Le 9 juillet dernier, la cathédrale Notre-Dame-de-la-Paix d’Honolulu a inauguré une année jubilaire qui culminera, en juillet 2027, avec la célébration des deux cents ans de l’arrivée des premiers missionnaires catholiques à Hawaï. Plus qu’un simple anniversaire historique, cet événement invite à relire une aventure spirituelle qui témoigne de la fécondité de l’Évangile lorsqu’il est annoncé avec humilité et persévérance. « Pour qu’un arbre pousse, il faut une graine. » Cette image, développée par Monseigneur Clarence Richard « Larry » Silva lors de la messe d’ouverture, résume toute l’histoire de l’Église à Hawaï. Car avant même que les premiers missionnaires ne posent le pied sur ces îles du Pacifique, Dieu préparait déjà les cœurs.
L’évêque d’Honolulu a rappelé que le peuple hawaïen possédait une profonde dimension religieuse, une culture marquée par le sens de la communauté et une véritable ouverture au spirituel. L’arrivée des missionnaires n’a donc pas constitué une rupture brutale, mais l’aboutissement d’une œuvre mystérieuse de la Providence. Comme le montre toute l’histoire biblique, Dieu prépare toujours le terrain avant d’envoyer ses ouvriers.
Lorsque le père Alexis Jean-Augustin Bachelot, religieux français de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, arrive à Honolulu en 1827, il découvre un archipel en pleine mutation. Quelques années auparavant, l’ancien système religieux hawaïen avait été abandonné et les premiers missionnaires protestants américains avaient déjà commencé leur œuvre d’évangélisation. Le jeune prêtre français ne cherche pourtant pas à importer une civilisation étrangère. Il apprend rapidement la langue locale, rédige des catéchismes, compose des livres de prières et participe à l’élaboration d’une grammaire hawaïenne. Son objectif est clair : annoncer le Christ sans effacer l’identité d’un peuple. Une démarche qui illustre ce que l’Église appellera plus tard l’inculturation, c’est-à-dire l’enracinement de l’Évangile au cœur d’une culture plutôt que son remplacement.
Le symbole le plus marquant de cette mission demeure sans doute celui des graines de Prosopis que le père Bachelot avait apportées de France. Plantées à Honolulu, elles donnèrent naissance à des arbres qui se répandirent progressivement dans tout l’archipel.
Pour Monseigneur Silva, cette histoire possède une portée spirituelle évidente. Le missionnaire souhaitait que la foi catholique s’enracine de la même manière : discrètement d’abord, solidement ensuite, durablement enfin. Deux siècles plus tard, cette intuition apparaît pleinement réalisée. Le diocèse d’Honolulu rassemble aujourd’hui 66 paroisses et 23 églises réparties sur les six principales îles habitées de l’archipel. Une présence qui rappelle qu’une œuvre missionnaire ne se mesure pas à l’enthousiasme des débuts, mais aux fruits qu’elle porte au fil du temps.
Dans son homélie, Monseigneur Silva a également replacé ce bicentenaire dans la perspective de toute l’histoire du salut. Alors que l’Église universelle se prépare à célébrer, en 2033, les deux mille ans de la Passion et de la Résurrection du Christ, il a rappelé que Dieu agit toujours avec patience. Avant la venue du Sauveur, Il avait choisi Israël, envoyé les prophètes et préparé son peuple durant des siècles. Il en va de même pour toute évangélisation. Cette réflexion dépasse largement les frontières d’Hawaï. Dans un monde souvent tenté de mesurer l’efficacité de l’Église à l’aune des statistiques, des stratégies de communication ou des méthodes pastorales, l’histoire des premiers missionnaires rappelle une vérité essentielle : c’est la fidélité au Christ qui fait grandir l’Église. Comme une graine enfouie dans la terre, l’Évangile agit souvent dans le silence. Les missionnaires sèment, parfois au prix de grandes épreuves ; Dieu, lui, donne la croissance. Deux cents ans après l’arrivée du père Bachelot, Hawaï en offre une éloquente démonstration. L’histoire de cette jeune Église rappelle que les plus grandes œuvres de Dieu commencent presque toujours par une humble semence confiée à des hommes de foi.


