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[INTERVIEW TRIBUNE CHRETIENNE] « Le pape Léon XIV a montré son implication émotionnelle dans le spectacle »: le directeur artistique de la veillée du Stade de France témoigne

veillée au stade de France @antoinebreese - Jean-Baptiste Darantière @tribunechretienne
veillée au stade de France @antoinebreese - Jean-Baptiste Darantière @tribunechretienne
Jean-Baptiste Darantière, directeur artistique de cette soirée exceptionnelle, raconte la genèse de la veillée du Stade de France et répond aux critiques qu’elle a suscitées

Propos recueillis par Phillippe Marie

Suite à la grande veillée du Stade de France, qui a rassemblé 80 000 jeunes autour du pape Léon XIV, Jean-Baptiste Darantière, directeur artistique de cette soirée exceptionnelle, répond aux questions de Tribune Chrétienne. Il revient sur la conception de l’événement, explique ses choix artistiques et spirituels, évoque la présence de la Sainte Tunique du Christ et répond aux critiques suscitées par le spectacle. Il nous confie également les imprévus de cette soirée et l’émotion qu’il conserve de sa rencontre avec le Saint-Père.

Jean-Baptiste Darantière, vous avez assuré la direction artistique et la mise en scène de la grande veillée du Stade de France, qui a réuni 80 000 jeunes autour du pape Léon XIV. Quand avez-vous été sollicité pour cette mission et comment avez-vous réussi à concevoir et préparer un événement d’une telle ampleur en si peu de temps ?

J’ai été sollicité au mois de juin 2025 par l’équipe de pilotage de la veillée avec le pape, qui m’a rappelé le 5 juillet pour me confirmer qu’elle souhaitait me confier la création, la direction artistique et la mise en scène de la grande veillée avec le pape au Stade de France. J’ai eu à peu près quinze jours pour créer une trame de quatre heures trente, car il fallait ensuite la présenter à la délégation du Vatican qui venait visiter le Stade de France. Nous avons alors disposé de deux mois et demi de préparation pour réussir à être prêts à temps. Une véritable course contre la montre.

Comment avez-vous vécu les dernières heures avant l’arrivée du Saint-Père ?

De façon très stressante, évidemment, avec beaucoup de tension et de concentration. Quatre heures trente de soirée, 80 000 spectateurs présents au Stade de France, le Saint-Père et une diffusion en mondovision devant des millions de téléspectateurs : une pression considérable avant d’entamer la soirée.

Cette veillée a nécessité des moyens humains, financiers et techniques considérables. Avez-vous une idée du budget mobilisé pour son organisation, notamment pour le feu d’artifice qui a clôturé la soirée ? Celui-ci était-il prévu dès le départ et comment l’ensemble de cet événement a-t-il été financé ?

Je n’ai pas d’idée précise du coût, puisque ce n’est pas moi qui assure la production financière de l’événement. Ce qui est certain, c’est que cela a représenté un budget important. Dès le départ, il y avait la volonté de mettre en place un feu d’artifice, et je le souhaitais également. Il figurait dans ma première proposition, à la fois pour clôturer la partie spectacle et pour conclure la soirée. Il était donc prévu dès le départ. En revanche, il m’est très difficile de vous dire quel coût exact cela a représenté. Ce qui est certain, c’est que l’événement est financé exclusivement par les dons des uns et des autres. J’espère donc que, si la soirée a plu, les gens seront nombreux à apporter leur soutien financier au diocèse de Paris, qui a offert cette belle soirée à tous.

Vous avez choisi de consacrer une partie importante de cette veillée aux saints de France et à notre héritage chrétien. Comment avez-vous imaginé cette mise en scène et construit son récit ? Qui a écrit les textes et comment ont-ils été validés par les autorités ecclésiastiques ?

Il ne faut pas considérer la partie spectacle de façon indépendante. C’est d’ailleurs une remarque qui revient souvent : on parle beaucoup du spectacle, mais celui-ci fait partie d’un tout. Si nous n’étions pas d’abord passés par un hommage aux cloches de France et à leur place dans la liturgie et dans la vie de chaque chrétien, par la France des pèlerinages et des sanctuaires, puis par la France des vocations, le spectacle n’aurait pas eu la même saveur, la même puissance ni la même portée. C’est le premier point.

