Deux noms, deux audiences et une même question de fond : comment assurer durablement le financement de la mission de l’Église ? Ce jeudi 29 octobre 2026, le bulletin officiel du Saint-Siège annonce que le pape Léon XIV a reçu Ward Fitzgerald, président de la Papal Foundation, accompagné d’une délégation, ainsi que Mgr Giordano Piccinotti, président de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA). Le Vatican n’a communiqué ni leur contenu ni leur ordre du jour. Leur tenue le même jour ne permet donc pas d’affirmer qu’elles seraient liées. Elles interviennent néanmoins dans un contexte où le financement des activités du Saint-Siège et la valorisation de son patrimoine demeurent des enjeux majeurs du pontificat.

Edward (Ward) Fitzgerald- capture
Ward Fitzgerald dirige la Papal Foundation, une organisation philanthropique américaine fondée en 1988 pour soutenir les œuvres caritatives et les projets présentés au Pape. Elle rassemble notamment de grands donateurs catholiques américains et finance des initiatives éducatives, sanitaires, sociales et pastorales à travers le monde. La fondation constitue un relais financier important entre les États-Unis et Rome. Depuis 2022, ses subventions et bourses représentent plus de 60 millions de dollars. Pour la seule année 2025, elle a soutenu 116 programmes et projets. En 2026, elle a approuvé un montant record de 15 millions de dollars de subventions.
Ces sommes ne constituent toutefois pas un financement général du budget de la Curie romaine. Elles sont principalement destinées à des projets spécifiques, sélectionnés dans le cadre de la mission philanthropique de la fondation.
Ward Fitzgerald avait déjà attiré l’attention sur la gestion immobilière du Vatican. Dans des déclarations rapportées par l’Associated Press en juin 2025, cet homme d’affaires américain, spécialiste de l’investissement immobilier, estimait que le Saint-Siège devait envisager de vendre certains biens devenus trop coûteux à entretenir ou ne servant plus directement la mission de l’Église.
Une réflexion qui rejoint les responsabilités de l’autre personnalité reçue ce jeudi par Léon XIV

Monseigneur Giordano Piccinotti, religieux salésien, préside l’APSA, l’organisme chargé de gérer une grande partie du patrimoine immobilier et financier du Saint-Siège. Son rôle dépasse celui d’un simple administrateur : l’APSA assure également des services essentiels au fonctionnement quotidien de la Curie, notamment les achats, les paiements et la gestion comptable de nombreuses institutions. Selon ses derniers comptes, publiés à l’été 2026, les actifs nets de l’APSA atteignaient 2,686 milliards d’euros à la fin de l’année 2025, contre 2,597 milliards un an auparavant. Cette progression de 89 millions d’euros s’explique notamment par la revalorisation de l’or détenu, pour 40,8 millions d’euros, et celle des biens immobiliers, pour 39,2 millions.
Le résultat d’exploitation s’établissait cependant à 22,8 millions d’euros, contre 62,2 millions en 2024. Mgr Piccinotti avait précisé que l’exercice précédent avait bénéficié d’opérations financières exceptionnelles et que 2025 représentait un retour à une gestion plus ordinaire.L’APSA a par ailleurs versé 22,7 millions d’euros pour soutenir les besoins de la Curie romaine. Elle gère 4 281 unités immobilières en Italie et environ 1 200 à l’étranger, notamment à Londres, Paris, Genève et Lausanne.
Un programme triennal de valorisation du patrimoine, couvrant la période 2025-2027, prévoit notamment la cession de biens considérés comme non stratégiques, afin de dégager des capitaux susceptibles d’être réinvestis dans des actifs plus rentables.
Ces chiffres illustrent l’équilibre délicat que doit rechercher le Saint-Siège : préserver les biens reçus au cours de son histoire, assurer le fonctionnement de ses institutions et mobiliser les ressources nécessaires à ses missions religieuses et caritatives.Au-delà de leurs fonctions respectives, les deux hommes incarnent des dimensions complémentaires du financement de l’Église : d’un côté, la générosité de grands donateurs américains ; de l’autre, la gestion et la valorisation des ressources propres du Saint-Siège.
Pour Léon XIV, premier pape originaire des États-Unis, la relation avec les réseaux philanthropiques catholiques américains revêt une importance particulière. Elle ne dispense cependant pas le Vatican de poursuivre ses efforts de rigueur budgétaire et de transparence. Les audiences de ce 29 octobre ne constituent pas, en elles-mêmes, l’annonce d’une nouvelle réforme financière. Elles rappellent néanmoins une réalité essentielle : derrière les activités spirituelles et diplomatiques du Saint-Siège se trouve une administration dont la solidité économique conditionne aussi la continuité de sa mission.


