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« Extrême vigilance » pour l’Assomption : être en danger parce que catholique, est-ce devenu normal en France ?

Laurent Nuñez  ( wiki) - Depositphotos
Laurent Nuñez ( wiki) - Depositphotos
À quelques jours de la fête de l'Assomption, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets de faire preuve d'une « extrême vigilance » autour des lieux de culte chrétiens : Car ce qui paraissait autrefois inimaginable est progressivement devenu une "routine administrative"

Par Philippe Marie

À l’approche du 15 août, l’État français se prépare, une nouvelle fois, à protéger les églises. Selon les informations révélées par Europe 1, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a adressé un télégramme aux préfets leur demandant de faire preuve d’une « extrême vigilance » à l’occasion de la fête de l’Assomption. Cette consigne concerne les offices, les processions, les pèlerinages et l’ensemble des rassemblements organisés autour des lieux de culte chrétiens. Le ministère justifie cette décision par le maintien d’un niveau élevé de la menace terroriste et par un contexte international toujours très tendu. Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette situation.

La France est historiquement la fille aînée de l’Église. Terre de saint Louis, de sainte Jeanne d’Arc, de saint Vincent de Paul, de sainte Thérèse de Lisieux ou encore du Curé d’Ars, elle s’est construite pendant des siècles autour du christianisme. Pendant des générations, les clochers ont rythmé la vie des villages et les processions mariales traversaient les rues sans que personne n’imagine qu’elles puissent nécessiter une protection policière exceptionnelle. Aujourd’hui, cette évidence a disparu.

Il est devenu normal, ou presque, qu’à chaque grande fête chrétienne le ministère de l’Intérieur demande une « extrême vigilance » autour des églises. Pâques, Pentecôte, Noël, l’Assomption… les mêmes consignes reviennent désormais d’année en année. Des policiers sécurisent les processions, des militaires patrouillent devant les cathédrales et des dispositifs filtrent parfois les accès aux sanctuaires. Comment ne pas s’interroger ?

Il y a encore quelques années, ce type de télégramme concernait principalement les synagogues, confrontées à une menace terroriste spécifique qui justifiait pleinement une protection renforcée. Aujourd’hui, les églises sont elles aussi considérées comme des lieux nécessitant une vigilance maximale. Ce simple constat devrait nous empêcher de banaliser la situation.

Car ce qui paraissait autrefois inimaginable est progressivement devenu une routine administrative

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Est-il vraiment normal que, dans un pays qui demeure marqué par deux mille ans de christianisme, des familles aient besoin de la protection des forces de l’ordre pour assister à la messe de l’Assomption ? Est-il normal que participer à une procession mariale conduise désormais les autorités à mobiliser un dispositif sécuritaire exceptionnel ? Les catholiques eux-mêmes mesurent-ils ce que révèle cette évolution ?

Bien sûr, chacun se réjouira de voir policiers et gendarmes assurer la sécurité des célébrations. Leur présence est précieuse et leur engagement mérite d’être salué. Mais précisément : si leur présence est devenue indispensable, c’est que la situation ne l’est pas. Cette vigilance renforcée ne relève pas seulement d’un principe de précaution. Elle traduit la réalité d’une menace jugée suffisamment sérieuse pour que l’État estime nécessaire de protéger l’exercice d’une liberté pourtant fondamentale : celle de pouvoir se rendre à la messe, prier dans une église ou participer à une procession religieuse.

Depuis plusieurs années, les profanations, les incendies criminels, les dégradations, les vols et les agressions visant des lieux de culte ou des fidèles rappellent que les églises ne sont plus épargnées. Sans céder au catastrophisme, il serait tout aussi dangereux de considérer cette situation comme une simple fatalité.

À l’approche de l’Assomption, des millions de catholiques se rassembleront dans les sanctuaires, les paroisses et les lieux de pèlerinage pour honorer la Vierge Marie. Ils pourront le faire grâce au professionnalisme des forces de l’ordre. Mais cette réalité devrait susciter une interrogation collective : lorsqu’il devient nécessaire de placer les églises françaises sous « extrême vigilance » afin que des fidèles puissent simplement vivre leur foi en paix, c’est qu’un seuil a été franchi. Et ce seuil ne devrait jamais devenir, dans la fille aînée de l’Église, une nouvelle normalité.

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