Avec 19 sièges annoncés à la Knesset, les partis arabes réalisent une percée historique lors des élections du 27 octobre. Leur progression pourrait bouleverser les équilibres politiques de l’État hébreu, où aucun camp ne dispose désormais d’une majorité Les élections législatives israéliennes du mardi 27 octobre 2026 ont donc fait apparaître une situation politique particulièrement délicate pour Benjamin Netanyahou. Alors que son camp espérait conserver le pouvoir, les résultats provisoires révèlent un recul important de sa majorité sortante et une progression historique des formations arabes.
Une évolution qui pose une question fondamentale : quelle place les citoyens arabes, musulmans et chrétiens, peuvent-ils désormais occuper dans les institutions d’un État qui se définit comme juif ? Son principal adversaire, Gadi Eisenkot, disposerait de 48 sièges avec ses alliés. Aucun des deux camps n’atteindrait donc les 61 sièges nécessaires pour gouverner.
Les deux principales formations arabes, la Liste commune et le Ra’am, totaliseraient 19 sièges, contre 10 précédemment. Un résultat sans précédent qui pourrait leur conférer une influence déterminante dans les négociations gouvernementales. Mais derrière cette progression électorale se cache une réalité politique et religieuse beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Contrairement à ce que pourrait laisser penser leur désignation commune, ces formations ne sont pas toutes des partis religieux et ne représentent pas exclusivement des électeurs musulmans.
La Liste commune, créditée de 12 sièges, rassemble trois formations distinctes : Hadash, Ta’al et Balad. Hadash est une organisation judéo-arabe de gauche, historiquement liée au Parti communiste israélien, qui accueille des militants juifs, musulmans et chrétiens. Ta’al défend principalement les droits civiques et politiques des citoyens arabes, tandis que Balad appartient au courant nationaliste arabe laïque.
C’est précisément dans cette dernière formation que l’on retrouve une figure importante de l’histoire politique des chrétiens arabes : Azmi Bishara. Issu d’une famille chrétienne de Nazareth, cet intellectuel et ancien député israélien a participé à la fondation de Balad en 1995. Son parcours illustre l’engagement de certains chrétiens arabes dans des mouvements politiques non confessionnels, davantage préoccupés par l’égalité civique et l’identité nationale que par la défense d’une appartenance religieuse particulière.
Il n’existe donc pas, parmi ces grandes formations arabes, de parti spécifiquement chrétien. Les chrétiens participent à des organisations politiques plus larges, aux côtés de musulmans et parfois de juifs.
Le Ra’am, crédité de sept sièges et dirigé par Mansour Abbas, présente une identité différente. Issu de la branche sud du Mouvement islamique en Israël, il possède un enracinement religieux musulman affirmé. Son dirigeant privilégie néanmoins une stratégie pragmatique de participation aux institutions, comme l’avait montré son entrée dans la coalition gouvernementale de Naftali Bennett en 2021. Le paradoxe de ces élections apparaît alors clairement : les partis arabes pourraient disposer des voix nécessaires pour faire basculer le pouvoir, mais plusieurs formations du camp opposé à Benjamin Netanyahou refusent de gouverner avec eux. Cette contradiction pourrait prolonger l’impasse politique malgré les résultats du scrutin.
Pour les chrétiens de Terre sainte, cette recomposition mérite une attention particulière. Héritiers de communautés présentes depuis les premiers siècles du christianisme, les chrétiens arabes d’Israël constituent une minorité au sein de la population arabe elle-même. Leur présence politique demeure réelle, mais leurs préoccupations spécifiques, notamment la protection des lieux saints, la liberté religieuse et la pérennité de leurs institutions, ne constituent pas nécessairement les priorités des partis auxquels ils appartiennent.
La progression des formations arabes pourrait-elle contribuer à renforcer leurs droits et leur représentation ? Rien ne permet encore de l’affirmer.
Ce jeudi 29 octobre, alors que le dépouillement des derniers bulletins se poursuit, une chose apparaît néanmoins : les citoyens arabes d’Israël disposent désormais d’un poids parlementaire considérablement renforcé. Reste à savoir si cette influence électorale pourra se transformer en véritable pouvoir politique et quelle place les chrétiens arabes occuperont dans ce nouvel équilibre.


