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« Il a fait l’unanimité » : De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, le pape Léon XIV rassemble au-delà des clivages politiques

Le pape Léon XIV bénissant un enfant lors de son passage place de la Concorde @tribunechretienne
Le pape Léon XIV bénissant un enfant lors de son passage place de la Concorde @tribunechretienne
Alors que certains responsables se sont aussi empressés de venir se montrer à la messe de la Concorde, le phénomène dépasse les stratégies partisanes : pendant quatre jours, le message de l’Évangile s’est révélé assurément plus puissant que bien des idéologies et des clivages

Il fallait attendre la fin de ces quatre journées pour mesurer aussi cet aspect du voyage. Léon XIV n’a pas seulement rassemblé des foules considérables à Paris, Lourdes et Metz. Il a réussi quelque chose de devenu particulièrement difficile dans une France politiquement fragmentée : être entendu et respecté par des responsables appartenant à des familles politiques profondément opposées. Le contraste est d’autant plus remarquable que le pape n’est pas venu en France en évitant les sujets sensibles.

Dès l’Élysée, devant Emmanuel Macron, Léon XIV a rappelé que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a dénoncé la gestation pour autrui, les manipulations génétiques et « l’offre d’une mort programmée ». Il a également défendu la présence des croyants dans la cité, rappelant qu’un chrétien engagé dans la vie publique ne saurait être considéré comme « un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie ». Sur plusieurs de ces sujets, le désaccord avec une partie importante de la classe politique française est profond. Pourtant, aucune polémique majeure n’est venue engloutir le voyage.

Les voix critiques n’avaient pourtant pas totalement disparu avant son arrivée. Alexis Corbière avait notamment appelé à ne pas « abandonner nos principes laïques », contestant la mobilisation des services de l’Assemblée nationale autour de la messe de la Concorde et la subvention de 250 000 euros votée à Metz pour l’installation d’écrans géants. D’autres critiques avaient également ressurgi autour de la laïcité et de la place prise par l’événement dans l’espace public. Elles auront finalement peu pesé face à l’ampleur populaire de la visite.

De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon

Les responsables politiques ont naturellement retenu du pape des aspects différents de son message.

Bruno Retailleau a insisté sur les racines chrétiennes de la France. Édouard Philippe a salué un message de dialogue, de paix et d’espérance. Jordan Bardella a souhaité que la visite constitue un moment de joie et d’espérance pour les catholiques et un message de fraternité adressé à l’ensemble des Français. À gauche, le ton fut différent, mais pas nécessairement hostile. Jean-Luc Mélenchon avait souhaité la bienvenue au souverain pontife et exprimé son respect pour le « leadership spirituel » qu’il incarne, tout en précisant qu’il n’assisterait pas pour autant à la messe. Fabien Roussel a notamment retenu les appels du pape à la paix, au dialogue, au multilatéralisme et à la diplomatie.

Il ne s’agit évidemment pas d’une unanimité autour de la doctrine catholique. Elle n’existe pas. Mais le respect pour la parole et la figure du pape a largement dépassé les frontières partisanes.

La grande messe parisienne du samedi 26 septembre en a donné l’image la plus spectaculaire. Autour de la même célébration se retrouvaient notamment Sébastien Lecornu, Brigitte Macron, Nicolas Sarkozy, Gérard Larcher, Yaël Braun-Pivet, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Dominique de Villepin, Marine Le Pen, Jordan Bardella, Valérie Pécresse ou encore François Fillon. À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, rares sont désormais les événements capables de réunir physiquement un spectre aussi large de la vie politique française.

Naturellement, la présence de tant de responsables à une célébration suivie par une foule immense n’était pas dépourvue d’enjeux d’image. Certains étaient aussi venus se montrer à la Concorde, conscients de la puissance symbolique de l’événement. Mais réduire leur présence à cette seule dimension serait passer à côté de l’essentiel : tous se trouvaient confrontés à une parole qui ne se laissait récupérer entièrement par aucun parti. Gabriel Attal a lui-même qualifié la visite de « moment important pour le pays », estimant que les foules rassemblées révélaient « un besoin de communion et de rassemblement ». La remarque mérite attention. Au-delà de l’adhésion religieuse, cette immense manifestation catholique semble avoir révélé une aspiration à l’unité dans un pays habitué à se regarder d’abord à travers ses fractures.

Plus significatif encore, les rares passes d’armes politiques suscitées par le voyage n’ont pas véritablement visé Léon XIV. Elles ont davantage porté sur ceux qui entendaient se réclamer de son message.

Olivier Faure a ainsi ironisé sur la présence à la messe de responsables du Rassemblement national après que le pape eut défendu l’accueil et la dignité des migrants. Le paradoxe est révélateur : le premier secrétaire du Parti socialiste ne contestait pas la parole du pape, il s’en servait comme argument dans le débat politique français. C’est probablement là que réside l’une des singularités politiques du voyage.

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Les uns ont retenu de Léon XIV sa défense de la vie, de la famille, des racines chrétiennes de la France et de la liberté religieuse. Les autres ont davantage insisté sur ses paroles concernant les migrants, la paix, le multilatéralisme, la fraternité ou le désarmement. Mais Léon XIV ne s’est laissé enfermer dans aucun de ces camps. Aux uns, il a rappelé la dignité intangible de toute vie humaine, les limites morales de la technique et la légitimité de la présence des croyants dans la société. Aux autres, il a parlé de l’accueil de l’étranger, de la fraternité, de la paix et du refus de la violence.C’est précisément parce que la doctrine sociale de l’Église ne se superpose parfaitement à aucun programme partisan que chacun a pu entendre chez Léon XIV une parole qui lui était familière, avant parfois d’en rencontrer une autre venant contredire ses propres convictions.

Le pape n’a donc pas obtenu cette réception en atténuant son message. La défense de la vie de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, le rejet de l’euthanasie et de la GPA, la conception chrétienne de la famille ou encore la place de la religion dans la société ne sont pas des sujets consensuels dans la France de 2026. Mais il les a abordés sans entrer dans le jeu politique français et sans transformer sa visite apostolique en tribune partisane. Le pape parle au politique sans devenir un acteur de la compétition politique. Il rappelle des principes, interpelle les consciences et replace les décisions humaines devant une conception de la personne, du bien commun et de la dignité humaine qui appartient à la doctrine sociale de l’Église.

Dans un pays déjà tourné vers l’élection présidentielle de 2027 et habitué aux affrontements permanents, le phénomène mérite d’être relevé. Pendant quatre jours, Léon XIV n’a pas aboli les désaccords français. Il les a même parfois exposés avec une grande netteté. Mais il a réussi à faire entendre une parole qui ne se confondait avec aucun camp et que, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, des responsables que presque tout oppose ont choisi de considérer avec respect. Après les foules de Paris, Lourdes et Metz, c’est peut-être l’une des autres images fortes laissées par ce voyage : celle d’un pape capable de parler à une France profondément divisée sans devenir lui-même un nouveau motif de division. Et, au-delà des calculs, des récupérations et des stratégies politiques, de rappeler une évidence chrétienne : les idéologies passent, tandis que la parole de l’Évangile continue d’interroger les consciences.

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