L’émotion ne retombe pas à Aubagne. Quelques jours après la découverte de la disparition de la croix du Baou des Gouttes, également appelé Petit Bec Cornu, les réactions continuent d’affluer. Pour de nombreux habitants, randonneurs et amoureux des collines du Garlaban, ce n’est pas seulement un objet qui a été dérobé, mais un repère familier du paysage provençal.
Face à cette indignation grandissante, Jean-Pierre Squillari, maire d’Aubagne, a tenu à s’exprimer publiquement. Dans un message largement relayé sur sa page Facebook, l’élu a d’abord tenu à remercier les nombreux habitants qui ont manifesté leur attachement au site. « Cette mobilisation collective est la plus belle des réponses : elle prouve l’attachement viscéral des Aubagnais à leur patrimoine, à leurs paysages et à cette terre de Pagnol qui nous est si chère », écrit-il. Car si la croix possède évidemment une dimension religieuse, Jean-Pierre Squillari rappelle qu’elle constitue également un élément du patrimoine historique provençal. « Pour beaucoup, cette croix est un symbole de foi. Mais elle est aussi, pour nous tous, un repère universel », souligne-t-il.
L’élu rappelle que les croix de sommet remplissaient autrefois plusieurs fonctions essentielles dans les paysages de Provence. Bien avant l’apparition des cartes détaillées et des systèmes de géolocalisation, elles servaient de points de repère aux populations locales. « Historiquement, bien avant l’apparition des cartes modernes et du GPS, les croix de sommet avaient plusieurs fonctions essentielles en Provence », explique-t-il.
Elles servaient notamment de « bornes de limites territoriales », marquant les frontières entre communes, paroisses ou grands domaines pastoraux. Elles constituaient également de véritables « boussoles physiques », permettant aux bergers, aux chasseurs et aux voyageurs de s’orienter dans les reliefs parfois escarpés de la Provence. Aujourd’hui encore, la croix du Baou des Gouttes demeure un point de repère apprécié des randonneurs, des vététistes et des amateurs de course en montagne qui fréquentent les sentiers du massif du Garlaban. Mais ce sommet n’est pas seulement remarquable pour son panorama. Jean-Pierre Squillari insiste également sur l’importance archéologique du lieu. « Le Baou des Gouttes : un site archéologique millénaire », rappelle-t-il.
Le massif du Garlaban abrite en effet plusieurs oppida, ces villages fortifiés construits par les peuples celto-ligures plusieurs siècles avant la conquête romaine. Ces positions élevées servaient à la fois de refuges, de postes d’observation et de centres de vie. Au Baou des Gouttes, comme au Ruissatel ou au Baou de l’Agache, les archéologues ont mis au jour des vestiges remontant à plus de deux mille ans : céramiques, monnaies phocéennes de Marseille ou encore monnaies romaines. « S’attaquer à ce sommet, c’est toucher à notre histoire la plus ancienne », souligne l’élu.
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Cette dimension patrimoniale donne une portée particulière à ce vandalisme anti-chrétien. La disparition de la croix ne touche pas seulement les croyants. Elle atteint également un lieu profondément enraciné dans l’histoire locale et dans l’identité culturelle de la Provence. De nombreux habitants ont rapidement demandé quelles mesures allaient être prises pour retrouver les responsables ou réinstaller une nouvelle croix. Là encore, Jean-Pierre Squillari a souhaité apporter des précisions. Le sommet concerné se trouve sur une parcelle privée. La situation est donc juridiquement plus complexe qu’il n’y paraît. « Légalement, la Ville ne peut pas déposer plainte directement, seul le propriétaire le peut », explique-t-il. Pour la même raison, la municipalité ne peut financer directement la reconstruction d’une nouvelle croix sur ce terrain privé. Toutefois, l’élu rappelle qu’un précédent existe. Il y a quelques années, la croix du Garlaban avait elle aussi été victime d’un acte de vandalisme. Une mobilisation collective avait alors permis sa réinstallation. C’est cette voie qui devrait à nouveau être privilégiée.
« Nous mobiliserons les propriétaires, les associations de sauvegarde du patrimoine, les clubs de randonnée et les passionnés de nos collines pour que, ensemble, nous redonnions à ce sommet son visage familier », annonce-t-il.
Cette réaction témoigne d’une détermination qui dépasse largement les clivages. Car la croix du Baou des Gouttes appartient désormais à la mémoire collective des Aubagnais.
Dans une France où les profanations, les dégradations de lieux chrétiens et les actes de vandalisme contre les symboles religieux continuent d’être régulièrement signalés, cette disparition suscite une émotion particulière. Non seulement parce qu’elle touche un symbole de foi, mais aussi parce qu’elle vise un élément du patrimoine historique et culturel local. Loin de décourager les habitants, cet acte semble avoir provoqué un mouvement inverse. Les nombreux messages de soutien reçus ces derniers jours montrent que l’attachement à cette croix demeure intact. Et Jean-Pierre Squillari en est convaincu : « Le vandalisme n’aura pas le dernier mot face à l’amour que nous portons à nos collines. »
Dans ces collines immortalisées par Marcel Pagnol, où chaque sommet raconte une part de l’histoire provençale, beaucoup espèrent désormais qu’une nouvelle croix viendra bientôt reprendre sa place. Non seulement comme signe de foi pour les croyants, mais aussi comme témoin d’un patrimoine que certains ont voulu effacer et que toute une population entend préserver.


