Par Philippe Marie
Dans quelques jours, sauf improbable retournement, la France pourrait franchir un seuil historique en légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Quelques semaines plus tard, le pape Léon XIV foulera le sol français. Ces deux événements peuvent-ils réellement être dissociés ?
Depuis des mois, l’Église de France alerte. Les évêques ont dénoncé une véritable rupture anthropologique majeure, rappelant qu’il n’existe pas de « droit à donner la mort » et que la véritable réponse à la souffrance réside dans les soins palliatifs, l’accompagnement et la solidarité. Parmi eux, Monseigneur Marc Aillet s’est imposé comme l’une des voix les plus fortes. L’évêque de Bayonne a qualifié ce texte d’« imposture », dénonçant une loi qui présente comme un acte de compassion ce qui consiste, en réalité, à provoquer volontairement la mort. Plus encore, il a averti que les parlementaires catholiques qui voteront cette loi « ne pourront plus communier », rappelant qu’un tel choix est incompatible avec l’enseignement de l’Église.
Cet avertissement rejoint celui lancé par le cardinal Robert Sarah à Sainte-Anne-d’Auray. Envoyé spécial de Léon XIV, il exhortait les Français : « Ne profanez pas la France avec vos lois barbares et inhumaines qui prônent la mort. » Et de rappeler que notre pays est une « terre sainte », dont l’héritage chrétien ne saurait être renié sans conséquences. Ces paroles prennent aujourd’hui une résonance saisissante. Une supplique adressée au pape demande désormais au Saint-Père d’intervenir avant le vote et va jusqu’à lui suggérer de conditionner son voyage en France au rejet de cette loi. Les signataires redoutent que ceux qui auront porté ce texte puissent ensuite s’afficher aux côtés du pape, laissant croire que l’Église s’accommode de ce qu’elle condamne pourtant sans ambiguïté.
Une annulation du voyage du pape en France enverrait un message d’une puissance inédite. Elle rappellerait au monde entier que l’Église ne peut célébrer dans la joie un voyage apostolique alors qu’un pays s’apprête à légaliser une atteinte directe à la dignité de la vie humaine. Ce serait un signe fort, à la hauteur du basculement anthropologique que représente cette loi. Le pape n’a certes pas vocation à gouverner le Parlement français. Mais il est le Successeur de Pierre. Chacun de ses gestes possède une portée universelle.
Comment Léon XIV pourra-t-il être accueilli officiellement par des responsables politiques qui auront peut-être, quelques semaines auparavant, voté une loi permettant de provoquer volontairement la mort ?
Comment éviter que les poignées de main, les photographies officielles et les sourires protocolaires ne soient interprétés comme une forme de banalisation de ce que l’Église qualifie de gravement immoral ? En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire l’avortement dans sa Constitution. Si l’euthanasie entre désormais dans la loi, un nouveau seuil sera franchi. La France que le cardinal Sarah appelait une « terre sainte » risque de devenir, aux yeux de beaucoup, l’un des principaux laboratoires européens de la culture de mort. Le voyage de Léon XIV ne pourra donc pas être un voyage comme les autres.
Les catholiques français n’attendent pas seulement la joie d’une visite apostolique. Ils attendent une parole forte, claire et prophétique. Une parole qui rappelle que toute vie humaine, de sa conception jusqu’à son dernier souffle naturel, est sacrée. Si Léon XIV vient en France, il ne pourra pas faire comme si ce basculement n’avait jamais eu lieu. Les catholiques n’attendent pas seulement sa présence : ils attendent sa voix.
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