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[Diocèse d’Amiens] Un évêque exaspéré, la Communauté Saint-Martin dans l’embarras, des fidèles désorientés

Monseigneur Gérard Le Stang - Eglise catholique
Monseigneur Gérard Le Stang - Eglise catholique
"Un évêque qui raccroche au nez ..." : le malaise est loin d'être dissipé au sein du diocèse d'Amiens ( intégralité du communiqué)

Au lendemain de la publication du communiqué conjoint du diocèse d’Amiens et de la Communauté Saint-Martin, une chose apparaît clairement : la crise qui secoue la cathédrale Saint-Jean-Baptiste est loin d’être refermée. Si ce document entend « rétablir la vérité objective des faits » concernant le départ de don Régis Évain, il met surtout en lumière une succession de tensions qui ont profondément fragilisé la communauté paroissiale.

À la suite de notre article publié le 18 juillet, évoquant le décès de l’abbé Dominique-Marie Dupré, prêtre du diocèse d’Amiens, Tribune chrétienne a reçu de très nombreux messages de lecteurs, de paroissiens, de prêtres et de fidèles. Tous ne partagent pas la même lecture des événements, mais un point revient avec insistance : beaucoup disent leur tristesse devant une situation qui a profondément blessé la vie de la cathédrale d’Amiens et regrettent qu’elle ait pris une telle ampleur.

De son coté, le communiqué publié dimanche apporte un éclairage détaillé sur les raisons qui ont conduit au départ anticipé de don Régis Évain. Le diocèse y décrit un changement progressif de comportement du recteur, évoque son soutien à Joseph Ramothe, auteur de prières de guérison facturées ( Jusqu’à150 €) , des tensions croissantes avec plusieurs paroissiens et confrères, ainsi qu’un refus persistant d’adhérer aux décisions prises par son évêque après le décret d’octobre 2025. Le texte relate également plusieurs mois de dialogue entrepris par Monseigneur Gérard Le Stang et les responsables de la Communauté Saint-Martin avant la décision commune de mettre fin à la mission de don Régis Évain puis d’engager une procédure canonique.

Le diocèse tient par ailleurs à dissocier totalement cette affaire de la plainte visant don François Reynes, plainte classée sans suite par la justice civile puis par le Tribunal pénal canonique national, estimant qu’aucun lien ne doit être établi entre les deux dossiers.

Si ce communiqué apporte de nombreux éléments factuels, il révèle également l’intensité des fractures qui se sont installées au sein de cette paroisse. Le diocèse lui-même reconnaît un « malaise croissant » ayant conduit à des souffrances chez les paroissiens comme chez les prêtres de la communauté.

Soucieux de recueillir la réaction de l’évêque après cette prise de parole officielle, Tribune Chrétienne a joint Monseigneur Gérard Le Stang par téléphone. L’échange n’aura duré que quelques secondes. Alors que nous souhaitions simplement lui donner l’occasion de préciser sa pensée, l’évêque a interrompu la conversation tout simplement en nous raccrochant au nez. Comme quoi, même un évêque peut, dans certains cas, faire abstraction des règles élémentaires de politesse.Cet épisode, aussi regrettable soit-il, illustre le climat de tension qui continue d’entourer cette affaire. Car au-delà des procédures canoniques, des décisions administratives et des communiqués, ce sont avant tout des fidèles qui cherchent aujourd’hui à comprendre comment une paroisse autrefois dynamique a pu traverser une telle crise.

Enfin précisons que dans sa conclusion le diocèse affirme vouloir travailler à « un chemin d’apaisement » et assure de sa prière les personnes éprouvées par cette situation. Une volonté que chacun ne peut que souhaiter voir se concrétiser. Car si le communiqué répond à plusieurs interrogations, il ne suffira probablement pas, à lui seul, à refermer les blessures laissées par des mois de tensions. Beaucoup de fidèles attendent désormais non seulement des explications, mais aussi des gestes de réconciliation et une parole capable de véritablement restaurer la confiance.

