Accompagnée de son époux et d’une délégation officielle, cette dirigeante de 40 ans représente un pays d’Amérique centrale qui possède une particularité institutionnelle devenue rare : la religion catholique y est toujours reconnue comme religion d’État. L’article 75 de la Constitution costaricienne, adoptée en 1949, dispose que « la religion catholique, apostolique et romaine est celle de l’État », lequel contribue à son entretien, tout en garantissant le libre exercice des autres cultes. Cette disposition témoigne de l’enracinement historique de l’Église dans une société profondément marquée par la tradition chrétienne, malgré le développement des communautés évangéliques et la progression de la sécularisation.
Née le 4 juillet 1986 à Puntarenas, sur la côte pacifique, Laura Virginia Fernández Delgado est diplômée en sciences politiques de l’Université du Costa Rica, où elle a également obtenu un master en politiques publiques et gouvernance démocratique. Spécialiste de l’administration publique, des finances et des réformes de l’État, elle a occupé plusieurs responsabilités avant de devenir ministre de la Planification nationale en 2022, puis ministre de la Présidence sous Rodrigo Chaves. Candidate du Parti du peuple souverain, formation conservatrice de droite, elle a remporté l’élection présidentielle du 1er février 2026 dès le premier tour, avec environ 48,3 % des suffrages. Elle est devenue la deuxième femme à accéder à la présidence du Costa Rica, après Laura Chinchilla en 2010.
Sur le plan politique, Laura Fernández revendique une orientation libérale en matière économique et conservatrice sur les questions sociales. Elle défend une conception exigeante de l’autorité de l’État et place la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée parmi ses priorités. Le 14 octobre dernier, elle a inauguré une prison de haute sécurité inspirée du modèle salvadorien de Nayib Bukele. Cette politique lui vaut le soutien des partisans d’une réponse ferme à l’insécurité, mais également les critiques de ceux qui redoutent un affaiblissement des garanties démocratiques.
Sa personnalité se distingue toutefois par la place publiquement accordée à sa foi catholique. Laura Fernández revendique son attachement à l’Église et manifeste une dévotion particulière à Notre-Dame des Anges, patronne du Costa Rica, vénérée dans son sanctuaire national de Cartago.
Après son investiture, elle a notamment confié symboliquement son écharpe présidentielle à la Vierge Marie. Elle a également participé, le 2 août, aux célébrations nationales en l’honneur de Notre-Dame des Anges, manifestation religieuse majeure dans la vie du pays. Ces gestes témoignent d’une conception de la responsabilité politique dans laquelle la foi ne relève pas exclusivement de la sphère privée. Dans un pays où le catholicisme possède une reconnaissance constitutionnelle, la présidente assume publiquement son identité religieuse sans chercher à la dissimuler derrière ses fonctions institutionnelles.
Cette affirmation catholique s’accompagne néanmoins d’une ouverture à d’autres communautés chrétiennes. Son mouvement politique entretient des relations avec plusieurs responsables évangéliques, tandis que Laura Fernández affirme entretenir depuis plusieurs années une relation spirituelle avec le père Sergio Valverde, prêtre catholique engagé auprès des populations défavorisées.
Dès le 23 septembre, la présidence costaricienne avait annoncé sa visite au Vatican. Laura Fernández avait alors exprimé son émotion à l’idée de rencontrer le Saint-Père, déclarant vouloir porter devant lui son pays et les familles qui trouvent en Dieu la force de surmonter leurs difficultés. Elle avait également fait part de son intention de solliciter les prières du Pape pour le peuple costaricien. La veille de l’audience, le 28 octobre, la Conférence épiscopale du Costa Rica avait accueilli favorablement cette rencontre, rappelant l’importance des relations historiques entre le pays et le Saint-Siège, fondées sur le respect mutuel, la dignité humaine, la paix et la recherche du bien commun.
Cette audience met ainsi en lumière une figure singulière de la vie politique latino-américaine : une présidente jeune, catholique assumée, attachée à des valeurs conservatrices et à une politique sécuritaire ferme, à la tête d’un État qui continue de reconnaître officiellement la religion catholique. Le Costa Rica demeure, à cet égard, une exception particulièrement significative.


