Par Philippe Marie
Ce sont nos confrères du magazine Challenges qui, le 28 octobre dernier, s’interrogeaient sur l’avenir de l’archevêché de Paris. Dans un court article signé Jean-François Arnaud, intitulée « Personne ne peut anticiper les décisions du pape : les dessous de la discrète campagne pour le poste d’archevêque de Paris », l’hebdomadaire évoque plusieurs successeurs potentiels, alors que le pape Léon XIV ne semblerait pas pressé de remplacer Mgr Laurent Ulrich.
Rappelons que l’archevêque de Paris a fêté ses 75 ans le 7 septembre dernier. Conformément au canon 401 §1 du Code de droit canonique, il est désormais invité à présenter sa renonciation au Saint-Père, qui demeure libre de l’accepter ou de prolonger son ministère. Certaines rumeurs lui prêtent d’ailleurs le souhait de rester encore quelque temps à la tête du diocèse. Mais à cette heure aucune déclaration publique ne permet d’affirmer qu’il refuserait de partir.
Nommé en avril 2022 par le pape François, Mgr Laurent Ulrich est arrivé à la tête de l’archidiocèse de Paris dans un contexte de profonde consternation, quelques mois après le départ brutal de Mgr Michel Aupetit, dont la renonciation avait été acceptée par le Saint-Père en décembre 2021.
Appelé à apaiser les tensions, Monseigneur Ulrich exerce depuis un épiscopat lui-même marqué par de nombreuses controverses, malgré deux événements historiques : la réouverture de Notre-Dame en décembre 2024 et la visite du pape Léon XIV en septembre dernier. Cette dernière laisse d’ailleurs une facture que le diocèse de Paris peine encore à solder. Il resterait près de 9 millions d’euros à trouver pour couvrir l’ensemble des dépenses de la visite apostolique, alors que certains, en coulisse, reprochent à l’archevêque de ne pas avoir « voulu décrocher son téléphone » pour mobiliser les grands donateurs. Les fidèles parisiens sont ainsi régulièrement sollicités pour combler ce déficit. À ces difficultés financières s’ajoutent plusieurs sujets de discorde : le choix très contesté des vitraux contemporains de Claire Tabouret, les polémiques autour des habits et du mobilier liturgiques de Notre-Dame de Paris, ainsi que les « tensions » rapportées entre l’archevêque et le recteur de la cathédrale, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas.
À ces épisodes s’est ajoutée une controverse particulièrement symbolique : sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur, par décret du 13 juillet 2026, publié au Journal officiel le 14 juillet, soit la veille de l’adoption définitive, le 15 juillet, de la loi sur l’« aide à mourir ». Cette distinction accordée par la République, au moment même où celle-ci légalisait une pratique fermement condamnée par l’Église catholique, avait suscité de sérieuses interrogations. Aux yeux de ses détracteurs, ces différents épisodes illustrent les ambiguïtés d’un épiscopat auquel ils reprochent une ligne pastorale insuffisamment affirmée et un manque de lisibilité dans les grands débats qui traversent l’Église et la société française.
Certains souhaitent désormais ouvrir une nouvelle page. Dans les conversations entre prêtres parisiens revient notamment le désir de voir arriver « du sang neuf » : un archevêque plus jeune, dynamique, capable de fédérer les différentes sensibilités du diocèse autour d’un véritable projet spirituel et missionnaire. Cette attente pose une question essentielle : quelle vision pour l’Église de Paris dans les années à venir ?
Alors, qui pourrait succéder à Monseigneur Ulrich ?
Des noms reviennent particulièrement dans les spéculations : Mgr Matthieu Rougé, 60 ans, évêque de Nanterre, ancien secrétaire particulier du cardinal André Vingt-Trois et fin connaisseur du diocèse parisien ; et Mgr Éric de Moulins-Beaufort, 64 ans, archevêque de Reims et ancien président de la Conférence des évêques de France. Leur expérience et leurs réseaux ecclésiastiques en font des personnalités naturellement évoquées, sans que leur statut de favoris soit officiellement établi.
