Ce vendredi 6 novembre 2026, à Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF), s’est exprimé à l’occasion de l’Assemblée plénière d’automne des évêques. Un rendez-vous marqué par deux réalités contrastées : la joie encore vive du voyage apostolique de Léon XIV en France, fin septembre, et les profondes inquiétudes suscitées par la situation sociale et politique du pays.
Le cardinal n’a pas cherché à dissimuler sa préoccupation. « Je suis inquiet », a-t-il reconnu, évoquant notamment « le nihilisme qui peut s’emparer de nos concitoyens, de notre société ». Une inquiétude qui dépasse les seules tensions sociales pour interroger les fondements mêmes du vivre-ensemble.
Revenant sur les mobilisations de ces derniers jours, notamment celles du jeudi 5 novembre, le président de la CEF a souligné que certaines revendications étaient « largement légitimes », tout en s’interrogeant sur les violences qui accompagnent parfois leur expression. Selon lui, lorsqu’une société peine à offrir d’autres voies pour se faire entendre, c’est aussi son fonctionnement qui doit être interrogé. Mais l’une de ses observations concerne le rapprochement qu’il établit entre les foules venues prier avec Léon XIV et celles qui manifestent aujourd’hui dans les rues françaises. Derrière des démarches évidemment différentes, le cardinal discerne une aspiration commune : une « soif de sens », de respect, de considération et de « justice profonde ».
Cette lecture révèle une conviction pastorale essentielle : les crises contemporaines ne peuvent être comprises uniquement à travers leurs dimensions économiques ou politiques. Elles traduisent également une interrogation sur la place de l’homme, sa dignité et le sens de son existence.
« Notre société actuelle a vraiment besoin d’unité, mais pas d’une unité de surface », a insisté le cardinal Aveline. Une précision importante, car l’unité chrétienne ne saurait se réduire à l’effacement des désaccords. Elle suppose au contraire la possibilité de dialoguer, d’écouter et de défendre des convictions sans nier la dignité de son interlocuteur.
Interrogé sur l’appel du pape Léon XIV à une parole prophétique de l’Église dans l’espace public, notamment à l’approche de l’élection présidentielle, le cardinal a préféré insister sur une exigence : « Le courage de la liberté. » Il a salué chez le Souverain Pontife cet équilibre entre « la clarté, la lucidité et la fermeté » des positions et la douceur dans les relations humaines. « Les personnes passent avant les idées, mais les idées sont claires », a-t-il résumé. Cette formule rappelle que la charité chrétienne n’impose nullement le silence sur les vérités de la foi. La doctrine sociale de l’Église repose précisément sur cette articulation entre le respect inconditionnel des personnes et la fidélité à des principes qui ne dépendent pas des circonstances politiques.
Le cardinal a également rappelé la responsabilité de l’Église auprès de la jeunesse, des personnes fragilisées et de tous ceux dont la parole demeure ignorée. Sa mission consiste notamment à « porter haut le cri de ceux qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre ». Plus incisif encore, il a évoqué la nécessité de « réveiller les consciences quand elles sont trop anesthésiées ». Une expression qui rejoint la tradition prophétique de l’Église, appelée non seulement à consoler, mais aussi à rappeler les exigences morales que les sociétés peuvent progressivement oublier.
Sur les grands débats à venir, notamment la fin de vie, les migrations et les relations entre les peuples, le président de la CEF a identifié deux principes directeurs : « La dignité de chaque personne et l’unité de la famille humaine. » Il a averti que ces principes ne seraient pas nécessairement défendus par tous les candidats à la prochaine élection présidentielle, appelant les évêques à conserver leur vigilance et « le courage des convictions qui nous animent ». Pour autant, le cardinal Aveline refuse de céder au découragement. À la question de savoir où il puise son espérance, sa réponse a été immédiate : « En Dieu d’abord. »
« Nous ne sommes pas des pions, nous sommes des acteurs », a-t-il poursuivi, rappelant la responsabilité personnelle de chaque chrétien dans la construction du bien commun.
Un peu plus d’un mois après la visite de Léon XIV, le message adressé depuis Lourdes apparaît ainsi comme un appel à prolonger concrètement l’élan spirituel suscité par le Saint-Père. Car l’Église ne peut se contenter d’observer les fractures françaises. Fidèle à sa mission, elle doit continuer d’annoncer le Christ, d’éclairer les consciences et de rappeler que la véritable unité ne se construit jamais au détriment de la vérité.
Source Eglise de France – CEF


