En recevant les évêques italiens à l’occasion de l’assemblée de la Conférence épiscopale italienne, le pape Léon XIV a livré un discours particulièrement attendu sur l’avenir du chemin synodal en Italie et sur les défis auxquels l’Église est aujourd’hui confrontée dans une société marquée par la sécularisation, la fragmentation sociale et la perte des repères spirituels. Le Saint-Père a d’abord dressé un constat lucide sur les difficultés traversées par les communautés chrétiennes. Évoquant « la fatigue, la fragmentation et la solitude » qui marquent notre époque, il a reconnu que de nombreuses paroisses peinent désormais à transmettre la foi et à rejoindre les nouvelles générations.
Mais loin d’adopter un ton pessimiste, Léon XIV a invité les évêques à porter un regard spirituel sur la réalité contemporaine. Reprenant l’image évangélique de la moisson, il a déclaré : « Jésus, en regardant les foules, ne voit pas un problème à résoudre, il voit une moisson. » Le pape a ensuite insisté sur ce qu’il considère comme la priorité fondamentale de l’Église : remettre l’Évangile au centre de la vie chrétienne et de l’action pastorale. Citant saint François d’Assise, l’Evangelii nuntiandi de saint Paul VI ainsi que l’Evangelii gaudium du pape François, il a rappelé que « c’est de l’Évangile que naît la foi ».
Une large partie de son intervention a été consacrée au chemin synodal engagé depuis plusieurs années par l’Église en Italie. Léon XIV a encouragé les évêques à poursuivre ce travail de discernement et de participation ecclésiale, tout en appelant à une grande vigilance sur la manière de concevoir les réformes : « Il ne s’agit pas d’imiter des schémas organisationnels extérieurs, ni de tout réduire à l’efficacité administrative », a-t-il affirmé.
Cette phrase, parmi les plus commentées du discours, apparaît comme un avertissement clair contre une vision trop technocratique du synode. Le pape a expliqué que les réformes ecclésiales ne pouvaient être pensées uniquement à partir de critères de gestion, d’efficacité ou d’organisation institutionnelle.
Selon lui, les structures de l’Église doivent demeurer ordonnées à la mission spirituelle et à l’annonce de l’Évangile. « L’organisation de la Conférence épiscopale doit être modelée à la lumière des exigences de la mission et des conditions historiques nouvelles », a-t-il précisé.
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À travers ces paroles, Léon XIV semble vouloir rappeler que le chemin synodal ne peut être réduit à une simple adaptation sociologique de l’Église aux évolutions du monde contemporain. Le pape insiste au contraire sur la nécessité de préserver la nature propre de l’Église, sa dimension spirituelle, sacramentelle et missionnaire. Le Saint-Père a également mis en garde contre une lecture purement quantitative de la vie ecclésiale. « Le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la fécondité de l’Église avec les critères du nombre, de la visibilité ou de l’influence », a-t-il affirmé, avant d’évoquer « la logique de la petitesse » comme « la véritable force de l’Église ».
Dans son discours, Léon XIV a aussi insisté sur l’importance de l’initiation chrétienne, du baptême et de la vie communautaire
Selon lui, la transmission de la foi repose avant tout sur des communautés capables de prier, d’écouter et d’accompagner. « La foi se transmet et grandit là où il existe des communautés vivantes et accueillantes », a-t-il déclaré, évoquant également des communautés où « les familles ne sont pas laissées seules » et où « les pauvres ne sont pas des destinataires extérieurs d’un service ». Le pape a par ailleurs appelé les évêques italiens à développer une véritable culture de l’écoute : écoute de la Parole de Dieu, écoute du Peuple de Dieu et écoute des « signes des temps ». Cette attitude demeure, selon lui, indispensable pour que les communautés chrétiennes restent des lieux de discernement et de mission.
En conclusion, Léon XIV a exhorté les évêques à avancer avec « le courage de l’essentiel ». Parmi les priorités évoquées figurent une catéchèse enracinée dans la vie chrétienne, des paroisses « accueillantes et missionnaires », ainsi qu’une attention particulière portée aux jeunes et aux pauvres : « Le courage d’écouter les jeunes sans apprivoiser leurs questions », a notamment déclaré le pape dans l’un des passages marquants de son intervention. Au-delà du seul contexte italien, Le pape trace une ligne claire : une Église appelée à écouter davantage et à marcher ensemble, mais sans perdre sa nature propre ni se transformer en simple structure administrative.
Texte intégral du Pape Léon XIV
Traduction TC
« Très chers frères dans l’épiscopat, bonjour !
