Depuis 2000 ans

Le Liban abolit la peine de mort : un vote historique malgré l’opposition du Hezbollah

Vue aérienne du port de Beyrouth- Depositphotos
Vue aérienne du port de Beyrouth- Depositphotos
Le Liban devient ainsi le premier pays du Moyen-Orient à abolir officiellement la peine de mort, donnant à ce vote une portée historique qui dépasse largement les frontières du pays du Cèdre

Réuni ce mardi 11 août 2026, le Parlement libanais a adopté la proposition de loi abolissant la peine de mort, mettant ainsi fin juridiquement à une pratique qui n’était déjà plus appliquée depuis plus de deux décennies. Comme le rapporte L’Orient-Le Jour dans son suivi de la séance parlementaire, le texte a suscité des oppositions, notamment de la part des députés du Hezbollah. Le ministre libanais de la Justice, Adel Nassar, a au contraire salué une « étape historique », estimant que cette décision permettait au Liban de retrouver un rôle pionnier dans la région en matière de droits humains.

La réforme prévoit de substituer à la peine capitale la réclusion à perpétuité assortie de travaux forcés aggravés. Le vote revêt une portée considérable dans une région où la peine de mort demeure inscrite dans la législation de nombreux États. Le Liban vivait depuis longtemps dans une situation particulière. La peine capitale demeurait légalement applicable et les tribunaux pouvaient continuer à prononcer des condamnations à mort, mais aucune exécution n’avait eu lieu depuis le 17 janvier 2004. Ce jour-là, trois hommes condamnés pour meurtre avaient été exécutés.

Le vote du 11 août transforme donc un moratoire de fait vieux de vingt-deux ans en abolition inscrite dans la loi.

Cette évolution est l’aboutissement d’un combat ancien. Parmi ses principales figures apparaît notamment la sociologue et militante libanaise Ogarit Younan, engagée depuis près de trois décennies pour obtenir l’abolition. Interrogée par L’Orient-Le Jour après le vote, elle a salué un « moment historique ». La décision n’est pourtant pas consensuelle. Outre le Hezbollah, des parlementaires du Courant patriotique libre ainsi que le député Jihad Samad se sont opposés à l’abolition. L’ancien ministre de la Justice Ibrahim Najjar a cependant souligné un élément important : le clivage apparu au Parlement ne saurait être simplement réduit à une opposition entre communautés religieuses.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/deux-francais-entrent-au-conseil-pour-leconomie-du-vatican/

Pour les catholiques, cette décision possède nécessairement une résonance particulière

Cependant pour les catholiques, le vote libanais possède une résonance particulière. Le christianisme appartient intimement à l’histoire du pays du Cèdre et l’Église maronite y conserve une place institutionnelle et religieuse majeure. En son temps, Saint Jean-Paul II avait déjà marqué une étape décisive avec l’encyclique Evangelium vitae, publiée le 25 mars 1995. Le pape polonais y soulignait que, compte tenu des moyens dont dispose l’État moderne pour protéger la société, les cas où l’exécution d’un coupable serait absolument nécessaire étaient désormais « très rares, sinon même pratiquement inexistants ». Cette évolution sera expressément rappelée en 2018 par la Congrégation pour la Doctrine de la foi lors de la modification du Catéchisme.

Le pape François est allé plus loin. Le 11 octobre 2017, à l’occasion du 25e anniversaire de la promulgation du Catéchisme de l’Église catholique, il affirme que la peine de mort porte atteinte à la dignité humaine. C’est à sa demande que la formulation du paragraphe 2267 du Catéchisme est officiellement modifiée l’année suivante. Le nouveau texte, approuvé par François et promulgué le 1er août 2018, affirme désormais : « La peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ». Il ajoute que l’Église « s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde ».

Cette évolution doctrinale ne signifie nullement que l’Église renonce à l’exigence de justice ou minimise la gravité du crime. La lettre adressée aux évêques par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 1er août 2018 rappelle au contraire le cheminement du Magistère et insiste sur un principe fondamental : « la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves ». L’autorité publique conserve donc le devoir de protéger les innocents, de poursuivre les criminels et de prononcer des peines proportionnées. Mais l’Église considère désormais que les systèmes pénitentiaires contemporains permettent d’assurer cette protection sans retirer définitivement au condamné la possibilité de se repentir. C’est précisément l’un des arguments retenus dans la nouvelle rédaction du Catéchisme.

La question touche ici à quelque chose de profondément chrétien. Le coupable demeure responsable du mal qu’il a commis et doit en répondre devant la justice des hommes. Mais il demeure également une créature de Dieu, appelée jusqu’à son dernier souffle au repentir, à la conversion et, ultimement, au salut.

Dans le cas du Liban, cette décision acquiert une force symbolique supplémentaire. Le pays a payé un prix immense à la violence, avec la guerre civile de 1975 à 1990, les assassinats politiques, les attentats, les affrontements armés et les conflits régionaux qui ont régulièrement ensanglanté son territoire. C’est dans cette terre profondément éprouvée que le Parlement vient de décider, le 11 août 2026, que la mort ne constituerait désormais plus une sanction pénale. Le Liban devient ainsi le premier pays du Moyen-Orient à abolir officiellement la peine de mort, donnant à ce vote une portée qui dépasse largement les frontières du pays du Cèdre.

Pour les catholiques, cette décision renvoie finalement à l’une des exigences les plus difficiles de la défense de la vie : reconnaître la dignité de la personne humaine non seulement chez l’innocent, mais jusque chez celui qui a commis le pire. Une conviction que l’Église fonde sur une anthropologie précise : la dignité de l’homme n’est pas accordée par l’État et ne disparaît pas avec le crime. Comme le rappelle le Catéchisme depuis le 1er août 2018, elle subsiste « même après avoir commis des crimes très graves ».

Recevez chaque jour notre newsletter !