Communiqué

Pour comprendre le départ du recteur de la cathédrale d’Amiens
Publié le 19 juillet 2026

« À la suite d’articles parus dans Le Courrier picard les 15 (site internet) et 16 (print) juillet 2026, puis sur le site de RCF Notre-Dame, le Diocèse d’Amiens et la Communauté Saint-Martin souhaitent apporter des éléments complémentaires, dans le but d’établir la vérité et de veiller au respect de la réputation des personnes.

Il leur paraît donc nécessaire de rétablir la réalité objective des faits sur les difficultés rencontrées cette année à la paroisse Saint-Jean-Baptiste et qui ont conduit au départ de don Régis Évain.

Comment ont commencé les difficultés dans la mission de don Régis Évain ?

Dès l’année pastorale 2024-2025, des paroissiens et des confrères prêtres sont inquiets d’un changement d’attitude radical chez don Régis. Désormais, le vocabulaire employé par lui change et des attitudes nouvelles interrogent : usage de termes issus de l’ésotérisme (cette personne est « chargée ») ; refus de serrer la main à de nombreux paroissiens ; dureté de jugement dans ses paroles, qui dénote avec la bienveillance manifestée jusqu’ici.

Il a été question de prières tarifées, est-ce exact ?

Parallèlement, une grande proximité avec Monsieur Joseph Ramothe, a pu être observée par les prêtres et les paroissiens. Certaines paroissiennes sont envoyées chez M. Ramothe, pour y recevoir des prières de guérison, sur les conseils de don Régis. Les prières sont tarifées et don Régis a même réglé une facture émise par M. Ramothe à la place d’une paroissienne. Celle-ci était accompagnée spirituellement par lui et était gênée par le principe d’un règlement financier de telles prières. Plus tard, elle s’est rendu compte de l’inconvenance de ces pratiques et en a informé d’abord la hiérarchie diocésaine de don Régis, puis, plusieurs mois après, le Tribunal Pénal Canonique National. Certaines factures pouvaient aller jusqu’à 150 €.

Par ailleurs, comme plusieurs paroissiennes, cette personne s’est plainte que M. Ramothe ait été au courant de confidences faites à don Régis dans le cadre de l’accompagnement spirituel.

Un malaise croissant s’installe au cœur de la paroisse, au sujet des pratiques de M. Ramothe et du soutien que don Régis lui apporte.

Des paroissiens ont-ils été choqués par l’attitude de don Régis ?

Alors que, jusque-là, il jouissait d’une grande estime auprès de tous, à partir de l’été 2025, de multiples événements marquent un radical changement d’attitude vis-à-vis de certains paroissiens et de ses frères prêtres : interdiction à certains habitués de paraître au presbytère ; interdiction adressée par don Régis à ses confrères prêtres d’accepter l’aide de tel paroissien ou d’admettre des jeunes à servir la messe au seul motif qu’eux ou leurs parents seraient en conflit avec don Régis ; refus d’entendre en confession et d’écouter un étudiant en situation de difficulté, au motif que celui-ci était « chargé », bouleversant profondément cet étudiant ; refus de dialogue avec des personnes qui lui font part de leur étonnement sur l’activité tarifée de Joseph Ramothe ; formules agressives dans sa prédication et ses invitations à la prière « pour chasser les démons de la cathédrale et les personnes qui les y amènent »… Tous ces faits cumulés attristent et choquent de nombreux paroissiens.

Certains de ses confrères prêtres, parmi lesquels don François Reynes, lui ont indiqué leurs désaccords quant à des décisions prises, qu’ils ont pu juger incompréhensibles ou brutales. Ils observent alors que don Régis campe sur ses positions, sans dialogue possible.

Les autorités diocésaines ont-elles pris des mesures concernant ces prières tarifées ?