Merci, Éminence, pour les paroles que vous m’avez adressées. J’adresse un salut cordial à tous ceux qui ont été élus pour exercer un service au sein de la Conférence épiscopale, en particulier au vice-président, ainsi qu’à chacun de vous. Par votre intermédiaire, je souhaite exprimer mon affection à toutes les Églises qui sont en Italie, aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux familles, aux catéchistes, aux éducateurs, aux jeunes, aux personnes âgées, aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui vivent la foi dans la simplicité du quotidien et à ceux qui, peut-être sans le savoir, portent dans leur cœur une soif de Dieu.
C’est ce qu’il nous est donné de constater de multiples manières, même à une époque comme la nôtre, marquée par la complexité. Je l’ai expérimenté directement lors de mes récentes visites à Pompei, Naples et Acerra. De nombreux signes nous parlent de fatigue, de fragmentation, de solitude. Dans nos communautés, nous pouvons parfois ressentir la difficulté de transmettre la foi, la peine à rejoindre les nouvelles générations. Mais l’Évangile nous réveille. Jésus, en regardant les foules, ne voit pas un problème à résoudre, il voit une moisson, il voit le champ de Dieu : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ! » (Lc 10,2). Semeur infatigable, Dieu sort chaque jour dans le monde et répand généreusement dans les cœurs le désir de l’infini, d’une vie pleine, d’un salut qui libère. Oui, grâce à Dieu, la moisson est grande. Notre première tâche est celle-ci : faire nôtre le regard du Seigneur. Ne pas seulement nous lamenter sur les terrains durcis ni nous arrêter uniquement aux statistiques, mais savoir voir, avec les yeux du Ressuscité, la récolte que Dieu lui-même nous prépare.
Très chers frères, que l’Esprit Saint nous donne des cœurs brûlants de l’élan du Christ ; et qu’il suscite de nombreux et saints ouvriers pour travailler avec nous.
Alors, avec ce regard, la priorité est l’Évangile : saint François d’Assise nous le dit, huit cents ans après son passage au Ciel ; l’Evangelii nuntiandi de saint Paul VI et l’Evangelii gaudium du pape François nous le rappellent. Car c’est de l’Évangile que naît la foi, comme rencontre vivante avec le Christ mort et ressuscité, présent dans son Église. Aujourd’hui, dans le contexte où nous sommes appelés à agir, confrontés à d’autres visions de la vie et à des défis anthropologiques inédits, remettre l’Évangile au centre est le don qui donne de l’enthousiasme à notre vie d’évêques et l’urgence qui nous pousse.
Nous sommes donc appelés à nous demander : quel visage de Dieu laissons-nous transparaître dans la prédication, la catéchèse, la liturgie, la charité, la vie de nos communautés ? Comment favorisons-nous la rencontre avec le Christ et que signifie aujourd’hui, pour nous et pour nos Églises, initier d’autres personnes à la vie chrétienne ? Ce sont des questions que, comme pasteurs, nous devons toujours nous poser, sans jamais les considérer comme acquises.
D’où l’attention renouvelée portée à l’initiation chrétienne, qui ne peut être pensée uniquement comme une préparation aux sacrements. Elle est le « sein maternel » dans lequel une communauté engendre à la foi et introduit dans la vie pascale, dans la communion avec le Seigneur, dans la fraternité ecclésiale. Il s’agit de redécouvrir le baptême comme une réalité vivante et existentielle ; et « il n’est pas possible de comprendre pleinement le baptême en dehors de l’Initiation chrétienne, c’est-à-dire du chemin par lequel le Seigneur, par le ministère de l’Église et le don de l’Esprit, nous introduit dans la foi pascale et nous insère dans la communion trinitaire et ecclésiale » (Document final de la XVIe Assemblée du Synode des évêques, 24). Il s’agit là d’une insistance très importante de la plus récente Assemblée du Synode des évêques, parce qu’elle situe le chemin qui s’ouvre avec le baptême à l’intérieur d’une Église qui croit, célèbre, accompagne, engendre. Une Église qui, tout en se réjouissant avec émerveillement devant les catéchumènes jeunes et adultes, est ensuite capable de soutenir leur persévérance après l’élan initial.
La foi se transmet et grandit là où il existe des communautés vivantes et accueillantes, capables de prier et d’écouter ; des communautés dans lesquelles la Parole de Dieu ne reste pas en marge, mais éclaire les choix ; où l’Eucharistie est réellement source et sommet ; où les pauvres ne sont pas des destinataires extérieurs d’un service, mais des frères et des sœurs à travers lesquels le Seigneur nous parle ; où les jeunes sont des visages, des voix et des histoires avec lesquels dialoguer ; où les familles ne sont pas laissées seules et où les blessures ne sont pas cachées, mais portées devant le Seigneur avec humilité ; où la foi devient un engagement concret dans la société, dans la politique, dans la culture.