Le deuxième point concerne l’histoire des saints. Je n’ai pas souhaité réaliser un spectacle historique ni suivre une chronologie précise. L’idée était moins de faire un spectacle historique qu’un spectacle sur les saints et sur ce qu’ils ont vécu, afin de montrer que les questions et les inquiétudes de notre temps ont déjà été vécues, traversées et surmontées par les saints à travers les siècles. Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne sont donc pas nouveaux. L’idée était précisément de montrer cette transmission à travers les siècles et de rappeler que les saints d’aujourd’hui s’inscrivent dans l’héritage des saints qui les ont précédés.

Concernant les textes, je les ai écrits moi-même, puis je les ai évidemment soumis au comité de pilotage, au diocèse de Paris, à la Conférence des évêques de France et au Vatican. Il y a eu de multiples validations, dans différentes langues, d’où la nécessité d’avoir un texte relativement simple. Nous ne sommes pas dans une grande fresque cornélienne : il faut être efficace et aller à l’essentiel.

Au-delà de cela, je n’ai pas nécessairement cherché à démontrer quelque chose. Je ne voulais pas tomber dans une forme de chauvinisme qui aurait pu être mal perçue à l’étranger. En revanche, lorsque j’ai commencé à écrire, il était important pour moi de faire découvrir aux Français eux-mêmes que la France était le deuxième pays au monde à avoir donné le plus de saints à l’Église. Je trouvais cela extrêmement fort et puissant, d’autant plus que cette information est largement méconnue.

Je pense que c’est une place qu’il nous faut conserver en donnant encore beaucoup de saints à l’Église. Je trouvais intéressant de montrer cela à nos contemporains, qu’ils assistent au spectacle sur place ou à la télévision. C’était également un clin d’œil sympathique à adresser au Saint-Père, sans tomber pour autant dans un chauvinisme malvenu.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/interview-le-pape-leon-xiv-a-montre-son-implication-emotionnelle-dans-le-spectacle-le-directeur-artistique-de-la-veillee-du-stade-de-france-temoigne/

Votre participation à cette veillée a suscité des critiques. Certains ont notamment comparé votre mise en scène aux spectacles du Puy du Fou, tandis que d’autres ont estimé que la dimension spectaculaire risquait de prendre le pas sur la dimension spirituelle de l’événement.

Concernant les critiques, le chien aboie et la caravane passe. Les critiques formulées par des personnes qui ne connaissent pas mon travail, ne l’ont jamais vu et se permettent de le juger avant même la fin de la veillée ne me semblent avoir ni beaucoup d’intérêt ni beaucoup de pertinence. Sur l’aspect « Puy du Fou », j’ai plutôt tendance à les prendre comme un compliment.

Je trouve même que c’est plutôt une critique envers le Puy du Fou, dans la mesure où celui-ci possède un niveau largement supérieur, avec davantage de temps pour préparer ses spectacles et sans doute un budget plus important. Il est donc extrêmement réducteur de dire que le Puy du Fou ressemble à la veillée. En revanche, dire que la veillée ressemble au Puy du Fou est un sacré compliment que j’accepte bien volontiers.

Enfin, concernant l’idée que le spectacle puisse prendre le pas sur la dimension spirituelle, je ne suis absolument pas d’accord. Au contraire, je considère que le spectacle est un moyen d’expression artistique qui permet d’ouvrir les cœurs. Ensuite, ce n’est pas nous qui agissons, c’est le bon Dieu qui fait le reste. Notre travail de scénariste, de metteur en scène et de directeur artistique consiste précisément à favoriser une écoute attentive du cœur à ce que le bon Dieu, le pape et les enseignements de l’Église ont à lui dire.

Cela passe par une émotion qui, certes, peut être fugace, mais qui peut permettre à de grandes choses de se produire dans la vie de chacun. Je ne vois donc absolument pas le spectacle comme une opposition frontale à la spiritualité. Au contraire, je pense qu’ils sont intimement liés.

L’un des moments les plus saisissants de cette veillée a été la présentation de la Sainte Tunique du Christ, lorsque le Stade de France est passé de l’effervescence au recueillement. Comment est née l’idée de faire venir cette relique exceptionnelle ?