Le 26 octobre, un décret de Mgr Le Stang est lu à la cathédrale par le chancelier du diocèse : M. Ramothe n’est « ni habilité ni autorisé à démarcher auprès des personnes pour leur proposer des séances de prière facturées », activités qui s’approcheraient de ce qu’on appelle la simonie. M. Ramothe n’est ni attaqué ni sanctionné en raison de sa foi personnelle, dans le décret, mais les visions et révélations qu’il affirme avoir reçues de la Vierge Marie ou des saints ne sont « aucunement » reconnues comme surnaturelles. « L’évêque déclare illégitime toute dévotion, offrande ou rituel demandé par Monsieur Ramothe en se recommandant d’une origine surnaturelle. »

En effet, plusieurs témoins attestent que M. Ramothe leur rapportait les visions et révélations dont il prétendait être bénéficiaire à leur sujet.

Dans la semaine suivant l’annonce du décret, ses confrères et des paroissiens sentent que don Régis prend ses distances avec le décret de l’évêque.

Le décret vise pourtant des prières de guérisons tarifées accomplies par un paroissien, ce qui est une pratique clairement réprouvée par le droit de l’Église. Don Régis les a approuvées, en y envoyant des personnes et en y contribuant financièrement. Il y a plusieurs personnes qui s’estiment victimes et sont blessées par les pratiques de M. Ramothe et le soutien apporté par don Régis. Progressivement, on observe que don Régis continue de soutenir M. Ramothe et s’isole de ses confrères, de l’évêque d’Amiens et des responsables de la Communauté Saint-Martin.

Au long de ces longs mois, d’octobre 2025 à mai 2026, la souffrance de ses confrères au presbytère s’est accrue devant ce qu’ils ont considéré comme l’enfermement et le déni de don Régis.

Les autorités de l’Église ont-elles agi pour œuvrer à un dialogue constructif avec don Régis ?

Au cours du mois de février, don Régis a été reçu par l’évêque d’Amiens et le Modérateur général de la Communauté Saint-Martin. Il n’a pas quitté une position de repli par rapport au décret de l’évêque et n’a pas reconnu ses torts quant au soutien qu’il a apporté aux prières tarifées accomplies par M. Ramothe dans le cadre de son autoentreprise « Jésus Marie Joseph ». À plusieurs reprises, les autorités de la Communauté Saint-Martin (Modérateur général, Assistants généraux) se sont rendues sur place pour engager un dialogue avec lui, en vue de l’aider à prendre conscience des dérives auxquelles il avait pris part, lourdes de conséquences pour le bien des fidèles dont il a la charge.

Don Régis s’est-il opposé aux décisions de l’Église ?

Le 6 mai, est paru, dans Le Courrier picard, un article mentionnant la décision du tribunal concernant la nullité de la procédure pour diffamation portée par Joseph Ramothe contre Mgr Le Stang. L’article s’ouvre ainsi : « L’affaire est pour le moins insolite. Joseph Ramothe, 50 ans, autoentrepreneur amiénois, avait cité devant le tribunal correctionnel d’Amiens l’évêque du diocèse, Gérard Le Stang, et son chancelier Michel Proyard, pour des faits de diffamation. » M. Ramothe avait sollicité plusieurs témoins en sa faveur, parmi lesquels don Régis Évain, qui a donc témoigné par écrit contre Mgr Le Stang, dans le cadre de ce procès, manifestant clairement son opposition à la décision de son évêque.

Qu’est-ce qui a conduit à la décision de nommer don Régis dans une autre mission ?

En raison des plaintes reçues par l’évêque, concernant l’exercice de la mission de curé de don Régis, et de la dégradation profonde des relations avec ses confrères et des paroissiens, il apparaissait tout à fait impossible que don Régis puisse continuer à exercer sereinement ses fonctions de recteur de la cathédrale, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste et responsable de communauté locale de la Communauté Saint-Martin. C’est pourquoi – et seulement pour ces motifs graves – d’un commun accord, l’évêque d’Amiens et le Modérateur général de la Communauté Saint-Martin ont décidé de mettre fin aux fonctions de don Régis Évain, avant le terme prévu de son mandat (2028). Don Régis en est informé et il l’annonce lui-même aux paroissiens à la fin de la messe, le 17 mai 2026. La future mission de don Régis est elle aussi annoncée, ce même 17 mai : il est alors, nommé à mi-temps dans une autre implantation de la Communauté Saint-Martin, à Honfleur, et à mi-temps en études de droit canonique à Paris, ces nouvelles missions devant prendre effet au 1er septembre 2026.

