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« Purifiée et transformée par l’Évangile »: le Vatican précise les limites de l’inculturation

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Pour Monseigneur Fortunatus Nwachukwu, une véritable inculturation suppose qu’une culture accepte d’être « purifiée, transformée et ouverte par l’Évangile »

À Rome, la formation des nouveaux évêques est aussi l’occasion d’aborder certaines réalités auxquelles l’Église est directement confrontée sur le terrain missionnaire. Jeudi 3 septembre, Monseigneur Fortunatus Nwachukwu, archevêque nigérian et secrétaire du Dicastère pour l’Évangélisation, s’est adressé aux évêques récemment ordonnés participant aux traditionnels cours de septembre. Son intervention concernait un sujet particulièrement sensible : le tribalisme, le système des castes, le racisme et le régionalisme exclusif au sein même de l’Église. Mais derrière ces phénomènes apparaît une question théologique beaucoup plus vaste : jusqu’où peut aller l’inculturation ?

Monseigneur Fortunatus Nwachukwu

L’inculturation désigne l’enracinement de l’Évangile dans une culture particulière, qui permet à celle-ci d’exprimer la foi avec sa langue, ses sensibilités et certaines de ses traditions. La catholicité n’exige pas que les peuples abandonnent leur identité pour adopter partout une même expression culturelle du christianisme.Mais cette reconnaissance de la diversité comporte une limite fondamentale : une coutume locale ne devient pas chrétienne simplement parce qu’elle est ancienne, profondément enracinée ou constitutive de l’identité d’un peuple.Monseigneur Nwachukwu formule à cet égard un principe particulièrement clair. L’inculturation atteint sa maturité lorsque la culture accepte de se laisser « purifier, transformer et ouvrir par l’Évangile ».

L’ordre des termes est essentiel. Le christianisme peut prendre chair dans des cultures très différentes, mais la parole du Christ ne se trouve pas placée sur le même plan que les coutumes humaines. Celles-ci doivent être respectées dans ce qu’elles portent de vrai, de juste et de beau ; elles doivent également accepter d’être éclairées, corrigées et, lorsque cela est nécessaire, abandonnées lorsqu’elles contredisent l’Évangile ou la dignité de la personne humaine.

L’inculturation trouve ici sa limite et, en même temps, sa véritable grandeur. L’Évangile ne peut être réduit aux dimensions d’une culture particulière. Les coutumes humaines, même respectables, anciennes et profondément enracinées, demeurent nécessairement situées et limitées.

La parole du Christ ouvre au contraire l’homme à une vérité et à une communion qui dépassent les appartenances de naissance, de tribu, de langue ou de région.

Inculturer l’Évangile ne consiste donc pas à l’enfermer dans les catégories d’un peuple, mais à permettre à ce peuple de découvrir, à partir de sa propre culture, toute l’ampleur d’un message qui le dépasse et l’appelle à être transformé. La culture offre à l’Évangile une langue dans laquelle être annoncé ; elle ne lui fournit pas sa mesure. Le tribalisme en fournit précisément un exemple. L’attachement à une communauté, à une région ou à une langue n’est pas condamnable. La rupture intervient lorsque cette appartenance devient supérieure à la communion chrétienne et que « l’un des nôtres » bénéficie d’une préférence simplement parce qu’il appartient au même groupe.

« Une culture évangélisée par le Christ devient capable de donner et de recevoir », affirme l’archevêque. Elle « n’a pas besoin d’ériger des murs pour rester elle-même ».

Cette conception écarte deux écueils opposés : effacer les cultures particulières au nom d’une uniformité catholique, ou, inversement, sacraliser les particularismes jusqu’à soustraire certaines pratiques au jugement de l’Évangile.Une Église particulière possède nécessairement une histoire, une langue et une culture. Mais, prévient Monseigneur Nwachukwu, « elle n’est jamais un fief culturel ». L’identité première du chrétien ne vient finalement ni de son origine, ni de sa langue, ni de son appartenance ethnique : elle vient du baptême et de son appartenance au Christ.

Cette affirmation devient très concrète lorsqu’il s’agit de confier des responsabilités ecclésiales. L’archevêque met notamment en garde contre le syndrome du « fils du sol », selon lequel celui qui est originaire d’un territoire devrait naturellement être privilégié pour le diriger. « La question décisive ne devrait pas être : “D’où vient-il ?”, mais : “Qui est-il ?” », insiste-t-il. La Pentecôte fournit finalement la clé de cette articulation. Les langues n’y disparaissent pas et les peuples ne cessent pas d’être différents, mais tous reçoivent le même Évangile. « Nous ne sommes pas appelés à créer l’uniformité. Nous sommes appelés à empêcher que la pluralité ne se transforme en Babel », résume Monseigneur Nwachukwu.

L’inculturation ne signifie donc ni effacement des cultures ni adaptation indéfinie de la foi aux coutumes locales. Toutes les cultures peuvent recevoir le Christ, mais aucune ne peut prétendre le contenir ni devenir la mesure de sa parole. L’Évangile dépasse les cultures parce qu’il s’adresse à l’homme tout entier et à tous les hommes.

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