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« Si je pensais vraiment que l’Église n’existe pas pour amener les gens au Christ, je démissionnerais » : Monseigneur Robert Barron répond au cardinal Vesco

Monseigneur Robert Barron, évêque de Winona-Rochester - photo Wikipedia
Monseigneur Robert Barron, évêque de Winona-Rochester - photo Wikipedia
« Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » L’évêque américain Robert Barron conteste vivement les déclarations du cardinal Jean-Paul Vesco sur le rôle de l'Eglise dans la conversion des peuples

Les déclarations du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, sur la mission de l’Église continuent de susciter des réactions. Cette fois, c’est Monseigneur Robert Barron, évêque de Winona-Rochester, aux États-Unis, et fondateur du mouvement d’évangélisation Word on Fire, qui prend publiquement position. Dans un message publié sur son compte X, le prélat américain critique sans détour l’affirmation selon laquelle « l’Église n’est pas là pour convertir ».

« Eh bien, un autre cardinal s’est exprimé avec, dirons-nous, une position pour le moins déroutante sur l’évangélisation », écrit-il en introduction. Mgr Barron établit immédiatement un parallèle avec le cardinal Américo Aguiar, qui avait affirmé, avant les Journées mondiales de la jeunesse de Lisbonne en 2023, que les organisateurs n’avaient pas pour objectif de convertir les jeunes au Christ. L’évêque américain considère que les propos du cardinal Vesco s’inscrivent dans une même tendance, celle d’une conception de la rencontre interreligieuse dans laquelle la fraternité semble prendre le pas sur l’annonce explicite de l’Évangile.

Il cite notamment deux affirmations attribuées à l’archevêque d’Alger : « L’Église n’est pas là pour convertir » et « les chrétiens devraient aborder les autres religions par la fraternité plutôt que de chercher des conversions ». Sa réaction tient en quelques mots : « Pardon, mais… quoi ? » Pour Mgr Barron, la réponse se trouve d’abord dans les paroles mêmes de Jésus-Christ. Il rappelle le commandement missionnaire adressé aux apôtres à la fin de l’Évangile selon saint Matthieu : « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » Puis il ajoute : « Ça ressemble sacrément à de la conversion, à mes yeux. »

L’argument est central. L’évêque américain précise que la mission de l’Église ne relève pas d’une préférence pastorale susceptible de varier selon les époques. Elle découle directement de l’ordre donné par le Christ ressuscité à ses disciples.

Monseigneur Barron s’appuie ensuite sur l’exemple de saint Paul. Lorsqu’il parcourait Corinthe, Athènes ou Thessalonique, explique-t-il, l’Apôtre ne cherchait pas simplement à organiser des échanges ou à écouter ses interlocuteurs. Il proclamait une nouvelle susceptible de bouleverser leur existence : Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts. Il cite alors deux passages de la première épître aux Corinthiens. Le premier rappelle le désir de Paul de se faire « tout à tous » afin d’en sauver quelques-uns. Le second exprime l’urgence intérieure de sa mission : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! »

L’évêque américain invoque également le concile Vatican II, dont il rappelle la vocation missionnaire. Il cite Lumen gentium et souligne que le renouveau conciliaire a contribué à préparer ce que l’Église appelle aujourd’hui la « nouvelle évangélisation », c’est-à-dire une annonce renouvelée de la seigneurie du Christ.

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Monseigneur Barron prend toutefois soin d’établir une distinction essentielle entre évangélisation et prosélytisme. Il ne défend ni la contrainte, ni la pression, ni le manque de respect envers les croyants d’autres religions. Mais le refus de ces méthodes ne saurait, selon lui, conduire à abandonner l’annonce chrétienne elle-même. « Pour l’amour de Dieu, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain », lance-t-il.

Cette distinction constitue précisément le cœur du désaccord. La fraternité et le dialogue interreligieux sont-ils des dimensions de la mission évangélisatrice ou peuvent-ils devenir, à eux seuls, sa finalité ? Pour Mgr Barron, la réponse ne fait aucun doute : le respect de la liberté religieuse n’implique aucunement de renoncer à proposer la foi au Christ. Sa conclusion, particulièrement ferme, donne toute sa portée à cette prise de position :

« Si je pensais vraiment que l’Église n’existe pas pour amener les gens au Christ, alors je démissionnerais et je chercherais un travail honnête. »

Au-delà de la controverse entre deux prélats, c’est donc une question fondamentale qui ressurgit : l’Église peut-elle concevoir sa présence au monde indépendamment de sa mission d’annoncer Jésus-Christ ? Pour Mgr Robert Barron, ce serait perdre de vue la raison même de son existence. Et comment ne pas lui donner raison ? L’histoire de l’Église en Algérie offre elle-même une réponse à cette interrogation.

Saint Charles de Foucauld, comme les bienheureux moines de Tibhirine, ont témoigné ouvertement de leur foi au Christ au milieu de leurs frères musulmans, sans jamais confondre la charité avec le renoncement à la vérité. Ils n’ont pas cherché à imposer leur foi, mais ils n’ont jamais dissimulé Celui pour lequel ils vivaient. Cette fidélité, ils l’ont payée de leur vie. C’est précisément à la lumière de ces témoignages que les propos du cardinal Vesco apparaissent comme leur antithèse, du moins dans leur formulation.

Là où Foucauld et les martyrs de Tibhirine ont montré que la fraternité pouvait être inséparable d’une affirmation sans équivoque de la foi chrétienne, l’archevêque d’Alger semble opposer ce que ses prédécesseurs spirituels avaient admirablement uni. Car aimer son prochain ne signifie pas renoncer à lui annoncer le Christ. La fraternité chrétienne ne trouve pas son accomplissement dans le silence sur Jésus-Christ, mais dans le témoignage de son amour et de sa vérité.

Source : publication de Mgr Robert Barron sur son compte X, @BishopBarron

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