De son coté, Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux armées françaises depuis 9 ans, présente également un profil solide : fort d’une solide expérience pastorale et institutionnelle, il connaît parfaitement les réseaux parisiens et possède l’envergure nécessaire pour diriger un diocèse aussi complexe et stratégique que celui de Paris. Ancien curé et doyen d’Auteuil à Paris, il a également enseigné la morale sociale au séminaire Saint-Sulpice, codirigé le département Politique et religion du Collège des Bernardins et été nommé secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France en 2017.
Mgr Vincent Jordy 65 ans, est aussi évoqué, archevêque de Tours depuis 2019, il est vice-président de la Conférence des évêques de France. Ancien évêque de Saint-Claude, reconnu pour sa connaissance des dossiers ecclésiaux et son expérience des responsabilités nationales, il pourrait également figurer parmi les profils envisagés pour succéder à Mgr Laurent Ulrich à Paris.
Mais d’autres profils, appartenant à une génération plus jeune, pourraient également entrer dans les réflexions. Mgr Bruno Valentin, 54 ans, évêque de Carcassonne et ancien auxiliaire de Versailles, connaît bien l’Île-de-France. Mgr Emmanuel Gobilliard, 58 ans, évêque de Digne, possède une expérience de la communication et de la pastorale des jeunes. Mgr Alexandre Joly, 54 ans, évêque de Troyes, présente un profil théologique et pastoral intéressant. Egalement Mgr Matthieu Dupont, 52 ans, évêque de Laval, et Mgr François Durand, 52 ans, évêque de Valence, incarnent une génération plus récente de l’épiscopat français. Mgr Étienne Guillet, tout juste 50 ans, évêque de Saint-Denis, connaît quant à lui les réalités missionnaires de la région parisienne.
D’autres personnalités pourraient être envisagées : Mgr Jean-Philippe Nault, 61 ans, évêque de Nice ; Mgr Thibault Verny, 60 ans, archevêque de Chambéry et ancien auxiliaire de Paris ; Mgr François Touvet, 61 ans, évêque de Fréjus-Toulon ; ou encore Mgr Dominique Blanchet, 60 ans, évêque de Créteil.
Le cardinal François-Xavier Bustillo, 57 ans, pourrait également figurer parmi les profils théoriquement envisageables. Mais le prélat franciscain est devenu une figure particulièrement emblématique de l’Église de Corse. Son attachement à l’île, son rayonnement pastoral et la place qu’il y occupe rendent difficile d’imaginer aujourd’hui son départ pour Paris. Pour beaucoup, le cardinal Bustillo paraît désormais indissociable de cette Église insulaire à laquelle il a donné une visibilité nouvelle.
Un autre personnage compte dans cette équation : Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique en France depuis janvier 2020. Lui aussi approche de l’âge habituel de la retraite, puisqu’il aura 75 ans le 1er juillet 2027. Cette date ne constitue d’ailleurs pas l’échéance d’un mandat fixe : le représentant diplomatique du Saint-Siège demeure en fonction jusqu’à une décision pontificale. Or, son rôle dans les consultations préparatoires aux nominations épiscopales est essentiel. Enfin, le choix appartiendra au pape Léon XIV. Précisons que dans les consultations romaines, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, constitue un interlocuteur incontournable. Membre du dicastère pour les Évêques, il connaît particulièrement bien l’épiscopat français. Ses conseils pourraient naturellement compter, sans que rien ne permette d’affirmer qu’il aurait déjà pris position pour un successeur.
Alors, faites vos jeux : qui remplacera Mgr Laurent Ulrich ? Un évêque déjà bien installé dans les responsabilités nationales ou un pasteur d’une génération nouvelle ? À Paris, les conversations vont bon train. Mais à Rome, le calendrier comme le nom du prochain archevêque demeurent entre les mains du pape Léon XIV.