C’est précisément pour cela que nous, évêques, sommes appelés à une écoute profonde : écouter la Parole de Dieu, écouter le Peuple de Dieu, puis écouter les signes des temps, écouter aussi ce qui remet en question nos habitudes pastorales. Là où l’écoute est vraie, la communauté ne se referme pas sur elle-même, mais devient un lieu de discernement et de mission et, pour cela, sait se renouveler.
Tel est le sens du Chemin synodal que vous avez mené à son terme et qui, comme vous l’avez souligné, doit désormais devenir un style permanent. Le Concile Vatican II nous a rappelé qu’il a plu à Dieu de sanctifier et de sauver les hommes non pas séparément et sans lien entre eux, mais en faisant d’eux un peuple qui le reconnaisse dans la vérité et le serve dans la sainteté (cf. Constitution dogmatique Lumen gentium, 9). L’Église synodale est celle dans laquelle chacun, selon sa propre vocation, peut offrir le don reçu de l’Esprit pour l’édification commune. La participation n’est donc pas une concession : elle est une exigence de la communion et de la mission et, pour cette raison, elle doit devenir méthode, responsabilité, évaluation, dans l’implication des différents charismes et ministères et dans le respect de la mission propre de l’évêque. Le document de synthèse du Chemin synodal des Églises en Italie rappelle la valeur des organismes de participation, comme lieux où le discernement des communautés peut prendre corps. Mais il ne suffit pas que ces instruments existent, il faut vérifier qu’ils fonctionnent réellement.
Dans ce processus, les différentes structures de la CEI sont appelées à continuer à exercer leur service de communion, de coordination, de discernement et de soutien aux Églises présentes en Italie. Précisément parce qu’elle joue ce rôle, l’organisation de la Conférence épiscopale doit être modelée à la lumière des exigences de la mission et des conditions historiques nouvelles. Il ne s’agit pas d’imiter des schémas organisationnels extérieurs, ni de tout réduire à l’efficacité administrative, mais de se demander quelle physionomie aide aujourd’hui les pasteurs et les Églises locales à mieux annoncer l’Évangile, à marcher ensemble, à rendre possible une participation effective, ordonnée et féconde. Lorsqu’elle est vécue dans l’Esprit, cette vérification n’affaiblit pas la communion, mais la purifie.
Chers frères, le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la fécondité de l’Église selon les critères du nombre, de la visibilité ou de l’influence. « Lorsque nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons qu’il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous. […] Cette logique de la petitesse est la véritable force de l’Église. Elle ne réside pas dans ses ressources et ses structures, ni les fruits de sa mission ne proviennent du consensus numérique, de la puissance économique ou de la pertinence sociale. L’Église, au contraire, vit de la lumière de l’Agneau et, rassemblée autour de Lui, elle est poussée sur les routes du monde par la puissance de l’Esprit Saint » (Discours lors de la Rencontre de prière, Istanbul, 28 novembre 2025).
Ayons le courage de l’essentiel ! Le courage de communautés moins préoccupées de tout conserver et plus libres d’annoncer le Christ. Le courage d’une catéchèse qui soit chemin d’initiation et formation permanente à la vie chrétienne. Le courage de paroisses accueillantes et missionnaires, où les familles se retrouvent et se renouvellent par la sève de l’Évangile. Le courage d’organismes de participation vivants. Le courage d’écouter les jeunes sans apprivoiser leurs questions. Le courage de nous laisser évangéliser par les pauvres. Le courage d’une structure nationale toujours davantage au service de la communion missionnaire des Églises en Italie. Un peuple est engendré par des pères et des mères dans la foi, par des communautés qui savent dire, par leur vie avant même leurs paroles : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). L’Italie a besoin de ce témoignage.
Je confie votre chemin à la Vierge Marie, Mère de l’Église. Elle a accueilli le don, gardé la Parole, marché avec les disciples, attendu l’Esprit au Cénacle. Qu’elle vous aide à être « enracinés et fondés en Lui, affermis dans la foi » (Col 2,7), à garder l’essentiel, à engendrer dans la foi, à marcher avec le Peuple de Dieu, à reconnaître la voix du Seigneur qui appelle encore, console et envoie.
Je vous accompagne de ma bénédiction. Merci ! »
Source Vatican


