adapter l’Évangile à ses désirs affectifs ou sexuels, mais à conformer progressivement sa vie à son enseignement, dans la vérité, la chasteté et la charité.

C’est à cette exigence de conversion, commune à tous les baptisés, que se mesure la volonté de suivre véritablement le Christ, plutôt que de rechercher dans la religion la seule confirmation de ses aspirations sentimentales et sexuelles. Car le christianisme n’a jamais promis que la fidélité à Dieu serait la satisfaction de tous les désirs humains : il enseigne au contraire que l’amour véritable suppose parfois le renoncement à soi-même. Comme le rappelle le Christ : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24). Ce n’est pas l’Évangile qui doit se conformer à nos désirs, mais notre vie qui doit se convertir à l’Évangile.

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