L’Église catholique belge poursuit son déclin. Les chiffres de son neuvième rapport annuel publié le 28 octobre 2026, consacré à l’année 2025, dessinent le portrait d’une institution historiquement centrale dans la société belge, mais dont l’influence religieuse et la présence territoriale continuent de s’affaiblir. Moins de fidèles à la messe, moins de mariages, moins de prêtres et des églises désaffectées : le constat est préoccupant. Pourtant, au milieu de cette contraction, un phénomène mérite l’attention : le nombre croissant d’adultes qui demandent le baptême.
La pratique dominicale constitue un premier indicateur. Lors du troisième dimanche d’octobre 2025, retenu pour le recensement national, 155 084 fidèles ont assisté à la messe, contre 173 335 en 2024. Cela représente une diminution de 10,5 % en un an. À Noël, 388 096 personnes ont participé à une célébration eucharistique, signe que les grandes fêtes conservent une capacité de rassemblement supérieure à celle des dimanches ordinaires.
Les sacrements confirment cette évolution. En 2025, l’Église belge a célébré 27 666 baptêmes, 29 073 premières communions et 26 959 confirmations. Les mariages religieux sont passés de 4 896 à 4 122, soit une chute de près de 16 %. Quant aux 31 743 funérailles catholiques, elles ne représentent plus que 31,4 % des décès.
Mais c’est probablement la crise des vocations qui illustre le plus nettement la fragilité de l’avenir
La Belgique compte désormais 3 262 prêtres, contre 3 363 l’année précédente. Parmi eux, 1 603 sont diocésains et 1 659 appartiennent à des communautés religieuses. Surtout, seulement quatre prêtres ont été ordonnés en 2025 dans l’ensemble du pays. Les séminaires ne comptent que 28 candidats au sacerdoce, dont 20 Belges. Le rapport précise également que 368 prêtres diocésains provenant d’autres diocèses, principalement étrangers, exercent leur ministère en Belgique. Cet apport contribue au maintien de la vie pastorale, sans compenser durablement le manque de vocations locales. La diminution du clergé accompagne une profonde restructuration territoriale. Le pays compte encore 3 438 paroisses, mais 66 ont été absorbées par regroupement ou fusion en 2025. Plus significatif encore, 29 églises ont fait l’objet d’un décret de désaffectation, dont trois ont été attribuées à d’autres cultes chrétiens. Derrière ces chiffres se dessine l’effacement progressif d’un patrimoine religieux autrefois au cœur de la vie quotidienne.
Cette évolution intervient dans un paysage confessionnel profondément transformé, marqué notamment par l’implantation de l’islam. Une étude universitaire publiée en 2026, menée par des chercheurs des universités de Liège, de Bruxelles et de Cambridge, recense 345 mosquées en Belgique, dont 80 dans la seule région bruxelloise. Parmi celles-ci, 21 se trouvent à Molenbeek, 18 à Schaerbeek, 13 dans la ville de Bruxelles et 10 à Anderlecht.
Le contraste entre la contraction des structures catholiques et la visibilité croissante du culte musulman est notable. Selon les statistiques du Service public fédéral Justice, les effectifs rémunérés du culte islamique sont passés de 38 équivalents temps plein en 2012 à 105 en 2025.
Dans le même temps, ceux du culte catholique ont diminué de 3 094 à 2 620. Ces données ne mesurent pas directement le nombre de croyants, mais illustrent des trajectoires institutionnelles différentes. La progression de l’islam ne saurait toutefois être présentée comme la cause de la déchristianisation, phénomène ancien qui touche l’ensemble de la société belge.
Malgré ce tableau préoccupant, des signes de renouveau apparaissent
Le nombre de baptêmes d’adultes est passé de 362 en 2024 à 534 en 2025, soit une augmentation de 47,5 %. En 2026, il atteint 689. Ces chiffres demeurent modestes à l’échelle nationale, mais témoignent d’une foi désormais plus souvent choisie personnellement que simplement héritée. La mobilisation catholique reste également importante : 96 573 bénévoles participent à la vie des paroisses, tandis que les grands sanctuaires mariaux accueillent environ 1,54 million de visiteurs, selon les estimations du rapport.
Monseigneur Luc Terlinden, président de la Conférence des évêques de Belgique, rappelle que « Tout dans l’Eglise doit être tourné vers cette mission », celle d’annoncer l’Évangile. Le rapport reconnaît lui-même que la transmission « automatique » de la foi n’est plus la norme. C’est sans doute là que se situe le véritable défi : reconstruire une transmission chrétienne dans une société où le catholicisme ne constitue plus une évidence culturelle. Les baptêmes d’adultes montrent que la foi conserve une capacité d’attraction. Mais quatre ordinations sacerdotales et vingt-neuf églises désaffectées en une seule année rappellent combien le chemin demeure difficile. L’espérance existe, mais elle ne doit pas masquer la gravité du déclin.
intégralité du rapport de l’Eglise de Belgique 2026


