En Haïti, la lutte contre les gangs armés connaît un tournant majeur. Ce vendredi 30 octobre 2026, plus de 2 000 militaires salvadoriens participent à une opération destinée à retrouver quatre techniciens militaires disparus après une embuscade, le 18 octobre, près de Port-au-Prince. Cette mobilisation, décidée par le président Nayib Bukele, intervient dans un pays où les groupes criminels contrôlent de vastes territoires et où l’Église catholique demeure l’une des institutions les plus engagées auprès des populations.
Le président Bukele, qui dirige le Salvador depuis 2019, a acquis une renommée internationale grâce à sa politique de lutte contre les gangs. En quelques années, son gouvernement a considérablement réduit les homicides et permis à de nombreux Salvadoriens de retrouver une liberté de circulation dans des quartiers autrefois dominés par les organisations criminelles. Sa stratégie repose sur une mobilisation massive des forces de sécurité et l’incarcération de dizaines de milliers de membres présumés de gangs, dans le cadre d’un état d’exception qui suscite également des critiques concernant les droits fondamentaux. Le chef de l’État salvadorien revendique par ailleurs publiquement sa foi en Jésus-Christ, sans se rattacher à une confession religieuse particulière. Il a plusieurs fois attribué à Dieu et à la prière une place importante dans la transformation de son pays. En Haïti, son intervention répond d’abord à la disparition de quatre militaires salvadoriens. Le président Bukele a précisé que son objectif était de les ramener vivants auprès de leurs familles. Le déploiement pourrait atteindre 2 500 soldats.
Pendant ce temps, l’Église catholique haïtienne continue de subir directement les conséquences de l’insécurité
Le 28 septembre, le père Marc Henry Siméon, porte-parole de la Conférence épiscopale d’Haïti, expliquait sur la radio haïtienne Magik9 que plusieurs infrastructures catholiques avaient été perdues dans la région de Kenscoff. Le presbytère avait été incendié, tandis que l’église avait échappé de peu aux flammes. Des établissements scolaires catholiques ont également dû fermer leurs portes. En août, Monseigneur Joseph Gontrand Décoste, évêque de Jérémie, dressait auprès de l’Aide à l’Église en Détresse un bilan particulièrement préoccupant : quarante paroisses fermées à Port-au-Prince, une quinzaine dans le Plateau central et une dizaine dans l’Artibonite :
« Nous sommes le dernier rempart : moral, éthique, spirituel et prophétique… C’est pourquoi ils veulent nous éliminer », déclarait l’évêque.
Les communautés religieuses ont également payé un lourd tribut. Le 31 mars 2025, deux religieuses haïtiennes, les sœurs Evanette et Jeanne, ont été assassinées à Mirebalais. Durant les sept premiers mois de 2026, deux prêtres ont été enlevés et un séminariste assassiné. Plusieurs maisons religieuses et écoles catholiques ont été attaquées, incendiées ou occupées par les groupes armés. Malgré ces épreuves, la vie de l’Église ne s’est pas arrêtée. Près de 200 séminaristes poursuivent leur formation au Grand Séminaire interdiocésain Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, à Port-au-Prince, parfois dans des conditions extrêmement dangereuses. Prêtres et religieux continuent, lorsque la sécurité le permet, de célébrer la messe, d’assurer la catéchèse et de venir en aide aux familles déplacées.
Le 25 août, après les massacres de Kenscoff, Mgr Pierre-André Dumas avait lancé cet avertissement : « Haïti ne peut pas devenir un vaste cimetière. » L’évêque, lui-même victime d’une explosion en 2024, appelait les autorités à protéger les populations et à mettre fin aux violences. En septembre, les évêques haïtiens ont de nouveau dénoncé l’effondrement de l’autorité publique et demandé le rétablissement de la sécurité. Les élections nationales, initialement envisagées pour décembre 2026, viennent d’ailleurs d’être reportées : le premier tour est désormais annoncé pour le 18 juillet 2027. AP News
Dans cette situation, deux formes d’engagement se dessinent. Le président Nayib Bukele mobilise l’expérience sécuritaire acquise au Salvador pour affronter les gangs et retrouver ses militaires. L’Église catholique, quant à elle, poursuit son œuvre caritative auprès d’une population profondément meurtrie. Au-delà des opérations militaires, l’avenir d’Haïti dépendra aussi de la capacité du pays à retrouver ses institutions, ses écoles et une vie communautaire. Dans cette reconstruction, l’Église, malgré ses blessures, entend continuer d’occuper toute sa place.