Concernant la Sainte Tunique du Christ, une grande question se posait : comment parvenir à introduire un moment de sacralité au cours de la soirée ? Il avait été impossible, pour un certain nombre de raisons, d’organiser une adoration du Saint-Sacrement. Il fallait donc trouver un élément, une séquence qui permette véritablement de mettre tout le monde en prière, y compris le Saint-Père. Nous avons alors réfléchi à la relique que possédait la France et qui pourrait apporter cette dimension sacrée.

Dans un premier temps, j’ai proposé la Sainte Couronne d’épines. Mais celle-ci ayant déjà été vénérée par le Saint-Père et présentée à la télévision à l’occasion des vêpres qui avaient eu lieu juste avant, ce n’était pas la meilleure option. Assez rapidement, l’idée de la Sainte Tunique s’est imposée. Elle est moins connue et rarement exposée, puisqu’elle ne l’est que tous les vingt-cinq ans. Nous avons donc fait le pari un peu fou de tenter le tout pour le tout. Et nous avons bien fait, puisque les portes se sont ouvertes les unes après les autres pour nous permettre d’avoir la Sainte Tunique présente au Stade de France, ce qui, je pense, a été une grâce absolument immense.

En revanche, mon objectif n’était surtout pas de présenter la Sainte Tunique en même temps que le spectacle et les chants. D’où ma volonté de placer un voile sur le reliquaire et de maintenir un rideau pendant toute cette partie de la soirée. Il ne s’agissait pas de l’oublier, mais de faire en sorte qu’elle ne soit pas au centre de l’attention dès le départ. Je trouvais en effet la cohabitation entre la partie festive, le spectacle, les chants et les concerts, d’une part, et la partie plus priante, d’autre part, peu évidente et peu propice au recueillement. Nous avons donc travaillé pour que la Sainte Tunique soit dévoilée à un moment précis, bien qu’elle ait été présente sur la scène depuis le début de la soirée.

Jean-Baptiste Darantière @tribunechretienne

Avec le recul, pouvez-vous nous raconter ce que les 80 000 personnes présentes au Stade de France n’ont pas vu ?

Sur une veillée de cette ampleur, les imprévus sont évidemment nombreux et permanents. Il y a énormément de choses que les spectateurs n’ont pas vues, certaines joyeuses, d’autres un peu moins. Nous sommes parfois obligés de couper certains chants ou certains couplets en direct pour raccourcir les séquences, parce que le temps défile trop vite ou qu’un intervenant a pris davantage de temps que prévu. Il faut également résoudre des problèmes techniques à la dernière minute. J’ai déjà eu l’occasion de parler de la sortie improvisée du pape qui, cinq minutes avant la fin de la cérémonie, a demandé à sortir par le centre, afin de passer sur la scène centrale pour saluer les jeunes chrétiens présents. Cela nous a obligés à installer 280 mètres de barrières en quelques minutes à peine. C’est le genre d’événement inattendu qui est propre à notre métier et qui lui donne une saveur particulière, une fois le stress dissipé.

Enfin, au-delà des défis artistiques et techniques, quel souvenir personnel garderez-vous de cette soirée avec Léon XIV et de ses paroles spontanées adressées à la jeunesse française ?

Personnellement, je garderai de cette soirée avec Léon XIV le souvenir d’une grande paix. Une grande paix lorsqu’il est arrivé, mais aussi une grande émotion. Et plus le temps passe depuis cette soirée, plus l’émotion qui domine pour moi est celle d’une forme de validation qu’il a donnée à mon travail, à ce que j’ai pu réaliser, avec ce cri spontané : « Vous êtes les saints de France ». Lorsqu’il s’est adressé aux jeunes en prononçant ces paroles, nous savons qu’elles ne figuraient pas dans son texte et qu’elles étaient spontanées. C’est d’autant plus touchant qu’il les a prononcées à la fin du spectacle. Cela montre l’implication émotionnelle qu’il a pu avoir dans le spectacle et l’écho que celui-ci a trouvé en lui.

C’est évidemment quelque chose d’extrêmement précieux et touchant pour le créateur de spectacles que je suis : constater que les émotions peuvent toucher tout le monde, que même le chef de l’Église peut s’émouvoir d’un travail convenablement réalisé, qui parle d’une réalité, celle des saints de France et de ce qu’ils nous enseignent.

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