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[Léon XIV en France] Une école catholique doit-elle désormais s’excuser de parler du pape ?

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À 24 heures de l’arrivée du Saint-Père en France, la journée proposée par l’enseignement catholique autour de sa visite provoque une polémique au nom de la laïcité. Une controverse qui pose une question de fond : une école catholique peut-elle encore assumer pleinement son caractère propre ?

Par Philippe Marie

À la veille de l’arrivée de Léon XIV en France, une nouvelle polémique sur la laïcité s’est invitée dans le voyage pontifical. Le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC) a proposé aux établissements privés sous contrat de consacrer la journée du vendredi 25 septembre à la venue de Léon XIV, en adaptant pour l’occasion l’emploi du temps habituel, afin d’en faire un « véritable temps éducatif, en lien avec le caractère propre de nos établissements ».

La note, adressée le 10 septembre aux chefs d’établissement, prévoit une journée « obligatoire pour les élèves comme pour l’ensemble des enseignants et des personnels, au même titre que toute autre journée scolaire ». Le terme « obligatoire » a immédiatement cristallisé les critiques. Mais encore faut-il préciser ce qui doit l’être. Le SGEC distingue en effet la présence à l’école de l’adhésion religieuse : « L’obligation de présence ne s’accompagne d’aucune obligation de conviction. » Prières, chants et temps spirituels demeurent facultatifs. Les activités proposées portent aussi sur la paix, la fraternité, le dialogue interculturel et interreligieux, les violences, l’exposition aux écrans ou l’intelligence artificielle. Le discours de Léon XIV à l’UNESCO pourra également servir de support pédagogique.

Où se situe alors l’atteinte à la laïcité ?

Le Conseil national d’action laïque (CNAL), par la voix de sa secrétaire générale Marie-Laure Tirelle, a choisi une formule offensive : « L’État finance l’enseignement, pas l’évangélisation. » La FEP-CFDT conteste également le caractère obligatoire d’une journée entière, même si sa secrétaire générale Valérie Ginet reconnaît que la venue du pape constitue « incontestablement un événement majeur » dont il est légitime de parler dans les établissements. La question est pourtant plus profonde : que signifie encore le « caractère propre » d’un établissement catholique ? Depuis la loi Debré de 1959, les établissements privés sous contrat participent au service public d’éducation tout en conservant précisément ce caractère propre. Ils doivent respecter la liberté de conscience des élèves, mais leur association à l’État n’a jamais eu pour objet d’effacer leur identité.

Le ministère de l’Éducation nationale l’a d’ailleurs rappelé dans cette controverse : un établissement peut consacrer du temps scolaire à une thématique particulière et, dans l’enseignement privé sous contrat, ce temps peut « également s’inscrire dans le caractère propre de l’établissement ». La limite posée par la Rue de Grenelle est tout aussi claire : « aucun temps spirituel ni aucune pratique religieuse ne peuvent être imposés aux élèves ou aux personnels ». C’est cette distinction qui devrait être au cœur du débat.

Un élève ne doit pas être contraint de prier. Mais parler du pape dans une école catholique n’est pas prier. Étudier son rôle, son discours à l’UNESCO, la diplomatie du Saint-Siège ou les grandes questions qu’il adresse à la société ne revient pas davantage à imposer la foi catholique.

Les initiatives prévues en Île-de-France l’illustrent assez bien. Des élèves travailleront sur la paix, la solidarité ou l’attention aux plus fragiles. Certains participeront volontairement aux événements organisés autour de Léon XIV. D’autres seront invités, en enseignement moral et civique, à réfléchir à la place du pape pour les non-chrétiens ou à imaginer les questions qu’ils lui poseraient comme journalistes. Il faut également rappeler que le SGEC ne peut imposer cette organisation à tous les établissements. Guillaume Prévost, son secrétaire général, a précisé que « chaque établissement est libre de s’en saisir ou non ». Certains consacreront une journée à l’événement, d’autres quelques heures, d’autres encore ne modifieront pas leur programme.

L’affaire dépasse donc largement le 25 septembre.

Depuis son arrivée à la tête du SGEC en 2025, Guillaume Prévost défend plus explicitement le « projet chrétien » de l’enseignement catholique. Il avait déjà suscité une controverse en évoquant la possibilité pour un enseignant de proposer une prière matinale, à condition de respecter la liberté de ceux qui ne souhaitent pas y participer. La venue de Léon XIV remet aujourd’hui cette question au premier plan. On peut discuter de la pertinence de consacrer une journée entière à l’événement, de l’organisation des cours ou des modalités retenues localement. Mais considérer comme suspect le simple fait qu’une école catholique consacre du temps à la venue du chef de l’Église catholique revient à poser une question beaucoup plus fondamentale.

La laïcité protège la liberté de conscience. Elle interdit qu’un enfant soit contraint à un acte religieux. Elle n’exige pas qu’une institution catholique fasse abstraction de ce qu’elle est.

Le paradoxe serait singulier : accepter l’existence d’écoles catholiques, tout en s’émouvant lorsqu’elles parlent du pape. À force de demander à l’enseignement catholique de justifier chaque manifestation de son identité, une question finit donc par s’imposer : veut-on encore des écoles catholiques, ou seulement des écoles privées dont le catholicisme ne subsisterait plus que sur la façade ?

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