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Albanie : après des décennies de persécution communiste, les évêques catholiques au Vatican face aux défis de l’avenir

Les évêques et les administrateurs de l’Église catholique en Albanie lors de leur visite ad limina Apostolorum au Vatican - capture facebook
Les évêques et les administrateurs de l’Église catholique en Albanie lors de leur visite ad limina Apostolorum au Vatican - capture facebook
Les évêques albanais effectuent cette semaine leur visite « ad limina » à Rome, où ils rencontrent les responsables du Saint-Siège. Une étape importante pour une Église longtemps persécutée, aujourd'hui confrontée à la sécularisation et aux défis de l'évangélisation

Il est des Églises dont l’histoire rappelle combien la liberté religieuse demeure un bien précieux. Celle d’Albanie en offre l’un des témoignages les plus saisissants en Europe. Ce jeudi 29 octobre 2026, les évêques albanais, présents à Rome pour leur visite ad limina Apostolorum, ont été reçus au dicastère pour la Culture et l’Éducation. Deux jours auparavant, le 27 octobre, ils avaient rencontré les responsables du dicastère pour la Doctrine de la foi, notamment pour évoquer la transmission de la foi et l’annonce de l’Évangile.

Cette visite, qui comporte traditionnellement un pèlerinage aux tombeaux des apôtres Pierre et Paul, permet aux évêques de présenter au Saint-Siège la situation de leurs diocèses, leurs difficultés pastorales et les perspectives de leur mission. Pour l’Albanie, elle revêt une signification particulière, tant l’histoire du catholicisme dans ce pays a été marquée par les persécutions.

Rappelons que l’implantation chrétienne en Albanie remonte aux premiers siècles de notre ère. Situé au carrefour des influences latines et byzantines, le territoire a progressivement vu se développer deux grandes traditions chrétiennes : catholique, principalement dans le Nord, et orthodoxe, davantage présente dans le Sud.À partir du XVe siècle, la conquête ottomane bouleverse profondément cet équilibre religieux. Une partie importante de la population adopte progressivement l’islam, tandis que les communautés catholiques, particulièrement implantées autour de Shkodër, conservent leur foi malgré les difficultés et les pressions. La figure de Georges Castriote, dit Skanderbeg, héros de la résistance albanaise face aux Ottomans, demeure associée à cette histoire nationale et chrétienne.

Mais c’est au XXe siècle que l’Église catholique albanaise connaît l’une de ses épreuves les plus terribles

Après l’installation du régime communiste d’Enver Hoxha en 1944, la répression contre les religions devient systématique. Évêques, prêtres, religieux et fidèles sont arrêtés, emprisonnés ou exécutés. Les établissements catholiques ferment, les congrégations sont dispersées et les relations avec le Saint-Siège sont interrompues.En 1967, le régime franchit une étape supplémentaire en proclamant l’Albanie premier État officiellement athée du monde. Toute pratique religieuse publique est interdite. Les églises sont fermées, détruites ou transformées en bâtiments civils. Posséder des objets religieux ou célébrer clandestinement la messe peut exposer les fidèles à de lourdes sanctions.

L’Église albanaise paie un tribut considérable à cette politique. Le 5 novembre 2016, trente-huit martyrs albanais, assassinés en haine de la foi entre 1945 et 1974, sont béatifiés à Shkodër. Leur témoignage demeure aujourd’hui au cœur de la mémoire catholique nationale. La chute du communisme permet progressivement le retour de la liberté religieuse à partir de 1990. Le 25 avril 1993, le Pape Jean-Paul II effectue une visite historique en Albanie, où il ordonne quatre évêques, contribuant à la reconstruction d’une hiérarchie catholique décimée par les persécutions.

Parmi les grandes figures de cette Église martyre se distingue le cardinal Ernest Simoni, qui vient de fêter ses 98 ans. Arrêté en 1963 par le régime communiste d’Enver Hoxha, il a subi près de vingt-huit années de prison et de travaux forcés pour être resté fidèle au Christ et à son sacerdoce. Créé cardinal par le pape François en 2016, cet ancien prisonnier politique demeure l’un des derniers témoins vivants de la persécution antireligieuse en Albanie, incarnant une foi que plusieurs décennies de répression n’ont jamais réussi à éteindre.

Cardinal Ernest Simoni – DR

Plus de trente ans après cette renaissance, l’Église albanaise affronte cependant des difficultés d’une autre nature

Selon le recensement national de 2023, le pays compte environ 201 500 catholiques, soit 8,4 % de la population résidente. Les musulmans constituent le groupe religieux le plus nombreux, aux côtés des communautés orthodoxes et bektachies. Ces chiffres témoignent du caractère minoritaire du catholicisme dans un pays où la coexistence religieuse occupe une place importante dans l’identité nationale.

Mais la difficulté la plus préoccupante est peut-être aujourd’hui l’émigration. De nombreux jeunes Albanais quittent leur pays pour rechercher de meilleures perspectives économiques, notamment dans les États de l’Union européenne. Cette évolution fragilise les familles, réduit les communautés paroissiales et complique la transmission de la foi aux nouvelles générations. Le 15 octobre dernier, Monseigneur Gjergj Meta, évêque de Rrëshen et président de la Conférence épiscopale albanaise, dénonçait les effets de la corruption sur la jeunesse, dans un contexte de manifestations à Tirana. Il soulignait notamment le désir des jeunes de pouvoir construire leur avenir dans leur propre pays.

L’intégration européenne constitue également un enjeu important. Les évêques soutiennent le rapprochement de l’Albanie avec l’Union européenne, tout en rappelant l’importance des valeurs spirituelles et morales qui ont contribué à la construction du continent.Pour cette Église sortie des catacombes communistes, le défi est donc désormais double : préserver la mémoire des martyrs et transmettre la foi dans une société où les menaces ne prennent plus la forme d’une persécution étatique, mais davantage celle de l’éloignement religieux et de la fragilisation des communautés.

La visite ad limina des évêques albanais rappelle ainsi une vérité fondamentale : après avoir résisté à ceux qui voulaient faire disparaître Dieu de la société, l’Église d’Albanie doit aujourd’hui relever un autre défi, celui de faire connaître le Christ à des générations qui n’ont pas vécu les persécutions de leurs aînés.

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