Depuis 2000 ans

[Léon XIV en France] Les grands enjeux de la visite du Saint-Père en France

Depositphotos
Depositphotos
Pendant quatre jours, le Pape rencontrera quelques-unes des grandes fractures du pays : euthanasie, réveil catholique, jeunesse, transmission de la foi, intelligence artificielle et racines chrétiennes de la France

Lorsque Léon XIV atterrira demain, vendredi 25 septembre, à 10 heures à l’aéroport de Paris-Orly, les images seront celles d’une visite d’État et d’un voyage apostolique. Mais derrière le protocole, les enjeux sont autrement plus profonds. De l’Élysée à Lourdes, de Notre-Dame au Stade de France, de l’UNESCO à Metz, le Saint-Père traversera une France qui s’interroge sur son identité, la transmission et son avenir.

Matteo Bruni, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, a donné le ton en présentant le voyage. Il a évoqué une France confrontée à des interrogations sur « la société, l’humanité et la vie », ainsi que sur ses rapports avec la science, le progrès technologique et l’intelligence artificielle. Les conflits internationaux pourraient également être évoqués.

L’euthanasie et le respect de la vie

Le Vatican n’a pas annoncé que Léon XIV prononcerait explicitement le mot « euthanasie » à l’Élysée. Mais l’enjeu est difficile à ignorer alors que la France a placé l’aide à mourir au cœur de son débat politique et législatif. Pour les catholiques, la question n’est pas seulement juridique. Elle engage une conception de l’homme : que fait une société de celui qui souffre, du malade, de celui qui dépend des autres et de celui qui approche de la mort ?

Le parcours pontifical donnera lui-même à cette question une résonance particulière. À Lourdes, Léon XIV rencontrera des personnes malades ou handicapées accueillies à l’Accueil Notre-Dame. La réponse chrétienne à la vulnérabilité repose sur les soins, l’accompagnement et la fraternité jusqu’au terme naturel de l’existence. Une prise de parole explicite du Pape sur l’euthanasie ou l’aide à mourir constituerait donc l’un des moments majeurs du voyage.

Le réveil catholique que la France ne peut plus ignorer

Léon XIV arrive aussi dans une France catholique plus vivante que ne le laisse entendre le seul récit de la déchristianisation. Matteo Bruni a ainsi choisi de mettre en avant un chiffre particulièrement significatif : 13 000 adultes ont été baptisés à Pâques 2026. Le Vatican considère manifestement cette progression comme l’une des réalités permettant de comprendre l’Église de France que le Pape vient rencontrer. Ce réveil, encore fragile mais désormais visible, touche notamment les jeunes générations. C’est tout le sens de la grande veillée au Stade de France et de la rencontre à l’Institut catholique de Paris avec des catéchumènes et des néophytes.

Que dira Léon XIV à ces jeunes Français qui demandent le baptême dans une société profondément sécularisée ? Leur parlera-t-il de mission, de conversion, de vocation, de fidélité et de la nécessité d’assumer publiquement leur foi ? La France que rencontrera le Saint-Père n’est donc pas seulement celle des églises qui se vident. Elle est aussi celle de milliers de jeunes et d’adultes qui demandent à y entrer.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/leon-xiv-en-france-une-ecole-catholique-doit-elle-desormais-sexcuser-de-parler-du-pape/

Les racines chrétiennes, une question incontournable

L’autre grand enjeu apparaîtra avec une force particulière à Metz. Le titre retenu pour l’une des rencontres du lundi est évocateur : « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ». Il faudra écouter attentivement si Léon XIV nomme explicitement l’héritage chrétien de l’Europe. Car celle-ci ne s’est pas construite dans un vide religieux et culturel. Monastères, cathédrales, universités, œuvres caritatives, conception de la personne humaine, art et littérature portent profondément l’empreinte du christianisme.

Reconnaître cette histoire n’impose la foi à personne. Mais construire l’Europe en occultant la matrice chrétienne qui a contribué à la façonner reviendrait à l’amputer d’une partie essentielle de sa mémoire. Cette interrogation vaut particulièrement pour la France, dont les cathédrales, sanctuaires et innombrables églises témoignent encore physiquement de cette histoire.

L’intelligence artificielle et la question de l’homme

À l’UNESCO se dessinera un autre enjeu majeur : celui de la place de l’homme face à la révolution technologique.Intelligence artificielle, éducation, intégrité de l’information, culture et création artistique figurent parmi les sujets annoncés autour de cette étape. Derrière la technologie se trouve une interrogation profondément anthropologique : jusqu’où l’homme peut-il déléguer à la machine ce qui relève de son intelligence, de sa liberté et de sa responsabilité ?

Pour Léon XIV, qui a déjà placé la révolution numérique et l’intelligence artificielle parmi les préoccupations de son pontificat, Paris offrira une tribune internationale particulièrement importante.

À Lourdes, au chevet des victimes d’abus

Au sanctuaire marial, le Saint-Père rencontrera notamment les évêques de France et les malades, mais aussi des victimes d’abus sexuels commis au sein de l’Église, une rencontre particulièrement attendue dans un contexte où la question des violences et de leur prise en charge demeure centrale pour l’Église en France.

Léon XIV arrive dans une France sécularisée où les signes d’un réveil catholique deviennent difficiles à ignorer. Son défi sera de conforter cet élan, de rassembler une Église aux sensibilités diverses, mais aussi de faire entendre sa voix bien au-delà des seuls croyants. Euthanasie, intelligence artificielle, jeunesse, liberté religieuse et racines chrétiennes de l’Europe ramènent finalement à une même question : quelle conception de l’homme voulons-nous transmettre ? Reste à savoir si, de Paris à Lourdes et Metz, Léon XIV trouvera les mots capables de marquer durablement la France.

Recevez chaque jour notre newsletter !