Pourquoi a-t-il fallu prendre un décret pour anticiper le départ de don Régis ?

Devant les difficultés de don Régis à accepter son départ et sa nouvelle mission, ainsi que les tensions persistantes dans la paroisse, un décret a été pris le 21 juin (et notifié à don Régis le 24 juin) pour que soit appliqué l’article 3 de la convention entre le diocèse d’Amiens et la Communauté Saint-Martin, retirant ainsi, sur décision commune de l’évêque et du Modérateur général, à don Régis sa mission. Une lettre du Modérateur général demande à don Régis de quitter les lieux le 10 juillet au plus tard et le rattache à une autre communauté locale, qui est prête à l’accueillir jusqu’au 31 août, avant sa nouvelle mission.

Par ailleurs, au plan du droit de l’Église, constatant que les moyens habituels de la sollicitude pastorale ne pouvaient plus suffisamment rétablir la justice et réparer le scandale, Mgr Le Stang a dû lancer, le 22 juin 2026, une procédure canonique à l’encontre de don Régis Évain. Cette procédure est menée par le Tribunal Pénal Canonique National. C’est pourquoi le Modérateur général a indiqué à don Régis Évain qu’il pourrait être contraint de ne pas pouvoir le nommer en mission à Honfleur et en étude de droit canonique à partir du 1er septembre, devant prendre le temps de discerner, avec lui, les solutions possibles pour l’année à venir.

Au final, l’Église a-t-elle pris assez de temps pour prendre une décision ?

Un temps important a été laissé à don Régis Évain, à la fois par Mgr Le Stang et par la Communauté Saint-Martin, puisqu’il a été maintenu en fonction jusqu’à la fin du mois de juin, alors que le décret lu à la cathédrale datait d’octobre et qu’il participait lui-même, comme témoin, à une procédure intentée contre son évêque. C’était, pour le diocèse et la Communauté, une manière de prendre en compte sa situation personnelle, de ne pas porter atteinte à sa réputation et de lui permettre de reconnaître ses torts dans plusieurs décisions prises ou conseils donnés. Pendant ce temps-là, ses confrères et plusieurs paroissiens ont vécu des situations de souffrance prolongée.

Existe-t-il un lien entre le départ de don Régis et les accusations portées dans la presse contre un prêtre de la cathédrale ?

Dans la presse récente, il est fait état d’une plainte pour agression sexuelle contre don François Reynes, qui a été classée sans suite par le Procureur de la République, en l’absence d’éléments et en présence de contradictions dans les propos de la plaignante, et pour laquelle le Tribunal Pénal Canonique National a estimé qu’il n’y avait pas lieu à poursuite. Le caractère infondé de cette accusation a donc été clairement établi. À l’époque où la plainte avait été déposée, don Régis avait lui-même apporté son soutien et sa confiance à don François Reynes.

Il n’y a donc aucun lien entre cette plainte classée sans suite et la décision de demander à don Régis de quitter sa charge.

La situation vécue à la cathédrale d’Amiens, profondément regrettable, doit être étudiée dans toute sa précision, sans établir de liens indus entre des affaires qui n’en ont pas. Il est donc nécessaire de rétablir la vérité objective des faits, sans chercher à accabler quiconque, dans le seul objectif que la réputation des personnes – prêtres et paroissiens – soit respectée.

Le diocèse d’Amiens et la Communauté Saint-Martin s’attristent de cette situation. Ils prient et soutiennent les fidèles qui en souffrent. Ils veulent travailler à un chemin d’apaisement pour le bien des personnes et de l’Église. »

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