Alors que le nonce apostolique en France devrait quitter ses fonctions après la visite du pape Léon XIV, prévue du 25 au 28 septembre prochain, de nombreux catholiques espèrent que cette succession marquera un changement d’orientation. À la nonciature apostolique de Paris, une page semble sur le point de se tourner. Arrivé en France en janvier 2020, après une brillante carrière diplomatique qui l’avait conduit notamment auprès des Nations unies, en Pologne et en Russie, Monseigneur Celestino Migliore devrait, selon plusieurs informations concordantes, quitter ses fonctions après le voyage apostolique de Léon XIV en France. Un calendrier qui paraît logique : il lui reviendra d’accompagner jusqu’au terme la préparation diplomatique et ecclésiale de cette première visite du nouveau pape.
Son départ est attendu avec une attention particulière. Car derrière une fonction souvent méconnue se cache l’un des postes les plus influents de l’Église. Le nonce apostolique n’est pas seulement l’ambassadeur du Saint-Siège auprès des autorités françaises.
Il est aussi celui qui consulte prêtres, évêques et laïcs, recueille des avis confidentiels et propose à Rome les candidats appelés à devenir évêques. À ce titre, il contribue largement à dessiner le visage de l’Église de demain.
Lorsqu’il prend ses fonctions en janvier 2020, Monseigneur Celestino Migliore hérite d’une nonciature fragilisée par la fin de mandat mouvementée de son prédécesseur, Monseigneur Luigi Ventura, condamné quelques mois plus tard par la justice française pour des agressions sexuelles, un contexte qui rendait sa mission d’autant plus sensible. Six ans plus tard, c’est pourtant sur un tout autre terrain que son action est aujourd’hui jugée : celui des orientations données à l’épiscopat français et de sa relation avec les différentes sensibilités de l’Église.
Diplomate chevronné, reconnu pour sa discrétion et son expérience internationale, Monseigneur Migliore aura accompagné une part importante du renouvellement de l’épiscopat français. Mais son mandat laisse également un profond sentiment d’incompréhension chez une partie des fidèles, en particulier ceux attachés à la liturgie traditionnelle. À leurs yeux, aucune initiative significative n’est venue témoigner d’une volonté de prendre en considération cette sensibilité, pourtant fidèle au Successeur de Pierre. Au contraire, les années de son mandat se sont inscrites dans la continuité de l’application du motu proprio Traditionis Custodes, qui a fortement restreint l’usage du missel de saint Jean XXIII de 1962. Dans ces milieux, plusieurs nominations épiscopales ont été perçues comme confirmant une ligne peu ouverte aux communautés dites « traditionnelles ».
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Le terme « anti-tradi », fréquemment employé par ces fidèles désigne une attitude ouvertement défavorable envers les communautés célébrant selon la liturgie traditionnelle. Cette perception, qu’on la partage ou non, s’est progressivement installée au fil des années. Pour nombre d’observateurs, la séquence qui a conduit au départ de Monseigneur Dominique Rey restera l’un des épisodes les plus emblématiques du mandat de Monseigneur Celestino Migliore. La suspension des ordinations sacerdotales en 2022, la longue visite apostolique, puis la nomination d’un évêque coadjuteur doté de pouvoirs spéciaux avant la démission de Monseigneur Rey en janvier 2025 ont été interprétées par beaucoup comme le signe d’une volonté romaine de mettre un terme à une expérience diocésaine jugée « atypique ». Si les échanges entre la nonciature et le Saint-Siège demeurent naturellement confidentiels, beaucoup voient dans cette affaire l’illustration de la ligne ecclésiale qui a marqué les années Migliore.
Pourtant à la suite de la crise ouverte avec la Fraternité Saint-Pie X, beaucoup de catholiques attachés à la liturgie traditionnelle, en France mais aussi bien au-delà de nos frontières, espèrent désormais un geste fort de Léon XIV en faveur de la célébration de la messe selon le rite romain traditionnel, c’est-à-dire selon le missel de saint Jean XXIII de 1962. Pour beaucoup, le choix du prochain nonce en France constituera un premier indicateur de cette volonté d’apaisement
Pour autant, les attentes ne concernent pas uniquement la liturgie. L’Église de France traverse une crise profonde : raréfaction des vocations, diminution de la pratique religieuse, difficultés financières, perte d’influence culturelle. Dans ce contexte, les futures nominations épiscopales seront déterminantes pour les décennies à venir. Le choix du successeur de Monseigneur Migliore constituera donc l’une des premières décisions importantes de Léon XIV pour l’Église de France. Beaucoup espèrent que le nouveau pape choisira un nonce capable d’écouter l’ensemble des sensibilités ecclésiales, sans exclusions ni caricatures, et soucieux de restaurer un climat de confiance aujourd’hui fragilisé.


